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Frédérique Martin

L’exploration des théâtres intimes

« Depuis l’enfance, je porte un rêve comme on porte un bijou : être écrivain. Ce n’est ni pour les ors, ni pour la gloire. C’est d’abord pour la joie, c’est d’abord pour l’élan. » Belle profession de foi, signée Frédérique Martin, Clermontoise de naissance, Toulousaine d’adoption. Portrait d’une romancière qui est aussi poète et nouvelliste.
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Frédérique Martin (Photo Guy Bernot)

J’ai fait sa connaissance à… Lourdes, sans que cela tienne nécessairement du miracle : elle fut cette année-là la lauréate du prix Prométhée de la nouvelle pour un fort beau recueil, « L’Écharde du silence », prix qui lui fut remis lors de la Décade de l’Atelier imaginaire dans cette ville des Hautes-Pyrénées qui se transforme en octobre en rendez-vous automnal d’écrivains.

C’est avec ce livre qu’elle est entrée en littérature. Elle s’en explique :

« A trente deux ans, pour échapper à un travail qui m’épouvantait, je décidai de passer un bilan de compétences. En face de moi, une femme : Dominique.
- Que voudriez-vous faire ?
- Je ne sais pas, je n’ai pas d’idée.
- Mais… si tout était possible, on ne parle ni d’argent, ni de compétences. Tout est possible, qu’est-ce que vous faites ?
Un temps de recul et la réponse a fusé :
- J’écris.
- Bien. Alors ? Qu’est-ce que vous attendez ?
Voilà ! Il m’avait fallu vingt ans pour trouver Dominique. Je l’ai gardée comme amie, on ne quitte pas une femme d’aussi bon conseil. Depuis, je travaille… »

Et l’on en est heureux, car elle nous a donné à lire depuis de nouveaux livres, notamment sa « noirration », « Papier du sang », qui mêle proses et poèmes, ou plus récemment « Femme vacante », son premier roman.

Celui-ci raconte l’histoire d’Alice : elle a quitté son mari et ses trois enfants pour suivre un homme, qui a son tour l’abandonne. Son désarroi, le vide auquel elle se trouve soudain confrontée en dépit de l’amitié d’une vieille dame, constituent plus que la trame : l’épaisseur de ce livre écrit d’une plume rapide et d’empathie.

Ces qualités de style qui font le prix des livres de Frédérique Martin, on les retrouve sur son blog : humour, élégance, délicatesse, nervosité de la phrase pour dire l’admiration, lancer un clin d’œil, affûter la critique.
Rendez-vous donc à l’adresse : http://www.frederiquemartin.fr/

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"L’Écharde du silence"

A propos de "L’Écharde du silence". on lira en cliquant ci-dessousi l’article que j’ai publié dans la revue "Brèves" n° 73 (décembre 2004). Le recueil publié aux editions du Rocher a reçu le prix Prométhée 2004. il est préfacé par Olympia Alberti. (19,9 euros)

« La famille, le couple, l’amitié sont les lieux de toutes les névroses, et on y trouve en petit comité ce qui mène le monde à plus grande échelle », affirme Frédérique Martin, qui vient d’obtenir le prix Prométhée de la nouvelle pour son recueil « L’écharde du silence ».

En cette simple phrase, l’auteur traverse quelques-uns de ses thèmes, personnages et décors de prédilection et donne même une petite idée de son style, de cette pointe d’ironie dont elle use pour traiter de sujets graves.
Car si les silences annoncés dès le titre sont lourds, dans ces treize histoires, de malentendus et de secrets, c’est avec une belle aisance, et même souvent une sorte de légèreté, que Frédérique Martin finit par leur donner la parole. Ce qui nous vaut à la chute – chaque nouvelle ou presque ici en possède une – un petit vertige, non pas dû seulement à l’agencement de la construction, à une astuce de conteur, mais à une vraie plongée dans l’abîme. Le petit chat détesté de Terminus renvoie à un épuisement du quotidien plus lourd de conséquences qu’une banale lassitude, et le manque de grâce du héros d’Erratum à un handicap plus radical qu’une simple timidité. Le névrosé de Toc toc, qui ne parvient qu’à grand peine à franchir les portes, a lui aussi une lourde histoire à porter, qui ne trouve pas ses mots, pas plus que celle du gamin du Cri du guerrier, de l’amour frustré et jaloux de la mère de Comme si je t’avais faite. Les mots manquent à tous ces personnages en proie à leurs lézardes intimes et c’est parfois faute de les trouver qu’ils ont alors recours au geste suicidaire ou meurtrier.

