Marie-Ange Sébasti

Choix de poèmes

Voici quelques poèmes de Marie-Ange Sébasti, extraits de son recueil "Marges arides" (Jacques André Éditeur), et quelques autres, inédits.

On peut lire un article la concernant en cliquant ici.->http://revue-texture.fr/spip.php?article52]

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Il a dégagé la pierre d’angle
et deux marches usées

Il peut alors rebâtir la maison
la rendre à son propriétaire

qu’il appelle, installe
et salue

La clé restera dans sa poche


*

Tournez à gauche
après le temple-tour
Laissez la procession

Continuez jusqu’au palais
Contournez la muraille
et traversez le pont pour sortir de la ville

Les moutons s’écartèrent
quelques pierres tombèrent

Je passe à gué
sur le cours des siècles


La clameur de l’attente
enflait dans les ruelles

On entendit alors le pas précipité
d’une porteuse d’eau

puis le choc de la cruche
sur la pierre du seuil

Quand on rassemblera tous les morceaux
j’étancherai ma soif


Du haut du temple tour
on entend bourdonner la mer

La ville est avertie et vibre
de toutes ses voix

Le pas des dieux s’éloigne
devant la horde des envahisseurs

Ils sont passés

Je vais chercher ma pioche, mon pinceau
et mon carnet de fouille

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Extraits de "Marges arides"



Deux inédits

Les feux de détresse
n’ont jamais brûlé personne
crie un homme à la cantonade
Se fera-t-il entendre
de ceux qui vont et viennent
dans la coulisse ?


Elle ne peut battre son plein
elle ne bat jamais le rappel
cette voix qui retient la porte
cette voix qui retarde
l’envolée
et qui tremble
dans le feutre de ses échos


Sur une photographie de Monique Pietri (reflets d’arbres dans un lac)

De l’autre côté du monde, nous étions enracinés, sûrs de nous, fiers de notre identité. Nous nous vantions de notre connivence avec le ciel et la terre. Nous étions parfois alignés, souvent solitaires sur des berges, dans des jardins où des promeneurs se flattaient de savoir notre nom, où les amoureux se confiaient à nos écorces, où les enfants convoitaient nos branches.

Nous voici désormais dans un lieu indécis où l’iris s’épanouit sur nos épines, où les poissons se fraient un passage entre nos bosquets. Nous avons disparu de tous les dictionnaires. Nous défions la botanique.

De ce côté-ci, où l’enlumineur et le calligraphe traversent nos saisons, nous sommes des arbres à rêve.

Marie-Ange Sebasti. 2008



mardi 16 juin 2009, par Michel Baglin

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Marie-Ange Sébasti

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« On appelle "marges arides" les contrées désolées où nomades et sédentaires ont toujours noué des liens très forts, malgré leurs affrontements. Elles surprennent le voyageur comme l’archéologue, qui interroge les traces antiques de cette rencontre. »

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"Corse dans le chalut des jours"

"Le chalutier sur lequel on embarque doit donc " prendre la mer " ? Mais le chalut recueille à chaque maillon des trésors miraculeux, dont on humait la richesse dès le rivage quitté. Photographies et poèmes offrent, dans leur magie conjointe, un paradis de paysages et de monuments, saisis dans l’instant d’un regard que l’art veut éterniser. A l’abri des bruits qui la défigurent, la Corse profonde est là dans une pierre de maison, dans un arbre, dans une église, dans un geste de mains ; et par delà se fait entendre, dans le soleil qui cache les brumes, cette parole de Méditerranée qui déjà frappe le continent de son chant particulier. Là n’est d’abord que calme et beauté, silence obligé d’une contemplation qui harmonise tous les éléments : eau, feu, air, terre sont là qui attendent l’homme caché, et appellent l’artiste et le poète. Apparaît alors la sagesse d’un regard patient : L’espérance est d’argent / où le guetteur s’obstine. Le chalut a désormais pris notre cœur.

_Guy Lavorel, Laudes n° 144, 2001.
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