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Marie Larrey, prix Prométhée de la nouvelle 2009

« A travers les étés »

Originaire de Bordeaux, Marie Larrey vit aujourd’hui à Montpellier, après avoir séjourné dans divers pays, Allemagne, Maroc, USA, Tahiti… Elle est philosophe de formation, a enseigné un temps (elle a aujourd’hui 64 ans) et n’avait pratiquement pas publié jusqu’à ce jour. Elle vient d’obtenir le prix Prométhée de la nouvelle, organisé par l’Atelier Imaginaire, pour un recueil intitulé « A travers les étés » et préfacé par Régine Detambel (éd. du Rocher).

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Marie Larrey vient de recevoir le prix Prométhée de la nouvelle (Photo Jean-Pol Stercq)

Le prix Prométhée de la nouvelle, organisé par l’Atelier Imaginaire, a été attribué cette année à Marie Larrey pour un recueil intitulé « A travers les étés » et préfacé par Régine Detambel. Il lui a été remis le 25 octobre, au terme d’une quinzaine littéraire et artistique qui a rassemblé à Lourdes et Tarbes de nombreux auteurs et lecteurs, autour de rencontres, spectacles, expositions et concerts.
La lauréate originaire de Bordeaux vit aujourd’hui à Montpellier, après avoir séjourné dans divers pays, Allemagne, Maroc, USA, Tahiti… Elle est philosophe de formation, a enseigné un temps (elle a aujourd’hui 64 ans) et n’avait pratiquement pas publié jusqu’à présent.
Ses nouvelles n’en témoignent pas moins d’une belle maîtrise de la narration. Elles sont quinze et ont en commun (outre le fait qu’elles se déroulent l’été) leur thème principal – à la fois objet et cadre de chaque histoire – celui de la famille, ou plutôt des relations inter-familiales, notamment entre parents et enfants.

Dans l’intimité des êtres

Loin des représentations convenues, l’écriture de Marie Larrey nous fait entrer immédiatement dans l’intimité des êtres et l’enchevêtrement des bonnes et mauvaises raisons, des bassesses et de la compassion. Et cela tout en finesse, en non-dit, mais avec une sorte d’ironie latente, voire d’acidité dans la manière de rapporter des gestes et des comportements assez ordinaires.
Ainsi en est-il dans la nouvelle inaugurale, « Canicule », où Odile ne cesse de jouer et de tricher avec elle-même pour se soustraire à ce qu’elle voudrait pourtant faire : aller visiter, en dépit de la chaleur accablante et de la piscine qui la tente, son grand-père moribond à l’hôpital. « L’auteur ne perd jamais de vue le monde tout cru des familles, qui nous embrasse et nous réunit dans une communauté de petites hontes », note Régine Detambel dans sa préface.
Innocence et cruauté se mêlent en ces pages. Nombre des protagonistes sont d’ailleurs des enfants, des fillettes qui découvrent leur corps et l’émoi sensuel, ou la duplicité des adultes. Qui se croient (ou sont réellement) mal aimées d’un père insouciant, d’une mère alcoolique, d’un cousin un peu trop grand... Qui devinent les adultères ou les malentendus. Et sont troublées par les mots, comme « les bras blancs » d’Héra lors de la lecture de «  L’Iliade » , l’image donnant accès à une réalité plus pleine et tangible que le réel évanescent lui-même.

Pathétique sans pathos

La confusion des sentiments est de règle : comme dans « Aline » où une femme récupère la fille de sa voisine qui vient encore de tenter de se suicider. Au fil de son monologue, on découvre qu’elle a de la compassion pour elle, mais qu’elle est la maîtresse de son mari, qu’elle nourrit un sentiment de culpabilité mais rêve aussi de récupérer sa fille…
Comme dans « Menthe glacée » où un couple ne parvient pas à revenir sur l’idée de divorce lancée trop hâtivement… Ou dans « Parfum vanille » qui dessine à petites touches le portrait d’un vieil homme usant et abusant cyniquement du dévouement de ses filles. Ici, c’est l’ambiguïté d’une mère face à son fils homosexuel qu’elle n’a pas su aider, malgré son amour ; ailleurs la détresse de deux hommes perdus après le décès de leur maîtresse commune.
Le pathétique n’est pas absent de ce recueil, comme dans cette douloureuse « Petite fille en été » que ses parents en visite estivale chez sa nourrice côtoient avec une cruelle indifférence ; mais l’écriture de Marie Larrey est retenue, sans pathos. Elle procède avec délicatesse, par exemple lorsqu’elle met en scène le lent apprivoisement d’un homme et d’une femme qui attendent chacun leur partenaire dans un bar puis au restaurant où l’auteur décrit « le va-et-vient (des) gestes d’offrande et de repli, (des) bouches humides, (des) langues, qui savourent la même viande, le même légume, le même thé, en même temps, comme un baiser ».
La dernière nouvelle, « La Doublure » met en scène la narratrice, occupée à la fois à confectionner un pot-au-feu, à lire un livre, à prendre des notes pour ses propres écritures… Elle dit l’angoisse, la recherche de défenses et la quête du monde. « Sage, le serai-je jamais ? La peur de la mort m’empêche de profiter de la vie. C’est elle qui m’agite, qui m’entraîne de la cuisine au puzzle, au livre, à mon bureau... C’est elle qui m’oblige à doubler le monde par les mots, comme par sûreté, pour éviter les déchirures, les trous qui le détisseraient. En écrivant, par ce geste qui veut copier celui de la Création, se révèle mon rôle. Je suis la doublure. »
Voilà en tout cas de beaux textes qui, ainsi que le souligne Régine Detambel, « viennent revivifier l’intime »

