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Non à l’ordre moral (2)

Blasphème et libre pensée

Le poème « Si Dieu existait » que j’ai mis en ligne accompagné d’une introduction rageuse contre l’intolérance religieuse (dont l’actualité nous donne hélas régulièrement de nouvelles illustrations) m’a bien sûr valu quelques réactions, qui m’ont donné l’envie d’écrire un dialogue imaginaire sur ce débat.
Je l’ouvre aujourd’hui, avec le mot de « blasphème ». On m’a notamment reproché de l’employer parce qu’il revient à reconnaître implicitement un espace au « sacré » – alors que « le proscrire, c’est subvertir, justement, cet aspect "sacré" transcendantal dogmatique qu’impose le discours religieux ». J’en conviens bien volontiers, mais je l’employais ici un peu comme un retour à l’envoyeur, une sorte de second degré…


Discussion sur le zinc


Ananar (levant son verre) : - Tous ces imbéciles qui tentent d’empêcher les représentations d’une pièce de théâtre ou posent des bombes pour protester contre la représentation de leur idole me donnent envie de porter un toast. Allons-y : vive le blasphème ! Buvons à la santé du sacrilège !
Un inconnu : - Crénom ! mais vous ignorez donc tout du respect ! Faut-il vraiment que vous rajoutiez de l’huile sur le feu ?
Ananar : - J’en rajoute un peu, certes… En vérité, pour moi, il n’est pas de sacré religieux, par conséquent pas de sacrilège, ni de blasphème ! Mais vous au fait, de quel respect parlez-vous ?
L’inconnu : - Le respect des religions par exemple…
Ananar : - Et depuis quand faudrait-il respecter les religions, établies ou non ? Vous savez bien que le sacré des uns n’est pas celui des autres et qu’on s’est gaillardement étripé au fil des siècles pour cette simple raison, non ?…
L’inconnu : - Il me semble que quelque soit la foi, elle mérite le respect…
Ananar : - Ah ! bon… Vous respectez donc toutes les sectes, quelques soient leurs lubies ? La plupart des religions qui ont asservi notre pauvre humanité depuis la nuit des temps ont exigé des sacrifices, quand ce ne sont pas des bûchers ou des massacres, vous les assumez donc aussi ? Au nom de ce que d’aucuns jugent être du « sacré », et au mépris du devoir de tout homme digne de ce nom : l’exercice de son esprit critique ?
L’inconnu : - Je parle de religions, pas de sectes !
Ananar : - C’est-à-dire de sectes qui ont réussi… Vous êtes en train de me dire qu’il y a des religions respectables et d’autres non : vous voyez bien qu’une religion n’est pas respectable a priori comme vous le laissiez d’abord entendre ! Je ne veux rien dire d’autre…
L’inconnu : - Mais vous n’avez pas le droit d’insulter les croyants !
Ananar : - Quand je critique une opinion, une représentation du monde, une idéologie, est-ce que j’insulte celle ou celui qui s’en réclame ? Non, bien sûr ! Le respect est dû à la personne, pas à ses idées, ses conceptions, ses constructions philosophiques, qu’on les nomme croyances ou utopies… Sinon, imaginez le nombre d’inepties qu’il vous faudrait couvrir de votre respect !
L’inconnu : - C’est vite dit, mais en attaquant sa foi, vous blessez la personne !
Ananar : - C’est regrettable, et c’est pourtant ainsi : dans tout débat, les interlocuteurs se mettent en cause… Pensez à ces communistes qui voulurent se suicider après les révélations du XXe congrès : fallait-il, pour les épargner, taire les crimes du stalinisme ?
L’inconnu : - Que viennent faire ici les communistes ?
Ananar : - C’est un simple exemple choisi avec un peu de malice, j’en conviens, pour sortir du domaine du divin sans quitter celui du religieux ! Je veux dire que j’ai parfaitement le droit de combattre telle ou telle croyance, mais qu’il m’est alors difficile, bien que respectant la personne du croyant, de ne pas le bousculer dans ses convictions ! Au risque de vous paraître provocateur, je dirai qu’il faut se comporter comme le toubib, qui combat la maladie, pas le malade… Tout en sachant que, ce faisant, la médecine malmène parfois le patient…
L’inconnu : - Traiter une religion de maladie ! C’est un peu court !
Ananar : - Je vous l’accorde !
L’inconnu : - Vous semblez ignorer jusqu’à l’étymologie : ce qui relie…
Ananar : - Ce qui relie et ce qui divise, selon les cas et les moments. Vous êtes en fait en train de me parler moins d’étymologie que de politique… Rien n’est plus éminemment discutable, précisément ! Les religions valent ce qu’elles valent, selon les lieux et les époques, mais de quels arguments pourraient-elles se prévaloir pour interdire qu’on les juge ? J’en connais d’ailleurs pour ma part d’exécrables !
L’inconnu : - Je croyais que nous parlions plutôt de la foi, ne confondons pas…
Ananar : - Pour la foi, il en va de même. Les croyances des uns et des autres, quelle que soient leur confession, ne sont pas plus respectables qu’une quelconque opinion ou construction philosophique, et réclament, comme tel, un examen critique. Souvenez-vous de Descartes et du doute méthodique…
L’inconnu : - Au bout du compte, si j’en reviens à l’actualité, vous pensez donc que la liberté d’expression mérite plus de considération que la foi ?
Ananar : - Il ne s’agit pas de liberté d’expression, mais de liberté tout court ! La liberté première est de conscience, et la dignité humaine lui est indissociable.
L’inconnu : - Pour autant, l’ironie, le sarcasme sont-ils nécessaires à l’exercice de la liberté de penser ?
Ananar : - Peut-être pas, mais ils le deviennent face à des culs-bénits intolérants ou des institutions qui prétendent imposer leur point de vue et interdire la critique à ceux qui ne le partagent pas. Autrement dit, face à l’anathème, il n’est qu’une réponse de même niveau : le blasphème ! Voilà pourquoi je lève mon verre à la santé de qui s’opposent à la violence des dogmatiques, des inquisiteurs… et tout bonnement à la santé des libres-penseurs !


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Non à l’ordre moral (3) : Laïcité, tolérance, athéisme

mardi 13 décembre 2011, par Michel Baglin

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Jacques Prévert

« Notre Père qui êtes aux cieux
Restez-y »

Jacques Prévert

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« La croyance en Dieu fait et doit faire presque autant de fanatiques que de croyants. Partout où l’on admet un Dieu, il y a un culte ; partout où il y a un culte, l’ordre naturel des devoirs moraux est renversé, et la morale corrompue. Tôt ou tard, il vient un moment où la notion qui a empêché de voler un écu fait égorger cent mille hommes. »

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« Ni Dieu, ni maître. »

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« La religion est le soupir de la créature opprimée, l’âme d’un monde sans cœur, comme elle est l’esprit des conditions sociales d’où l’esprit est exclu. Elle est l’opium du peuple. »

Karl Marx

« Toutes les grandes vérités sont d’abord des blasphèmes. »

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