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André Hardellet

« Donnez-moi le temps » suivi de « La promenade imaginaire »

Une lecture de Philippe Leuckx

Gallimard réédite dans la collection de poche L’Imaginaire, « Donnez-moi le temps », le dernier livre paru du vivant de son auteur, mort le 24 juillet 1974.



Sixième livre d’Hardellet à être réédité dans la collection de poche L’Imaginaire, « Donnez-moi le temps » est le dernier livre paru du vivant de son auteur, mort le 24 juillet 1974. Quatre-vingts pages charpentées en 17 chapitres qui explorent ce que le poète de Vincennes et de la rue Beaubourg (son dernier domicile, celui de ses parents bijoutiers) a tenu pour le thème essentiel de ses déambulations, traversées et autres voyages dans l’ère assez étroite de la banlieue parisienne. Redécouverte de l’enfance, des territoires chéris, rêvés ou réalistes, des terroirs de « chasse » intime et intimiste, depuis la naissance, rue de Fontenay, trois ans avant la Grande Boucherie, écriture en 1972 de cet ultime opus du maître, aujourd’hui vénéré, adulé par tant d’écrivains qui lui doivent cette poésie d’un temps incertain (Françoise Lefèvre, Pascal Blondiau, Guy Darol, Philippe Claudel, Michel Baglin,…).


Aller aux sources d’une écriture, au flux de ce temps « des lavoirs » (comme le rappelle un épisode des « Chasseurs »), aidé de vrais spécialistes, philosophes, mathématiciens, astrophysiciens (comme William James -1842/1910-, Eddington – 1882/1944-, le parapsychologue Rhine -1895-1980…) c’est pour André Hardellet reconnaître la force physique, physiologique, des souvenirs, c’est pour notre artiste des « terrains particulièrement vagues » l’occasion rêvée de restituer les « décors du vieux Paris », de chanter sa « chanson Bal chez Temporel » (clé : « le Temps, encore une fois ! », dit-il lui-même en page 40).
Son engouement pour des lieux, gares ou Jardin Botanique, pour l’Alice de Lewis Carroll, pour « les barricades mystérieuses », les lieux ravagés ou disparus (trou des Halles, par exemple), les auteurs de toujours (Nerval, Proust), et enfin pour ses proches (son père), et tous ces métiers perdus (limonadiers) complète une exploration attentive, méticuleuse, quasi scientifique des « coïncidences significatives », du monde de la veille et des rêves, et bien sûr son attachement, assez naturel, aux mondes surréalistes, ses redevances affichées à des maîtres, des amis comme Prévert, Queneau, Fallet…
Notre archiviste du Temps perdu sait que ce temps analysé, retenu, ténu, lui est désormais compté et l’un des derniers adjectifs qu’il se donne correspond bien à son esprit, à son âme de poète hors des sentiers battus : « réfractaire ».
Oui, Hardellet, notre grand écrivain réfractaire.
J’ai cherché, vainement, son nom dans une anthologie récente de la poésie française, pourtant copieuse, due à M. Orizet. Pas d’Hardellet ! Quelle honte ! Mais il est dans notre cœur, très proche, dans celui de Françoise L., de Philippe de Dombasle-sur-Meurthe et de tant d’autres !

(à suivre)
Philippe Leuckx



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André Hardellet : « Donnez-moi le temps » suivi de « La promenade imaginaire »



samedi 8 février 2014, par Philippe Leuckx

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André Hardellet
« Donnez-moi le temps » suivi de « La promenade imaginaire »


L’Imaginaire/ Gallimard, n°640
(182 p., 2013, 9,50€.)



André Hardellet

André Hardellet est né le 13 février 1911 à Vincennes de parents bijoutiers dont il est le fils unique. Il est mort à Paris le 24 juillet 1974.
Il a commencé par suivre des études de médecine, abandonnées en 1933 pour reprendre l’entreprise familiale, « Les Alliances Nuptia », dans le quartier du Marais. Parallèlement, il flâne dans les rues et les banlieues de Paris et écrit. Il ne publiera cependant son premier recueil qu’à plus de 40 ans.
Après guerre, il rencontre des artistes qui constitueront sa bande de copains - René Fallet, Alphonse Boudard, Georges Brassens, André Vers, Louis Nucera, Robert Doisneau, etc - et Pierre Mac-Orlan qui va le pousser à publier. Romans et recueils de poèmes, dès lors se succéderont, ainsi que les chansons, dont le fameux « Bal chez Temporel » mis en musique par Guy Béart et chanté par Patachou. André Breton salue à son tour l’auteur du « Seuil du Jardin »
Le roman « Lourdes, lentes » publié en 1969 par Jean-Jacques Pauvert va donner de l’eczéma aux bien-pensants et un ministre qui restera probablement dans l’histoire pour ce fait d’armes imbécile, Raymond Marcellin, le fera condamner pour pornographie, outrage aux bonnes mœurs en 1973 par la 17e chambre correctionnelle de Paris. André Hardellet en fut dit-on si malheureux qu’il en mourut l’année suivante.



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