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Jacques Basse

La quête du portrait

Préface au tome 4

Jacques Basse vient de publier le quatrième tome de son anthologie intitulée « Visages de poésie » aux éditions Rafael de Surtis, constituée de visages et de poèmes dédicacés : un portrait au crayon, un poème, une bio-bibliographie pour chacun. 400 poètes au total y ont ainsi été invités. Je reprends ici la préface que j’ai donnée, avec Rémy Boyer et Jean-Luc Pouliquen, à ce dernier volume.

Originale et généreuse, l’entreprise de Jacques Basse est artistique, mais elle recèle aussi une dimension pédagogique, dans la mesure où le panorama qu’il élargit tome après tome constitue une source d’informations sur plusieurs centaines d’auteurs. Ces noms dans l’index, les amateurs de poésie les connaissent pour la plupart, ils évoquent souvent des thèmes, une tonalité, une écriture ; autre chose est d’y « mettre un visage »… Il suffira désormais, pour se faire une idée de la personne, ou mieux, une représentation à travers le crayon de Jacques Basse, de se référer à son anthologie.

Je sais bien que l’observation d’un visage n’enrichit pas nécessairement la lecture d’un poème (ni la connaissance de la biographie d’un auteur la lecture de son œuvre, vieux débat !), mais il s’agit ici d’un visage en quelque sorte déjà lu, interprété par le dessinateur. Que Jacques Basse travaille d’après les photos envoyées assure ce « réalisme » qui permet la reconnaissance, mais ce n’est là que l’aspect « extérieur ». Le dessin va plus loin. Le trait élimine tout ce qui parasite le portrait initial. Remonte alors à la surface de la page ce qui reste – ce que l’artiste a capté et conservé de ce cliché qu’il a « dévisagé » : une expression, une lumière. Qu’il transmet par le crayon.

Oui, Jacques Basse va plus loin, par empathie sans doute, et par sa connaissance de la poésie – il en écrit lui-même – et des enjeux qu’elle porte. Le portraitiste du coup esquisse des paysages : l’arrière-pays de chacun s’y dévoile un peu.

Sans compter que son approche est triple : au dessin, elle associe la présentation et le poème. Le portrait s’enrichit ainsi de multiples résonances. Sans doute n’y lit-on pas tout, mais le trait oblige à interroger l’apparence et incite à aller voir du côté des mots, à s’inviter dans cette énigme que constitue tout visage en écoutant le silence qui hante le portrait – d’autant plus qu’il renvoie à un texte, à une « parole » poétique accessible en marge.

Je ne saurais pas dire exactement pourquoi, mais je suis presque certain que les tomes de cette anthologie constituent de véritables incitations à la lecture de la poésie et à la découverte des voix, des œuvres. Une incitation à poursuivre, à creuser, à mieux comprendre ce qui toujours se donne et se dérobe, des mots et des images.

Il suffit de regardez ces visages, les uns après les autres, pour se laisser gagner par l’impression que chacun s’avoue une énigme à lui-même. Voilà, il me semble, le plus troublant : chacun a la forme d’une question, ouverte, informulée, d’un étonnement (celui d’être ?), d’un vertige qui prend la lumière…

N’est-ce pas là, aussi, l’objet de la quête du poème ?

Michel Baglin

Lire aussi :

Présentation du tome 3

dimanche 26 décembre 2010, par Michel Baglin

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« Visages de poésie »

L’anthologie « Visages de poésie » est publiée aux éditions Rafael de Surtis (7, Rue St Michel – 81170 Cordes sur Ciel Tél. 05.63.53.44.41 / 06.79.65.76.44.) Chaque volume : 25 euros.

Jacques Basse

Jacques Basse aime la poésie et en écrit aussi. Il vient de publier une plaquette intitulée on ne peut plus sobrement « Poésie » (Mondial Livres. 6 euros). L’ombre, le doute, les chuchotis de l’inconscient et les non-dits y parlent de l’énigme d’être vivant dans le sablier des âges et condamné dans un monde « où l’inattendu interroge l’incertain ».
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