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EPM lui consacre un quadruple album

Hommage à Pierre Mac Orlan

EPM et Bernard Ascal viennent de sortir un quadruple album (3 CD et 1 DVD) consacré au Pierre Mac Orlan auteur de chansons. Lucien Wasselin apprécie.



Je me souviens de Germaine Montero chantant La Fille de Londres sur les ondes de la RTF (ah, ce rat qui est entré dans la chambre et le couteau du Chin’toc !). L’œil vert du poste clignotait. Et je n’ai jamais oublié. Quelques années plus tard une révolution musicale, gestuelle, textuelle et scénique allait tout balayer ; les microteux et les journaleux dans leur majorité allaient peu à peu adhérer à cette nouvelle mode à laquelle je n’ai jamais vraiment souscrit. Dans mon adolescence, je préférais Léo Ferré que j’écoute toujours. Les bluettes sentimentales des idoles des jeunes me faisaient ricaner, les pitreries de Zorro est arrivé, des Dalton (tagada !) ou de La bonne du curé me révulsaient ! Je me réjouis donc de l’excellente idée d’EPM qui consacre un quadruple album (3 CD et 1 DVD) à Pierre Mac Orlan.
Dans sa présentation, Bernard Ascal rappelle que Mac Orlan, dès ses débuts, pour gagner sa vie, écrivit « des couplets pour des interprètes de second ordre », ce qui fut un apprentissage du métier de parolier. Mais il fut avant tout romancier. Ce n’est qu’après la seconde guerre mondiale qu’il revint à la chanson : il en écrivit une soixantaine qui furent réunies en trois volumes parus chez Gallimard dans les années 50 & 60. Sur les 49 plages des deux premiers CD du coffret, 42 sont réservées à des interprètes féminines de Pierre Mac Orlan. Tout d’abord, Bernard Ascal fait une place à deux interprètes historiques de Mac Orlan : Laure Diana qui fut la première à enregistrer le poète et Marie Dubas dont la version de La Chanson de Margaret est dans toutes les bonnes mémoires…
Mais la place la plus importante est faite à des chanteuses plus proches de nous : Juliette Gréco (1 titre), et surtout des femmes connues pour leur amour de la poésie comme Catherine Sauvage (5 titres), Monique Morelli (15), Germaine Montero (9) et Francesca Solleville (5). Des voix superbes qui servent des textes, mettent en relief le talent de Pierre Mac Orlan et non de ces voix-marketing lancées par la radio et la télévision, ces voix qui simulent tout et n’importe quoi ! Il n’est pas étonnant que ces neuf femmes aient également joué au cinéma et au théâtre (même si Francesca Solleville n’a fait qu’une apparition sur les planches, dans une pièce de Rafael Alberti et même si Monique Morelli fut surtout reconnue comme une grande interprète des poètes n’ayant que peu fait la comédienne)… À noter que les plages 16 à 28 du deuxième CD qui font alterner les interprétations de Laure Diana et les dialogues de Francis Carco et de Pierre Mac Orlan sont une fidèle reproduction des 78 tours de l’époque (1950).

Toute une époque

Le troisième CD est un montage nerveux réalisé à partir des entretiens menés par le journaliste Max Croce au domicile de Pierre Mac Orlan à Saint-Cyr-sur-Morin entre le 24 et le 31 juillet 1964. Les thèmes abordés sont divers et tournent autour de la chanson vue par Mac Orlan (raisons d’être, sujets, fonction des chansons, mais aussi relations avec Montéhus, Bruant, Léon-Paul Fargue, Apollinaire…). C’est toute une époque qui se donne à écouter.
Le quatrième enregistrement est un DVD regroupant deux films : Une maison macorlanesque de Djamilla Mérabet et Pierre Mac Orlan, Dagobert et compagnie un montage réalisé par la même à partir d’extraits d’un film amateur non sonorisé et d’un pot-pourri joué à l’accordéon par Mac Orlan lui-même, une sélection visuelle et sonore de Bernard Ascal. Les deux films donnent à voir des documents d’archives qui montrent Mac Orlan dans son époque et dans son milieu : l’on découvre sa maison « restée dans son jus » ce qui contribue à la connaissance et à la compréhension de l’œuvre.

Le présent Hommage est donc le bienvenu par ce qu’il donne à voir et à écouter d’un écrivain assez oublié de nos jours. Bernard Ascal souligne même, à juste titre, que son nom « disparaît parfois au profit d’un prématuré traditionnel » à propos de l’une de ses célèbres chansons de marins, Fanny de Lanninon. Heureusement, ce n’est pas toujours le cas : ainsi dans le livret du CD À Brest La Jolie (chansons de ports) [Anthologie des chansons de la mer, volume 2. Le Chasse-Marée, 020], il est noté que « Fanny de Lanninon, chanson brestoise par excellence, n’est pas une composition ancienne. C’est l’une des œuvres les plus populaires de Pierre Mac Orlan, qui l’a publiée en 1953 dans Chansons pour accordéon. » Mais est-ce suffisant ? Il est à souhaiter que cet Hommage à Pierre Mac Orlan rencontre le public le plus large possible… Qui lira par la suite un de ses romans ou regardera un des films adaptés de ses œuvres…

Lucien Wasselin



dimanche 9 mars 2014, par Lucien Wasselin

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« Hommage à Pierre Mac Orlan, »

(3 CD &1 DVD). EPM, n°986838.
Chez les bons disquaires,
prix public : environ 25 €.



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