Frédérique Martin parle de cruauté. Ses personnages sont seulement malheureux, et sa manière de les raconter, de sonder leur douleur, est pleine de compassion – de cette même empathie qui anime l’étrange personnage de A titre posthume. Si cruauté il y a, elle est celle de la vie, de la confrontation de ces êtres regorgeant d’amour à donner avec le mutisme du monde et de leur entourage. Ils font souffrir, se vengent comme l’épouse d’Œil pour œil, parce qu’ils sont blessés, à mort souvent. Une écharde de silence dans le cœur. En proie à une solitude irrémédiable – tel le vieil Edmond qui la dissimule avec une grande pudeur – et à une détresse que l’on devine plus qu’elle n’est dite.

C’est évidemment l’art du nouvelliste qui est ici en jeu, celui de suggérer par petites touches un monde intérieur et, sous le vernis des faits et gestes, les déchirures de l’arrière-pays. Frédérique Martin, dont l’écriture est à la fois riche, parée de retenue, mais aussi très précise (les adjectifs y sont pesés au trébuchet) et souple, excelle dans cet art de l’approche subtile qui s’achemine l’air de rien vers l’exploration des théâtres intimes.

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"Zéro, le monde"

"Zéro, le monde" est un recueil de nouvelles publié par les Ed. Thierry Magnier (126 pages. 7 euros). Je l’avais "chroniqué" dans la revue "Brèves" n° 74 de juillet 2005 (voir ci-dessous).

Un bon livre pour enfants est un livre pour tout public, c’est connu, les adultes n’étant jamais que de vieux gamins. Tel est bien le cas de « Zéro, le monde », un recueil de nouvelles de Frédérique Martin, publié chez Thierry Magnier.

Son héros, Dominic, sert de fil conducteur à ces dix histoires d’adolescents qui se cherchent et trouvent surtout des peaux de banane. On songe parfois à Huckleberry Finn, Dominic a sa vitalité et son impertinence et, comme lui, enchaîne les aventures pour rester vivant au milieu de tristes figures. Pas sûr qu’il ait envie de grandir dans ce monde auquel il accorde volontiers un zéro pointé, mais il faut bien descendre le fleuve... Et le voyage n’est pas toujours de tout repos.

Il y a le copain Manu, qui meurt, et la jolie Mérédith qui le laisse tout drôle, un père qui s’absente dans les breuvages alcoolisés ; il y a les coups qu’on reçoit fièrement (même pas mal !) et ceux qu’on encaisse comme on peut. Il y a le collège aussi et les profs et les règlements et le conseiller de désorientation. Le quotidien d’un gamin d’aujourd’hui qui se préfère au fond de la classe, près du radiateur. Et puis il y a qu’on n’est pas de bois avec un cœur de pierre, et que les rencontres au fil du courant vous chavirent parfois.

Toutes ces histoires-là sont drôles et émouvantes et, surtout, écrites dans un style allègre que Frédérique Martin impose livre après livre, fait de tonus, d’humour, d’un peu d’argot et de tendresse moqueuse. Avec, promenant au milieu leur dégaine de légers paumés, des personnages irrésistibles.


