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Jean-Luc Wauthier

La solitude à « L’Envers du ciel »

Né à Charleroi en 1950, rédacteur en chef du Journal des Poètes, Jean-Luc Wauthier, auteur d’une vingtaine de recueils et de romans, vient de publier « L’Envers du ciel ». La « part d’ombre » nourrit pour une grande part la poésie de Jean-Luc Wauthier et cette tonalité plutôt sombre se retrouve dans ce beau recueil.


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Jean-Luc Wauthier en 2009 à Nivelles
Photo Jean-Pierre Dopagne

De toute évidence, la révolte est à la source de la poésie de Jean-Luc Wauthier, comme le refus de « ces vies bien rangées et vomissantes, / où des facteurs incertains / n’apportent que des lettres lues / d’avance ». Refus, probablement lointain, de devenir un des ces êtres qui sont toujours là, « plus ou moins vivants / à veiller veulement sur un pays / de cendre ».
La vraie vie aura toujours bien du mal à être quotidienne et l’auteur, quand il se propose de faire de l’écriture, « un partage d’émotions et d’interrogations », n’oublie pas d’ajouter : « dans l’intensité ». Cette intensité dont procède le poème et qu’on croit reconnaître lorsqu’on « envie / ceux qui sont à tu et à toi / avec la vie ».

Mais le quotidien use, « la vie passe et rien n’est dit » et le cœur se glace d’attente. Avec le temps, les pertes irréparables et la solitude intérieure qui grandit, le songe, le repli dans « l’abri obscur » où l’on tutoie la mort deviennent des tentations. Autre figure de la poésie, peut-être, que ces « grands livres de nuit » où se retirer le jour venu... Le poète alors regarde son double « aller son amble, discourir, serres des mains ».
Cette expérience de la distance, du retrait, du dépouillement est pour lui source de parole, même s’il « n’a jamais pu arracher le bâillon enfoncé / par l’enfance / dans la gorge de l’ombre ». Elle est une chance : « Reste la solitude extrême / ce mal têtu qui te sauve / et te fait voir à jamais / l’envers du ciel. »

« Soyez le vent »

La « part d’ombre » nourrit pour une grande part la poésie de Jean-Luc Wauthier et cette tonalité plutôt sombre évoque parfois les recueils de Pierre Gabriel. Mais, comme chez ce dernier, il y a l’autre, la compagne, l’aimée salvatrice (« Pour toi / je maintiens l’arc du poème / au-dessus de la lumière des jours »).
Et c’est encore - toujours - le partage qui sauve un peu de sens, comme avec cette femme à la fenêtre de son HLM entraperçue depuis le train en marche : « Sur l’horizon possible / plane l’échange / du regard / et du don. »

Le recueil se clôt donc sur un «  retour à la lumière », alors que « la part d’ombre / tombe / de l’autre côté du ciel. » Alors que la dépossession est acceptée (« Va / te survivra / toute l’abondance du monde ») et que la silhouette douloureuse « d’une enfant qui veille dans le noir » et qui traverse le recueil semble devoir ouvrir la porte de l’avenir, une belle injonction est faite aux proches : « amis, soyez le vent »

Michel Baglin




« Manteau de silence »

Jean-Luc Wauthier avec « Manteau de silence » (Éditions d’Écarts) reste fidèle à ses thèmes développés en plus de 25 recueils, notamment à cette enfance « qui jamais ne cesse de dicter le poème ». D’autant qu’en 2008, il a choisi de vivre à Charleroi, ce qui l’amène à répéter : « Je reviens au pays comme on revient au père ». Solitude et gémellité (« toujours en moi vit cet autre ») se partagent des paysages intérieurs tourmentés par la promesse de la mort mais où toujours la poésie « force à regarder le feu dans les yeux ».

