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Jean-Marie Blas de Roblès

« La Montagne de minuit »

Une lecture de max Alhau

Jean-Marie Blas de Roblès, Prix Médicis 2008 avec son roman « Là où les tigres sont chez eux » (chez Zulma), vient de publier chez le même éditeur un nouveau roman, « La Montagne de minuit ». Au cœur de ce roman, un personnage hors du commun : Bastien, gardien d’un lycée jésuite et secrètement passionné par tout ce qui concerne le Tibet et le lamaïsme. Vérités et mensonges, fautes et rédemption s’enlacent et se provoquent dans ce roman qui interroge avec une désinvolture calculée les « machines à déraisonner » de l’Histoire contemporaine.
Max Alhau l’a lu.
Le livre sera en librairie à partir du 19 août

Un roman à deux voix

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Pour raconter l’extraordinaire et mystérieuse destinée de Bastien Lhermine deux voix se complètent : celle de Paul, fils de Rose Sévère, qui, vingt-quatre ans, après la mort de Bastien, a entrepris l’écriture de ce roman, et celle de Rose qui, prenant connaissance du travail de son fils, lui communique ses impressions, avance quelques précisions sur le personnage autrefois rencontré à Lyon dans l’immeuble que tous deux habitaient.
Pour écrire cet épisode, il faut que bien des énigmes soient résolues. En effet le personnage de Bastien Lhermine est entouré de mystère. Cet humble gardien d’un lycée de jésuites, recueilli peut-être par charité par le père Fargeot est vite congédié par son successeur en raison de son âge et sans doute des rumeurs qui courent à son sujet. Pourtant nul ne se doute que ce vieil homme solitaire est un érudit, un connaisseur du lamaïsme, expert en sanskrit et en tibétain, qui pratique le tai-chi, la méditation et s’adonne à la construction d’un mandala.
C’est effectivement ce que Rose apprend au fur et à mesure qu’elle le côtoie. Elle est la seule personne à le fréquenter, la seule qui n’hésite pas à lui confier parfois la garde de son fils âgé de cinq ans, faisant fi des ragots colportés par certaines mauvaises langues. D’une voix à une autre le portrait de Bastien s’étoffe et les confidences faites à Rose deviennent plus intimes.

Deux mensonges

Bastien est le fils d’un homme austère qui, à la veille de la dernière guerre, prend parti pour les nazis et dont un autre fils, Gilles, s’est engagé dans la SS. Bastien, lui, selon ses dires, est alors parti pour Berlin et est entré pour étudier dans les Brigades tibétaines de la SS. Il devait aller à Lhassa quand l’armée Rouge est entrée dans Berlin. Revenu en France il a été condamné mais protégé par les jésuites et n’a pas abandonné la culture tibétaine acquise tant en Allemagne qu’en France.
Quant à Rose, historienne de métier, gagnée par la sincérité de Bastien, elle lui avoue que sa mère, toujours vivante, une Résistante, a été arrêtée, torturée et déportée et qu’elle a retrouvé son bourreau vivant sous une autre identité.
Pourtant au fur et à mesure qu’avance le récit, que l’histoire s’affermit, on s’aperçoit que peu à peu le mystère s’épaissit. Entre la voix de Paul et celle de sa mère, alors que l’on avance dans le temps, le lecteur se rend compte de la fragilité des personnages et de leurs propos.
Même si Rose, pour des raisons qu’elle ignore elle-même, offre à Bastien de se rendre à Lhassa afin qu’il réalise le rêve de sa vie, elle porte en elle un sentiment de culpabilité : elle lui a menti. Sa mère qui a appris qu’elle côtoyait son bourreau s’est jetée dans la Saône et s’est noyée, c’est ce qu’elle révèle au vieil homme qui a été transporté à l’hôpital de Lhassa alors qu’il se trouvait en haut du Potala et qu’il a été victime d’un malaise. Il faudra l’aide d’un jeune français, Tom, pour que Bastien soit rapatrié et qu’il confesse à son tour ce que fut son adhésion à ces Brigades tibétaines. C’est dans l’avion qui le ramène en France qu’il meurt au-dessus de Berlin.
Après cette disparition, Rose ne manquera pas de se livrer à une enquête sur les rapports ente les nazis et l’Orient et à la suite de nombreuses recherches, elle en conclura que Bastien, à son tour, lui a menti : les Brigades tibétaines n’ont jamais existé. Pourquoi ce mensonge de Bastien envers Rose ? « Il l’a juste aidée à trouver le sommeil », déclare Tom, répondant à Paul.

