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Anne-Christine Tinel

« L’œil postiche de la statue kongo »

Une affaire de femmes

Professeur agrégée de lettres modernes Anne-Christine Tinel a publié en 2008 un premier roman « Tunis, par hasard » aux éditions Elyzad. Avec « L’œil postiche de la statue kongo », chez le même éditeur, elle donne à lire un roman que l’on pourrait qualifier de policier.
Max Alhau nous en parle.

En effet « L’œil postiche de la statue kongo » pourrait être un roman policier, même si la police est absente, mais c’est heureusement un roman porteur d’énigmes non résolues et ce dans un style qui permet à l’auteur de s’attacher à la psychologie de ses personnages.
Au départ, Anne, qui attend un enfant, est « enquêtrice de personnalité », c’est-à-dire qu’elle doit reconstituer de parcours de vie des accusés. Elle vient d’apprendre qu’une femme s’est noyée dans le Rhône à Lyon : meurtre ou suicide, on ne sait. Toujours est-il qu’elle s’intéresse à l’affaire et qu’elle sera amenée à rencontrer les principaux protagonistes de ce fait divers. En premier lieu, une jeune femme Lucie Clos, ex épouse de Martin, mari d’Emna, la victime, soupçonnée d’avoir tué Emna. Curieusement la jeune femme qui s’apprêtait à entrer dans les ordres refuse l’assistance d’un avocat. Quant à Martin, que l’enquêtrice rencontre également, il révèle combien l’amour que lui portait Lucie était fort.
Au fur à mesure qu’Anne multiplie ses rencontres, l’intrigue se charge d’énigmes. Quelques années auparavant, Martin, en Tunisie, avait rencontré une jeune tunisienne, Ahlen qui lui avait fait croire qu’elle attendait un enfant de lui et voulait l’épouser. Il l’avait quittée peu après et s’était marié à Emna. Peu à peu cette intrigue se resserre alors qu’en même temps une autre s’ébauche, plus personnelle, celle d’Anne qui, à la suite de la mort subite de sa grand-mère, s’interroge sur la destinée de celle-ci et se livre à sa propre enquête.
C’est précisément cette double intrigue qui donne encore plus de force au roman alors que les protagonistes femmes occupent l’essentiel. En effet Ahlen, Emna et Lucie n’ont pas manqué de se rencontrer et entre elles des liens souvent violents se sont noués pour des motifs que l’on ne révélera pas. Quant à Lucie, par le biais d’une lettre confession, elle apprendra à Anne qu’à la suite de la rencontre d’Emna, elle avait jugé la folie de celle-ci et ne l’avait pas tuée. Si les doutes persistent pour Anne à propos de cette affaire, une autre s’ébauche, parallèle : qui était au juste la grand-mère de la narratrice, morte subitement en cuisant des brioches ? Des lettres d’amour écrites par un juif norvégien, Peer, révèlent bien des secrets sur cette idylle ancienne et éclairent d’un jour nouveau l’origine de cette grand-mère juive venue de Hongrie. Cette révélation influe grandement sur l’avenir d’Anne et de son enfant à naître.
L’essentiel de ce roman consiste dans cette succession d’intrigues, cette plongée dans les profondeurs de la psychologie des personnages. Anne-Christine Tinel laisse au lecteur le soin de juger de la culpabilité ou de l’innocence des uns et des autres et les personnages qu’elle brosse détiennent chacun une part de mystère qu’il est bon de savoir non résolue. C’est cela qui fait tout l’intérêt de cet étrange roman.

Max Alhau


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lundi 15 février 2010, par Max Alhau

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Anne-Christine TINEL
« L’œil postiche de la statue kongo »

Elyzad éditeur (4, rue d’Alger, 1000 Tunis)
246 pages
ISBN : 978-9973-58-022-1

Anne-Christine Tinel

Née en 1968 à Lyon, agrégée de lettres modernes, Anne-Christine Tinel a une pratique diversifiée de l’écriture, à travers celle de livrets d’opéra et de pièces de théâtre, mais aussi de romans.
Elle a concrétisé sa vocation d’écriture pour la scène en 1996 au Festival classique de Haute-Provence où la Compagnie Crue a présenté « Dialogue parmi les eaux mortes », un opéra contemporain de David Ducros dont elle écrit le livret. Ce compagnonnage avec le compositeur s’est poursuivi à l’occasion de « Vent debout » avec la coopérative artistique Pôle Sud, regroupant danseurs, musiciens, plasticiens, comédiens.
Cette expérience collective de la création s’est doublée d’un travail plus solitaire, allant du poème à des ouvrages à horizon romanesque.
Anne-Christine Tinel a ensuite connu sept années de vie tunisienne par lesquelles elle a renoué avec une enfance vécue en Algérie. Parallèlement à l’enseignement de la littérature et de l’histoire à l’université de Tunis, elle mène plusieurs projets d’écriture pour le théâtre (notamment « La nouvelle gueule du loup » en 2004 et « La dépossession » en 2006), et publie son premier roman « Tunis, par hasard » (elyzad, 2008).
En 2007, elle rentre en France. Actuellement, elle vit dans le Gers où elle se consacre essentiellement à l’écriture.
Son deuxième roman « L’œil postiche de la statue kongo » est paru aux éditions elyzad en novembre 2009.

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