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Dominique Sampiero

« L’idiot du voyage »

Ce n’est pas le moindre des mérites de ce livre de proses que de rendre à la parole poétique, après tant d’avatars liés à son passage dans les nuées ou les laboratoires, une ambition, sinon prométhéenne, au moins de ressourcement.



Certes, on trouvera dans ces proses denses et savoureuses des voyages bien réels, mais à l’état de traces. Voyages « les yeux mi-clos » dans des paysages intérieurs et dans cette langue qui est probablement l’objet le plus tangible de ce que Sampiero a voulu nommer un « récit » et qui demeure, heureusement, inclassable.
Tout y est aller-retour entre le dedans et le dehors dont les frontières, d’une certaines façons, s’abolissent, laissant le narrateur toujours en quête d’une identité improbable : « Je ne sais rien de moi », dit-il (tout comme auraient pu le dire les personnages des beaux récits que l’auteur a réédité chez Folio sous le titre « Le ciel et la terre » ). Tout y est balbutiements devant l’amour, le corps de l’autre, le ciel, la mort, l’horreur, la page. Tout, même l’ici, y est voyage, qui ne vaut que par ce qu’il remue en soi, dérange, permet de toucher du doigt et des mots.

Dans l’ouvert.

L’idiot du voyage est comme celui du village : il ne passe pas par des grilles de lecture prédéfinies pour aborder le monde. Innocent, il demeure dans l’ouvert. Dans le questionnement, l’émerveillement, l’effroi ; dans un plus grand bouillonnement de vie. Presque absorbé, toujours dans l’approche, déchiré entre la tentation de la fusion et celle du dire. Car il y a la langue. Qui fait écran, mais aussi par le truchement de laquelle il tente de renouer, de prendre pied. Vouloir « porter la phrase au plus intime » n’est pas un repliement, mais une ouverture à tout ce qui palpite, dedans et dehors : « Écrire ne me soustrait à rien », affirme t-il. Écrire, c’est ce voyage qui confronte au corps, à la matière, aux mots : « Le déroulé de la parole, m’entraînant là où il veut, nourrit aussi le mouvement de mon sang ». Et, un peu plus loin : « Écrire alors me rend aux arbres, aux fruits, incline mes mains comme l’orge sous l’orage. »

Un chant du monde

Ce livre est ainsi une célébration païenne, un chant du monde : « Je remercie mon corps de rebrousser chemin, oui, dans cette partie verdoyante, légère et fugace que l’on renonce aujourd’hui à nommer, là où le dehors entre en moi et où je dresse en lui ce qui m’exalte ». Et ce n’est pas le moindre de ses mérites que de rendre à la parole poétique, après tant d’avatars liés à son passage dans les nuées ou les laboratoires, une ambition, sinon prométhéenne, au moins de ressourcement.
Car c’est bien de poésie qu’il s’agit, de celle qui n’est pas fuite mais approche, mobilisation vitale, passage frayé dans le réel : « Écrire me redresse, me tient debout. Je sors en claquant la porte. Mon cœur n’est pas un refuge mais une source. »
Michel Baglin (Article paru dans « Autre Sud » n°16 en mars 2002/]



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Dominique Sampiero, portrait


mardi 2 février 2010, par Michel Baglin

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Dominique Sampiero
« L’idiot du voyage »

L’Arbalète / Gallimard

Dominique Sampiero

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Dominique Sampiero par Patrick Devresse

Dominique Sampiero est né le 15 novembre 1954 à Quesnoy dans l’Avesnois (Nord).
Il a commencé à écrire assez jeune et est devenu instituteur à 22 ans, puis directeur d’école maternelle dans une école à Escaudain, toujours dans le Nord de la France.
En 1999 il quitte l’Éducation nationale pour se consacrer entièrement à l’écriture et reprend un poste d’instituteur et de directeur de maternelle en 2005, à Fourmies. Il a vécu 20 ans à Salesches et a quitté ce village pour un autre hameau de l’Avesnois, Floursies, 144 habitants, entre Avesnes et Maubeuge, où il a écrit « Les encombrants », inspiré de plusieurs de ses habitants.
Il est l’auteur de nombreux livres de poésie et de proses, mais aussi de deux scénarios de longs métrages, réalisés par Bertrand Tavernier. Dans « Ça commence aujourd’hui” (1999), il tient la chronique de l’enseignant qui exerce son métier avec passion et convictions, en faisant face à la détresse sociale des familles et à la petite délinquance. Dans « Holy Lola », avec son épouse Tiffany Tavernier, il raconte les péripéties et le combat d’un couple français qui part au Cambodge pour adopter un enfant.
Dominique Sampiero a reçu de nombreux prix : prix Luc Bérimont, Rutebeuf, Casterman, Kowalski, Troubadour, Max-Pol Fouchet et, récemment, le Prix du roman populiste pour « Le Rebutant » (Gallimard, 2003).

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