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« Papier du sang »

« Papier du sang » (éditions N&B) compte parmi ses « Noirrations ». Frédérique Martin y mêle poèmes et récits pour parler de la souffrance. (64 pages. Editions N&B. 16. rue de Domrémy. 31000 Toulouse. 11 euros) _

« Noirration », dit-elle quelque part. Et c’est en effet presque un mode de narration qu’invente Frédérique Martin pour parler du continent noir de la souffrance. Mêlant poèmes et récits, approches directes ou détournées, afin de suggérer l’indicible, quand les mots manquent pour exprimer le malheur, celui que l’on connaît tous et plus encore peut-être celui des autres, celui dit-on « qu’on ne peut pas comprendre. » Frédérique Martin cependant parvient à nous faire partager ce vertige. Nous sommes loin de l’humour de son roman « Zéro le monde » (Thierry Magnier, 2005) ou même des nouvelles de « L’écharde du silence » (Du Rocher, 2004). Ici, pas d’échappée possible - sinon bien sûr par l’exutoire des mots - nous sommes confrontés aux morts et aux survivants.

Une femme reçoit un coup de téléphone lui annonçant le décès brutal d’un ami cher. Une mère accroche un bouquet sur le tronc d’un arbre où, sans doute, son fils a péri. Une jeune veuve afghane ayant laissé ses trois enfants pour aller chercher de la nourriture est violée par des soldats et retrouve ses enfants morts de froid en rentrant chez elle. Chacune de ces scènes raconte une histoire simple, qui pourrait se résumer en une phrase. Mais la narratrice sollicite son imaginaire et raconte comment elle tente d’entrer dans le désarroi de ses personnages.

Ce livre on l’aura compris est tout d’empathie, nous confrontant au tragique d’être des vivants si fragiles. Des phrases denses, fortes de sens, des vers écorchés, remuent en nous des interrogations sur l’enfance, l’innocence perdue, les blessures secrètes, le sang et l’angoisse qui nous constituent. Et c’est une fois encore avec beaucoup de vérité charnelle et de finesse psychologique, de crudité et de retenue, que Frédérique Martin nous dit la vie, si précieuse d’être tellement vulnérable.


« Le Fils prodigue »

Frédérique Martin nous donne

Frédérique Martin nous donne avec « Le Fils prodigue » (éditions de l’Atelier In8) une nouvelle subtile et grinçante comme elle sait en écrire.
Maurice a invité à déjeuner pour ses cinquante ans ses parents, son frère et sa belle-sœur. Il leur mitonne un repas de fête en prenant soin de satisfaire les goûts de chacun, mais il n’est pas tout-à-fait aimé comme il le désirerait… Élans du cœur, déceptions, cruauté et hypocrisie faufilent ce petit texte très réussi en se mêlant aux saveurs douce-amères d’un repas qui a un prix... (4 euros).



lundi 22 juin 2009, par Michel Baglin

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Frédérique Martin a publié :

Sur mesure, Éditions Rafaël de Surtis, 2001.
Une lettre pour le vieux Tolly Hope, Éditions Kerdore Siloë, 2001.
« Erratum » in Dernières nouvelles de Palaiseau, HB Éditions, 2002.
« Comme si je t’avais faite » in Les belles palissades,
Éditions Gros Textes, 2002.
« La morsure » in Sur les pas de Simenon, Éditions La Dérive, 2003.
« Sens interdits » in Nouvelles au plurielle, Éditions Editinter, 2004.
L’Écharde du silence, Éditions du Rocher, 2004 – Prix Prométhée
de la nouvelle.
Zéro, le monde, Collection « Roman ados », Éditions Thierry Magnier, 2005.
Femme vacante (roman), Pleine page, 2007.

Ainsi que des textes dans les revues Brèves, Décharge, Sol’Air, Poésie Première, Nouvelle Donne, L’Encrier renversé, L’Ours Polar.

Frédérique Martin a été lauréate des bourses d’écriture 2005 du Centre régional des lettres Midi-Pyrénées pour son œuvre publiée et pour son projet d’écriture romanesque, dont Femme vacante est l’aboutissement.
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