Geneviève Hélène

« Au village »

A la fois croquis, pochades, et poèmes en prose, les petits textes de Geneviève Hélène commencent tous par « au village » : ils en racontent par le menu les habitudes, le quotidien, des instants de vie empreints de joies simples et de nostalgie.

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Une petite fille pêche à la ligne. (Photographie de Janine Niépce)

Ça démarre très fort : « Au village, le marchand itinérant de vêtements marque Barbe Bleue commence sa tournées en garant son camion devant chez Madame Perrault. » C’est ainsi : au village, il y a de la magie dans l’air du quotidien, on y fabule l’air de rien, et les coïncidences, sous la plume de Geneviève Hélène, y deviennent significatives…
Faut-il parler de croquis, de pochades, de poèmes en prose ?
Un peu tout à la fois, sans doute. Les petits textes que l’auteur enfile comme des perles et qui tous commencent par « au village », sont autant de tableaux, de scènes ou de notations amusées reflétant le plaisir et souvent l’étonnement de la citadine installée dans ce coin de Morvan.

Village intérieur

« Au village, d’un rien, on en fait tout un monde, et c’est très bien ainsi. » Le monde que nous livre Geneviève Hélène est certes bucolique, mais il témoigne surtout d’un regard attentif aux autres, humains ou bêtes, et d’un esprit narquois. L’humour y est tendre, la patte se fait de velours pour moquer les travers des uns et des autres. Tout y est « bon enfant et franc du collier », même si quelques notes bleues faufilent d’un peu de gravité cette chanson sans prétention. « Au village, où sont passés les hortensias bleu ? Finis. Fleurs bleues n’existent plus. La flemme a pris au moment de piler les ardoises... Les hortensias retournent au rose, au fur et à mesure que la population vieillit… »
On l’aura compris, ce village est intérieur, aussi. Et doit beaucoup aux mots : « Au village, lieux de divertissements et de commerce ? Néant. Sauf un café-dépôt de pain... L’écrivain à sa table, sa foi dans les mots n’est pas plus grande que celle des habitants ici, pour lesquels une force, une seule, a clairement prouvé son efficacité, un parapet unique, face au vertige d’isolement et de monotonie : la causette. »
On se fait donc ici écrivain, comme malgré soi, parce qu’on ne peut s’empêcher de regarder autour de soi, de s’enchanter souvent. Et de se rendre coupable de ces « petites maraudes dans le verger du temps » qui font la poésie.

Michel Baglin



Les textes de Geneviève Hélène se complètent de quelques photos de Janine Niepce, qui a fixé des moments semblables de nostalgie et d’ironie tendre (voir ci contre).

Tournesol...

Au village, depuis peu, dans les jardins extérieurs aux maisons, se pratique la barrière de tournesols en limite des cultures, côté chemin. Assez légère pour ne pas empêcher de causer un peu.
D’où les ados (car ils sont encore trop petits pour atteindre aux fleurs, leurs jeunes frères et jeunes soeurs) extirpent avec méthode des graines, évidant deux yeux ronds, au-dessus d’un demi-cercle orienté via sourire ou grimace ; radieuses têtes à Toto qui se pencheront tout l’été sur le promeneur interloqué, au fil de sa marche — jusqu’à ce que les mésanges venues creuser à leur tour assidûment dans la mosaïque des graines rendent à un brun uniforme et abstrait le coeur tout rond des toiles.


mardi 22 septembre 2009, par Michel Baglin

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Geneviève Hélène
« Au village »
Editions Virgile
84 pages. 14 euros


Geneviève Hélène a publié

Le tranchant des lèvres, éditions Jacqueline Chambon, 1990 - Réed. Cercle Poche, 2002
La belle que voilà, éditions Jacqueline Chambon, 1990
Une scène de dévoration, éditions Jacqueline Chambon, 1992
Le temps des lèvres, éditions de la Goulotte, illustré par Claude Stassart-Springer, 1998
L ’économe, éditions Virgile, 2002
Une fente d’existence, éditions Agnès Pareyre, 2003
Un goût de lumière, éditions de la Goulotte, illustré par Jean-Marie Queneau, 2005
La petite faucheuse, éditions Jacqueline Chambon, 2005

Janine Niepce

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Autoportrait de Janine Niépce

Janine Niepce fait partie des grands photographes de l’après-guerre. Parente de Nicéphore Niepce, elle nait en 1921 dans une famille de vignerons bourguignons. Jusqu’à sa mort, en 2007, elle sera de tous les combats essentiels du siècle. Elle participe à la Résistance, tandis qu’elle achève des études d’histoire de l’art. Quelques années plus tard, elle sera la première femme journaliste- reporter-photographe en France.
Avec Robert Doisneau, Willy Ronis, elle fait partie de l’agence Rapho, et de l’école dite "humaniste".
Durant un demi-siècle, elle porte un regard vif sur le monde rural en voie de disparition et sur les femmes dont elle photographie, complice, les luttes.
"Ce sont des photographies particulières. Elles restent universelles, d’une beauté et d’une vérité inépuisables », écrira Marguerite Duras du travail de Janine Niepce.
Contact : Editions Virgile. Charlotte Cochaud ou Daniel Legrand. Tel : 03 80 56 24 07. E-mail : editionsvirgile@aol.com

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