Retour à l’accueil > Auteurs > BERTIN Jacques > « Comme un pays »…

Jacques Bertin

« Comme un pays »…

Une critique de Jean-Noël Guéno

« Je suis du chant comme d’un pays... » chante Jacques Bertin jusqu’à l’ivresse – « chant versé d’un verre » – en déployant sa voix ample et majestueuse comme un fleuve, dans son dernier CD, « Comme un pays ». Jean-Noël Guéno nous parle du poète et du chanteur.

JPEG - 44.3 ko
Jacques Bertin à Toulouse
Photo Gil Pressnitzer

Le chant, art majeur, porte haut la dignité de l’homme, la beauté du monde réel et rêvé, au-delà de la misère. Libérateur, il propage la « ferveur », mot qui clôt « Un homme », texte superbe célébrant la « bonté rebelle », qui n’est ni mièvrerie ni colère mais « lumière lente », intérieure, sur laquelle « toute violence s’use ». « La bonté », « la mansuétude », « la candeur », mots provocateurs, explosifs dans notre « époque affolée », ivre de réussite factice et individuelle, implacable pour les rêveurs, les « nabots », les « estropiés », les loosers. « Un homme » dévoile peu à peu une figure paternelle, généreuse, détachée des vanités du monde, à laquelle « des grappes d’enfants s’accrochent ».

« Le passé ?

Jacques Bertin n’est pas contemporain des traders et du cynisme ambiant. Il se situe ailleurs, dans le temps des mots et du chant, dans la fidélité à lui-même et aux siens, à ce « peuple en loques » dont il vient. Dans « Le passé ? » – le point d’interrogation est essentiel – « une sombre foule d’ancêtres » se met en marche dans un grand capharnaüm mêlant lieux et époques ; marée montante qui interpelle présent et avenir, bouscule le « petit homme en déguisement post-moderne » : « dégage ton âme en berne ... – laisse-nous passer ! »

Jacques Bertin interroge le passé, garde vivants ceux qui ont été « balayés ... par l’Histoire », comme ces « curés rouges » abandonnés de tous, « vaincus pour rien », « brisés par la bêtise » et leur rend un bel hommage par ces vers chaleureux : « Mais il n’y a pas de christ à part vous, sur la terre ! », « Mais vous avez trente ans toujours, dans ma mémoire,/ poignée de graines qui furent jetées des cieux ! »

Du pays du cœur

Jacques Bertin est du pays du cœur, même et surtout si « les essieux des rêves cassés sur les chemins / pourrissent dans la boue ». Il reste l’amour : « mourir de toi, de vous, encore ! », l’amitié : « Ah, vieil ami, restons groupés, restons ensemble » et la fierté de dire « Nous n’avons pas failli au moins ! » Il se situe bien dans la lignée des Cadou, Bérimont, Rousselot, ce dernier revendiquant une poésie « à hauteur d’homme » qu’il défendit toujours avec une exigence ombrageuse.

La Loire est là, aussi, qui relie les poètes d’hier à ceux d’aujourd’hui. Loire, femme multiple, mouvante, insaisissable : « femme libre – sois un hymne – pour les yeux ».

Jean-Noël Guéno

Lire aussi :

« Les traces des combats »


vendredi 10 décembre 2010

Remonter en haut de la page



Jacques Bertin
« Comme un pays »


Disques Velen, 1 bis impasse de Charnacé 49000 Angers,
20 euros

Jacques Bertin

Jacques Bertin est né à Rennes en 1946. Il a d’abord suivi des études de journalisme à Lille, puis s’est installé à Paris en 1967. C’est aussi l’année où il enregistre son premier disque, salué par la critique et le Grand Prix du Disque de l’Académie Charles-Cros ! Depuis, il a enchainé disques et récitals.
En 1989, Bertin, qui n’a plus de maison de disques, crée son propre label, Velen. En vingt ans, quinze CD sont parus, dont les cinq premiers volumes d’une Intégrale reprenant les dix premiers 30 cm aujourd’hui épuisés.
Auteur, poète, interprète, Jacques Bertin a aussi été, du printemps 89 au printemps 2000, rédacteur en chef chargé des pages culturelles de l’hebdomadaire "Politis". Il a consacré un livre à Félix Leclerc, un film à René Guy Cadou (réalisé par Annie Breit), regroupant les précieux témoignages d’Hélène Cadou et des amis du poète. Il a également chanté Luc Bérimont.
On trouvera sa discographie et sa bibliographie sur son site, ici.

Deux articles

Jacques Bertin vient de chanter à Toulouse, au Théâtre Jules Julien, avec de nouvelles chansons. Je n’ai malheureusement pu assister à ce récital. Mais deux amis y étaient, Bruno Ruiz et Gil Pressnitzer : ils en parlent sur le site d’Esprits nomades, en deux articles sensibles et enthousiastes. A lire ici.

-2016 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0