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Robert Momeux

« A tout jamais »

Robert Momeux est mort dans la solitude en août dernier, laissant une somme de poèmes. Michel Héroult en édite une belle brassée aux éditions du Soleil Natal sous le titre « A tout jamais »

« A tout jamais » que vient de publier Michel Héroult aux éditions du Soleil Natal qu’il dirige, comprend deux parties. La première est constituée de poèmes pour la plupart fort anciens, qui sont un peu, selon l’auteur, les jalons d’un parcours poétique commencé dans les années soixante. On y croise de nombreux poètes qui furent des amis et souvent des initiateurs, et que Momeux évoque avec reconnaissance : Cadou, Follain, Max Jacob, Edmond Humeau, Robert Besse, Luc Decaunes, etc.
La seconde partie réunit des poèmes plus récents, souvent sombres comme « Découverte de la mort » :

« On croyait savoir des choses
On était seulement
Mal éclairé mal préparé à voir
On allait comme l’eau va
À la pente la plus propice
Et pendant longtemps on a cru veiller
Sans savoir que c’était un songe
C’est bien après que les douleurs tenaces
Ont révélé leur présence muette (…)
 »

Les « incertitudes des évidences » ont cédé la place à une lucidité qui laisse peu de « répit dans l’éphémère » : Momeux y regrette la résignation à « tenir sa place, être présent / dans la rone éternelle des mondes » en accomplissant des tâches ingrates qui font passer à côté de l’essentiel, comme par exemple « flatter le col de cette bête dans le pré » ou « longer la rivière longtemps ».
« Moi qui n’aie rien fait de mes jours », déplore-t-il, ajoutant : « je n’aurai pas eu l’heur / d’être auprès de ceux-là / qui façonnent les clés / et qui ouvrent les portes. » Hantée par les souvenirs et la mort qui rôde, sa poésie est pleine « des bêtes qui ont mal » et se cachent dans les fourrés et des mille banalités de la souffrance, restituées avec une justesse qui fait tout leur poids, leur vérité.

Malgré tout, quelque chose d’apaisé baigne ces poèmes, « une douceur cachée » éclaire encore les paysages et parfois « on se prend à croire encore / que des éternités se lèvent dans le vent ». Cette attention aux menus gestes comme à la beauté du monde et de certains moments de grâce fait tout le charme de cette voix paradoxalement ensoleillée et mélancolique.

« Il faut bien vivre avec sa peine
Et chanter le malheur et l’amour et le temps
La joie on la connait assez
C’est elle qui frotte les étoiles du ciel
Pour qu’un bout de nuit reste encore allumé. »


Michel Baglin

Lire aussi :

"Des secrets connus de tous"

mercredi 8 juin 2011, par Michel Baglin

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Robert Momeux
« A tout jamais »


104 pages. 12 euros.


éd du Soleil Natal.
8 bis rue Lormier. 91580 Etréchy.

BIBLIOGRAPHIE

Les Moyens du Bord, éd. Traces, 1968.
Corps Francs, éd. Traces, 1969.
Les Moineaux, rue Racine, Hors commerce, 1969.
Proses pour Bételgeuse, Nouveaux cahiers de Jeunesse, 1969.
Poème pour la Fin des Temps, Hors commerce, 1970.
Limpide, éd. Traces, 1971.
Jamais de la Vie, éd. Verticales 12, 1971.
L’envers de l’Ombre, éd. Chambelland, 1972.
Portraits et Portrait, éd. Traces, 1974.
Le Droit d’Asile, éd. Vers les Bouvents, 1974.
Eve enfin, éd. Voûte Romane, 1974.
Solaire en Bonnieux, Cahiers Viviers du Vent (en collaboration
avec Jean Laroche), 1975.
Ecussons et Vignettes, Hors commerce, 1988.
Faute de mieux, éd. La Bartavelle, 1989.
On a beau dire, Collection Fondamente, 1991.
Les Portes, les Portes, Tiré à part éd. La nouvelle Tour de feu, 1992.
Antimagie, Hors commerce, 1994.
Terre à Terre, éd. Sac à mots, 2006.
Au Point du Jour, éd. Gros Textes, 2006
Des secrets connus de tous éd. Fondamente, 2008
Lanterne sourde éd. Potentilles, 2008
A tout jamais éd. Soleil Natal, 2011

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