Michel Baglin




Un roman : « Le passage chinois »


Marie Larrey a peu publié mais nous donne cette fois un roman, « Le passage chinois » (L’Harmattan), qui nous fait entrer dans la vie et l’imaginaire d’une femme à l’aube de la vieillesse et dans l’espace-temps d’une aventure amoureuse.
Cette rencontre est aussi, à travers « la dérive des civilisations par celle des cœurs et réciproquement », une ouverture sur la Chine et son approche du monde évoquée par ses philosophes, la peinture, le rapport à la nature. La narration proprement dite et les pages de réflexion ou d’introspection alternent chapitre après chapitre.
Le corps malcommode, l’absence à soi, l’envie de tout oublier tissent la toile de fond de cette méditation qui trahit surtout un rêve de fusion, ou d’immersion : « N’être que l’eau des rivières, l’eau qui coule et ne le sait pas, l’eau qui va et ne revient pas, l’eau qui court sans regret se fondre dans la mer ». Une écriture qui sait être sensuelle comme profonde, quand « créer n’est qu’une lutte presque toujours perdue contre l’angoisse. »

(126 pages. 13 euros)

jeudi 29 octobre 2009, par Michel Baglin

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Marie Larrey
« A travers les étés »

Prix Prométhée
Préface de Régine Detambel
Ed. du Rocher
144 pages. 14,90 euros


L’écriture nécessaire

« Dès mon enfance, j’ai été attirée par les livres. Je lisais tout. Les Bonnes soirées hebdomadaires ou mensuelles, je ne sais plus, de ma mère, comme les Delly qu’elle empruntait à un vieux cabinet de lecture et les romans de la collection « Rouge et Or », de la « Bibliothèque verte » que l’on m’offrait au fil de mes maladies — j’étais souvent malade, par bonheur ! Au lycée, je dévorais dès qu’ils arrivaient les Lagarde et Michard de l’année et tous les textes du programme. Joie enfantine de vivre les aventures d’Ulysse, d’Achille et les querelles des dieux. Je n’aimais pas Balzac, à cause des malheurs du Père Goriot, mais j’étais touchée aux larmes par Madame Boyau. Naïvement j’ai voulu imiter Flaubert, avec un gros livre intitulé Une femme morte. Plus tard je découvris le rythme obsédant du style de Faulkner. Et plus tard encore, ce fut le grand choc révélateur de Marguerite Duras, modèle d’écriture pour bien des femmes de ma génération.
« J’écrivais des romans. La nouvelle me paraissait un art difficile, hors de ma portée. C’était trop bref, ce devait être intense, sans faiblesse de style ou de composition. Je n’osais pas.
« Je n’appréciais pas trop les nouvelles dites « à chute », même si j’admire toujours Maupassant. Savoir que le texte que je lis va finir nécessairement par une « surprise » gâche mon plaisir de lectrice. Et puis j’ai lu la cruelle Flannery O’Connor, Raymond Carver, et j’ai découvert la magie d’Annie Saumont. Nourrie de ces lectures, j’ai commencé à écrire des nouvelles. Tout comme je ne saurais vivre sans lire, l’écriture m’est nécessaire, une façon, la seule que je connaisse à vrai dire, d’essayer de donner un sens à l’existence et de maîtriser l’angoisse. »

Lettre à Guy Rouquet,
organisateur du prix Prométhée

Prix Prométhée
et Max-Pol Fouchet

Organisés par l’Atelier Imaginaire et décernés sur manuscrit, le prix Prométhée (nouvelle) et le prix Max-Pol Fouchet (poésie) sont destinés à promouvoir des talents nouveaux dans des genres réputés difficiles. Ils jouissent du soutien actif de nombreux écrivains de premier plan appartenant à toute la Francophonie. Ces concours n’ont aucun but lucratif ; la sélection des ouvrages se déroule dans le plus strict anonymat. Les manuscrits primés sont édités. Ces deux concours sont d’ores et déjà ouverts pour les prix 2010.
Renseignements en échange d’une enveloppe timbrée (ou coupon-réponse international) : Atelier Imaginaire - BP 2 - 65290 Juillan (Fr) ou http://www.atelier-imaginaire.com .

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