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Francis Chenot, Rio Di Maria

« De deux choses lunes »

Écrire a deux voix

Il n’est pas courant que deux poètes joignent leurs voix dans un livre commun. Francis Chenot et Rio Di Maria ont réussi ce pari et ont réalisé « De deux choses lunes », recueil dans lequel se complètent les intentions de deux amis et chez qui on n’observe nulle dissonance.

Les sizains qui constituent ce recueil plantent un décor sylvestre dans lequel loups et lunes se répondent et ce pour dire le pouvoir des mots, la difficultés à les assembler : « En ces temps de carême blafard / il faudra nous satisfaire ce soir encore / de quelques rares mots décharnés », écrit Francis Chenot.
Ce sont bien les mots, leur poursuite et l’impatience de ceux-ci qui fondent une partie de la démarche des deux poètes. « Entre deux lunes moqueuses ils misent leur ombre au loto / pour échapper à des cauchemars en cale sèche », répond Rio Di Maria.
Mais si ce sont bien les mots qui constituent la chair du poème, il n’en reste pas moins que, parfois, leur résistance est cause de peur. Et si les mots désertaient ? Cette absence, provisoire, Francis Chenot l’exprime sobrement : « Toujours cette angoisse que la page reste blanche / comme le champ sous la première neige en attente / d’un rassurant passage de loup et d’une trace fauve ».
Pourtant au fond des forêts, ce sont bien des appels qui sont adressés à l’homme et qui lui parviennent, traversant les temps, ce que nous aurions tendance à oublier, comme si, avec le recul, nous avions oublié nos origines, comme si nous nous refusions à accepter ce que fut notre humanité bercée par un monde animal : « Chouettes et hiboux rien ne les effraie / pour arraisonner l’instant chaviré / Lune et nuit transmettent la vie / d’un univers aux grands yeux étonné » rappelle Rio Di Maria.
De cette humanité, il convient de se souvenir et ce n’est pas sans détourner l’adage bien connu que Francis Chenot écrit : « car l’homme est un homme pour l’homme / Le loup lèche les plaies de ses semblables ».

Fuir l’arrogance

Avant tout dans la pensée des deux amis qui portent leurs regards sur la forêt, la fraternité occupe le premier rang dans leurs préoccupations. Que l’on prenne exemple sur ces animaux qui hantent les forêts et nous comprendront le sens de leurs actes : « Il reste aussi quelques loups solidaires / à croire encore à une libre fraternité / qui se refusent à hurler avec les puissants » déclare Francis Chenot.
De son côté Rio Di Maria sait que les apparences qui sont les nôtres entraînent chacun de nous au bord du précipice : « Organisons de grands feux de joie afin de tout connaître / se retrouver aux confins du vide et ses insoutenables borborygmes ».
Que reste-t-il à l’homme qui ne peut s’abandonner totalement aux loups et lui qui semble nostalgique d’un temps qui n’est plus, à quoi peut-il donc s’en remettre, que peut-il faire sinon « Fuir l’arrogance Oublier le paradis Partir plus loin qu’ailleurs ». Telle est la conclusion de ce périple commun et exprimée par Rio Di Maria.
Dans le cadre légendaire de la forêt hantée par les loups et les lunes, le lecteur s’aventure parmi les mots de deux poètes et il ne peut que saluer l’espérance que porte ce livre écrit dans un parfait accord dans un partage de voix exemplaire et fraternel.

Max Alhau

mardi 5 octobre 2010, par Max Alhau

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Francis Chenot, Rio Di Maria « De deux choses lunes »

L’Arbre à paroles ed. 10 €.

Francis Chenot


Francis Chenot est né en 1942 à Petivoir ( Belgique ). Il a fondé avec Francis Tessa la Maison de la Poésie d’Amay et les éditions de l’Arbre à paroles. Il a publié une quinzaine de recueils dont « Mémoire de schiste » ( L’Ardoisière, 1981, Prix René Lyr ), « Le Principe de solitude et autres fragments de conjuration » ( L’Orange bleue, 1997), « Bûcheronner le silence » (L’Arbre à paroles, 2006) Il est directeur de la revue l’Arbre à paroles.

Rio Di Maria

Rio Di Maria est né en 1946 à Canicatti ( Sicile ). Il réside en Belgique dans la région liégeoise depuis 1957. En 1967, il rencontre Francis Chenot et Francis Tessa. Il participe à l’aventure des éditions Vérités et l’Arbre à paroles. Son premier recueil « A travers l’aube » a été publié en 1973 aux éditions Henri Fagne. En 1978 est paru Dérive d’azur ( Vérités ), ainsi que « Tumulte de lèvres » ( Vérités, 1978 ), « Eblouissements d’exil » ( L’Arbre à paroles, 2006 ).

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