Une critique en règle des impostures

C’est aussi à tout ce qui a trait à un certain ésotérisme que se rapportent les propos de Jean-Marie Blas de Roblès : notamment à une littérature relative au mythe aryen, aux impostures qui ont sévi chez les adeptes du nazisme, après les occultistes français de la fin du XIXème siècle. Par la suite, en France naîtra un courant qui privilégiera ce mythe et l’auteur de mettre en cause Pauwels et Bergier auteurs du « Matin des magiciens » et leurs affabulations, ainsi que l’antisémitisme qui n’a jamais cessé de régner.
C’est à la littérature d’apporter un démenti et, comme l’écrit Jean-Marie Blas de Roblès, à propos du romancier et de l’historien : « ils s’efforcent l’un et l’autre d’inventer la vérité » car tout au long de ce roman c’est bien celle-ci qui est mise à mal par les protagonistes qui la dissimulent, la détournent à des fins inconnues. Ce sont aussi les calomnies qui tracent leur voie : on ne peut oublier la critique à laquelle se livre l’auteur à propos de la Chine et de sa politique envers le Tibet.
L’important reste la figure de Bastien, humble et savant, pourtant en quête d’une vérité, celle de la vie sublimée par la culture à laquelle il a adhéré et qui n’a rien à voir avec un orientalisme de pacotille tel qu’il est pratiqué en Occident. Reste aussi l’écriture de ce roman à double face, un écriture foisonnante et sobre et cette quête existentielle au parcours difficile et toujours hasardeux.

Max Alhau

mercredi 11 août 2010, par Max Alhau

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Jean-Marie Blas de Roblès
« La Montagne de minuit »
éditions Zulma
En libraire à partir du 19 août

Jean-Marie Blas de Roblès

Né en 1954 à Sidi-Bel-Abbès, puis ballotté en Camargue, à Rouen et dans les Vosges après le rapatriement des Français d’Algérie, Jean-Marie Blas de Roblès passe son adolescence dans le Var. Études de philosophie à la Sorbonne, d’histoire au Collège de France, régates au long cours en Méditerranée.
En poste au Brésil comme enseignant et directeur de la Maison de la Culture Française à l’Université de Fortaleza, il reçoit le prix de la nouvelle de l’Académie Française pour son recueil « La Mémoire de riz » (1982). Transfert en Chine Populaire : premiers cours sur Sartre et Roland Barthes jamais donnés à l’Université de Tien-Tsin (Tianjin), à la fin de la Révolution Culturelle ; « La Mémoire de riz » est traduite en chinois et en tchèque. Parution de « L’Impudeur des choses », son premier roman (1987).
Après un séjour au Tibet, il rejoint sa nouvelle affectation à l’Université de Palerme en empruntant le Transsibérien. Un deuxième roman, « Le Rituel des dunes », paraît en 1989. C’est à Taïwan (Alliance Française de Taipei) qu’il commence son troisième roman, « Là où les tigres sont chez eux », et abandonne l’enseignement pour se dédier à l’écriture.
Voyages au Pérou, au Yémen et en Indonésie. À partir de 1990 publication d’essais ou de textes poétiques en revues – notamment dans Le Mâche-Laurier (2006)–, et de « Méduse en son miroir » (2008) chez Mare Nostrum.
Membre de la Mission Archéologique Française en Libye depuis 1986, il a participé chaque été aux fouilles sous-marines d’Apollonia de Cyrénaïque, de Leptis Magna et de Sabratha en Tripolitaine ; il dirige actuellement la collection Archéologies qu’il a créée chez Edisud et où il a publié plusieurs ouvrages de vulgarisation.
Dans le même cadre d’activités, il est aussi responsable de rédaction de la revue Aouras, consacrée à la recherche archéologique sur l’Aurès antique.

Biographie reprise du site de l’auteur : voir ici
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