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Marius Noguès

L’écrivain paysan gascon

Voilà un écrivain que j’aime beaucoup parce qu’il avait de saines colères. Écrivain paysan gascon qui a toujours vécu dans sa ferme du Haget, il a écrit de beaux livres comme autant de célébrations de la nature et de coups de gueule contre ce qui la défigure et défigure les hommes. Je reprends ici un article publié le 5 février 1984 dans « la Dépêche du Midi »
Marius Noguès nous a quittés à presque 93 ans, le mercredi 13 juin 2012 au matin.

La remarquable et très soignée revue d’Edmond Thomas, « Plein Chant », consacre son numéro 16/17 à l’écrivain paysan gersois Marius Noguès. Un hommage que l’on pouvait espérer de la part d’une revue qui se penche fréquemment sur des tex¬tes d’une inspiration authentiquement populaire et qui a publié, entre autres, de nombreux poètes-ouvriers du XIX° siècle. Préparé par Guy Bordes, le dossier rassemble divers articles de presse, présentations, lettres d’amis et de critiques qui constituent autant d’approches de Marius Noguès et de son œuvre. L’ensemble est complété par un choix de poèmes, d’essais et de contes de l’auteur de « La Petite Chronique de la boue » et de « Lutèce et le paysan » , ainsi que par des photos et par une bibliographie complète.

Une parole authentique

Marius Noguès est né le 18 novembre 1919 à Haget, petit village du Gers, en plein cœur de la Gascogne, à la limite de l’Armagnac et de la Bigorre. Si ce n’est pour quelques voyages, il n’a pratiquement jamais quitté cette vallée de l’Arros où il a passé son existence à cultiver la terre jusqu’à sa retraite et à rédiger ses poèmes, ses romans, ses contes et ses essais.
Poète paysan, donc. Encore faut-il lever quelques ambiguïtés : il n’écrit ni romans champêtres ou rustiques ni romans régionalistes. Marius Noguès n’est pas un écrivain qui a choisi de prendre la campagne comme cadre ou prétexte de son œuvre et qui la décrirait de l’extérieur, avec les conventions et les images d’Épinal qu’entraîne fatalement ce genre d’exercices de style. Non. Marius Noguès est un paysan qui écrit. Qui dit sa vérité d’homme enraciné, amoureux de ses collines gersoises, et dont le métier est d’être cultivateur. Un homme qui se définit, à la fois, par les gestes quotidiens du paysan, ses ferveurs et ses révoltes et, par sa vie intérieure.
« Écrivain paysan » ne renvoie pas à une étiquette, une spécificité d’écriture, mais à une condition. Voilà probablement pourquoi son œuvre, pour singulière qu’elle soit, n’en véhicule pas moins un message et des valeurs universelles. Elle est tout simplement authentique.

Un poète conteur

Marius Noguès ne met pas en scène d’aimables bergers, mais des paysans d’aujourd’hui (et d’hier) confrontés à la vie journalière et à la dégradation d’une campagne qui n’échappe plus aux lois du marché et du rendement industriel. Son œuvre se nourrit d’une nostalgie et d’une colère d’homme face à un mode de vie qui se dégrade malgré lui et à une culture qui se démembre. L’apparent manichéisme de ses livres oppose constamment les valeurs citadines (en ville, l’existence se corrompt) et les valeurs rurales, cohérentes et saines. L’intelligence, la sensibilité, le souci de vérité de Marius Noguès lui permettent pourtant d’échapper aux stéréotypes et aux simplifications idéologiques. Parce qu’il est moraliste et que sa voix est forte. Parce qu’il est poète et que ses images sont justes.

« Auprès du feu pètent les châtaignes mûres
Ne dors pas : sur ta joue la flamme bouge
Écoute : la cheminée a des fureurs d’orgue en délire
Les palombes froissent du papier sur la nuit qui chavire (...). Tes mains sur les genoux ont ce geste silencieux
Comme une fuite inquiète et qui rompt les adieux. »


Et c’est peut-être dans sa prose, lente, ses mots de poids, son vocabulaire pulpeux et plein, qu’il s’avère plus que jamais poète sans cesser d’être conteur. Deux des essais publiés ici annoncent, d’ailleurs, des parentés : le salut de Marius Noguès à Louis-Ferdinand Ramuz est une revendication d’écriture (un écrivain « ni charlatan ni décorateur »), tandis que son évocation de Tolstoï ébauche une parenté plus secrète et intime, le refus « de vivre dans le mensonge et l’imposture ».
Une revendication de l’homme Marius Noguès qui définit son écriture et la justifie. C’est aussi cela, l’écrivain paysan.

Michel Baglin


Revue « Plein chant » (n’ 16/17), Edmond Thomas, Ressac, 16120 Châteauneuf-sur-Charente.

Lire aussi :

La rencontre avec Jean-Pierre Brèthes

lundi 12 avril 2010, par Michel Baglin

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Les livres de Marius Noguès

« Soleil de la terre : poèmes ». – Ed. du Val d’Adour (13, Lotissement des primevères, 65500 VIC BIGORRE), 2007 (2 vol.)
« Paroles de paysans » . – Presses de la cité, 2005 (contient « Petite chronique de la boue »)
« Lutèce et le paysan » . – Ed. du Val d’Adour, 2003
« Terre des hêtres ». – Ed. Cheminements, 2002 (anthologie qui contient « Petite chronique de la boue », « Contes de ma lampe à pétrole », « Grand guignol à la campagne », et quelques textes, dont « Ramuz le paysan » et « Tolstoï le moujik »)
« Petite chronique de la boue » . – Plein chant, 1990
« Grand guignol à la campagne » . – Plein chant, 1986

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