Retour à l’accueil > Auteurs > BONGIRAUD Jean-Michel > « De la nécessité d’écrire face à l’impossibilité de changer le monde (...)

Jean-Michel Bongiraud

« De la nécessité d’écrire face à l’impossibilité de changer le monde »

Il n’est pas question dans le cadre restreint d’un article de résumer et d’analyser cet essai de Jean-Michel Bongiraud ni de le passer au crible des savoirs à mobiliser. Mais simplement et librement de livrer quelques réactions nées à sa lecture. Et d’inciter à lire cet ouvrage qui est, en quelque sorte, le prolongement de la réflexion à l’œuvre dans « L’Empreinte humaine » (Editinter, 2011).



Si Jean-Michel Bongiraud reconnaît (et comment faire autrement ?) la puissance de la technique qui propage, à longueur de journée, une abondance de paroles qui sombrent dans l’oubli (faute de résonance), il s’interroge : « Quel peut être le contrepoids de l’écrivain face à la toute puissance de la machine ? » Et il met en évidence la nécessité d’un saut dialectique pour dépasser le stade actuel de la toute puissance de la machine qui conduit l’humanité à l’abîme : « L’écriture se doit par conséquent de montrer qu’il est possible de stopper le progrès en permettant à l’homme de reprendre ses droits sur son être intime ». Certains parleraient de révolution intérieure…

Mais, là où Bongiraud est le meilleur, c’est dans la dénonciation de l’économisme ambiant. Il faut en finir avec le primat de l’économie et « prôner la philosophie, l’art, la culture comme fondements de la société. » C’est dans ce cadre que l’écriture peut devenir une arme : l’économisme dominant a prouvé sa nocivité : famine, pollution et misère généralisée dominent ; le monde vit sous la menace écologique, nucléaire et industrielle. C’est le règne du profit sans limites qui mène à l’anéantissement planétaire.

Donc, nécessité de la culture, de l’éducation la plus élevée possible pour faire des hommes des citoyens capables de comprendre le monde et les manœuvres de ceux qui veulent prolonger leur domination, de discuter les orientations sociétales ou politiques. D’où la nécessité de l’écriture philosophique ou poétique individuelle, seules capables selon Bongiraud, d’agir pour changer le monde. Certes, il y a une philosophie et une poésie qui militent pour le statu-quo : mais il faut résister. Car il s’agit d’écrire pour être lu, mais surtout d’écrire pour penser et critiquer le monde.

La force du capitalisme, c’est d’avoir distillé son venin dans la quasi-totalité des esprits. Ce qui fait de la population qui, objectivement, aurait dû combattre le capitalisme, un troupeau, non seulement docile et asservi, mais coopérant à son propre asservissement… On l’a vu, on le voit avec les Bonnets rouges en Bretagne. Face à cette quasi- impossibilité de transformer le monde, pour prouver qu’il est au contraire possible de le changer, Bongiraud pose l’exigence d’écrire pour participer à la nécessaire résistance. Gageons cependant que les défenseurs patentés de la liberté d’expression, prompts à s’indigner et à récolter des fonds, quand il s’agit de leurs emprisonnés enlevés ou menacés dans des pays exotiques (géographiquement ou idéologiquement), s’accommoderont parfaitement de toutes les restrictions de la liberté d’expression dans nos pays auto-proclamés démocratiques qui vivent sous la dictature du Kapital et de la Phynance réunis. D’ailleurs une association des dits défenseurs, dans sa campagne actuelle, se contente-t-elle de dénoncer la « volonté de contrôler les sources », ici et maintenant ; alors qu’elle passe sous silence la censure économique et le contrôle des grands moyens d’information par les puissances d’argent…

Aussi l’essai de Jean-Michel Bongiraud est-il utile. Car, au-delà de l’écriture utilitaire, cette écriture peut être aussi un outil de subversion : d’où sa nécessité aujourd’hui.

Lucien Wasselin



dimanche 22 décembre 2013, par Lucien Wasselin

Remonter en haut de la page



Jean-Michel Bongiraud
« De la nécessité d’écrire face à l’impossibilité de changer le monde »

Édilivre, 120 pages, 13,50 €.
Dans les librairies référencées Dilicom ou sur internet.



Jean-Michel Bongiraud

Jean-Michel Bongiraud est né en 1955, et vit dans le Jura. Il a publié la revue Parterre verbal de 1992 à 2001, puis a fait paraître, à compter de Juin 2008, le bimestriel Pages Insulaires. En 2013, il fera paraître le journal Fermentations, publication ouverte à l’actualité et à la réflexion.
Il a publié une quinzaine d’ouvrages chez différents éditeurs, des poèmes ou des articles dans différentes revues Verso, Décharge, Comme ça et autrement, Remue-Méninges, Comme en poésie, Traces, La Nouvelle Tour de Feu, Traction-Brabant, Le cri d’Os, Poésie-Première, Rimbaud Revue, Diérèse, Comme un terrier sous l’igloo… mais aussi dans Le Monde Libertaire ou le mensuel Alternatives Libertaires. Récemment un essai politique et social « L’empreinte humaine » a été publié par Editinter, « La poésie et nous » aux éditions Corps Puce, un recueil « Je n’en dirai guère plus » aux éditions de l’Atlantique.
Enfin, un premier roman « Déviations » aux Editions Alzieu fin 2012.



Bibliographie

lire ici



Lire aussi :

Bongiraud ou le flux verbal



-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0