Deux poèmes de J-L Wauthier,

Moi
l’aphasique
l’illettré
celui qui perd ses mots comme des clés
et qui radote un beau
langage mité jusqu’à l’os - omble
chevalier qui miroite pour rien
sous les arches de fer d’un
fleuve apprivoisé
Moi
l’homme déguisé
dont on oublie le nom
l’imposteur prudent
le poète désaffecté
au masque usé par la marche
forcée,
écrasé dans le désert
par un long soleil de cendre
celui qui
tire de son sang la dernière réplique
d’une pièce inachevée sur un rideau de fer
et qui
n’a jamais pu arracher le bâillon enfoncé
par l’enfance
dans la gorge de l’ombre



***




Tu envies
ceux qui sont à tu et à toi
avec la vie
Parfois, tu les imites
mal et pas très longtemps.
Comme eux, tu veux
allumer de longs flambeaux
pour éclairer une arrière-cour
déserte,
mais très vite, tu éteins
le feu
surgi par hasard
dans la maison des hommes
Et tu restes seul,
dans un salon encombré
seul
dans le noir
et la méfiance légendaire
des étoiles mortes.


Voir aussi :

Les lectures de Jean-Luc Wauthier

« Sur les aiguilles du temps »

« L’Envers du ciel »



jeudi 19 février 2009, par Michel Baglin

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« L’Envers du ciel »

éditions d’Ecarts
(128 pages.20 euros) .

Le poème ne peut jamais, sous peine de vacuité, trouver sa source dans l’effusion, mais bien se découvrir par une active réflexion ,soudain brouillée, comme parasitée par les émissions secrètes du songe. C’est à l’ exact endroit où la réflexion, toujours aiguë et encore perceptible, va s’effacer au profit de l’imaginaire, que se dresse l’instant du poème.

L’envers du ciel



Biographie

Jean-Luc Wauthier, poète et essayiste belge, est né à Charleroi le 14 novembre 1950. Il est licencié en philosophie et lettres de l’Université de Liège en 1973 et a enseigné la littérature à la Haute Ecole P.-H. Spaak de Bruxelles. Il est actuellement chargé de cours d’écriture poétique à l’Université européenne d’écriture de Bruxelles. Rédacteur en chef du Journal des Poètes et, depuis 2008, président de la Maison internationale de la Poésie-A. Haulot, il a une œuvre de poète et de prosateur couronnée par de nombreux prix (Prix Nicole Houssa de la ville de Charleroi, Prix Émile Polak, del’Académie de Belgique, Prix international René Lyr, Prix international Lucian Blaga, Prix Virgile, prix Menada).
En tant que critique, Jean-Luc Wauthier, assure deux chroniques régulières en ligne : Vu du nord (consacrée à la poésie française de Belgique) sur revue-texture.fr et Chronique du chemin (pages de réflexion générale autour de la poésie) sur www.recoursaupoème.fr

Bibliographie

Poèmes :

-  Mon pays aux beaux noms, impr. Pouleur, Bouffioulx, 1975.

- Morteville, Maison internationale de la Poésie, Bruxelles, 1976.

- La neige en feu, Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1980.

- Secrète évidence, Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1985.

- Tessons d’absence, le Pré aux Sources, Bruxelles, 1988 (coll. Voix proches) ; rééd. 1990.

- Le domaine, Le Taillis Pré, Châtelineau, 1991.

- Les vitres de la nuit, L’Harmattan, Paris, 1993 (coll. Poètes des cinq continents).

- Lumière noire, Le Bibelot, Neuilly-le-Bisson, 1994 (coll. poétique Iô).

- Le nom du père, Tétras-Lyre, Ayeneux-Soumagne, 1994, Ill. D. Pelletti.

- Par le silence et l’ombre, L’Arbre à paroles, Amay, 1994.

- La soif et l’oubli, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1999 (coll. Contemporains).

- L’autre versant, Le Taillis-Pré, Châtelineau, 2001.

- Fruits de l’ombre, L’Arbre à Paroles, Amay, 2003.

- L’envers du ciel, Ed. d’Ecarts, Dol-de-Bretagne, 2007.

- Manteau de silence Ed. d’Ecarts, Dol-de-Bretagne, 2010.

- Sur les aiguilles du temps Ed. Le Taillis-Prés, 2014.

Essais :

-  Simplicistes, s.l., Graphing, 1974.

- Jean RANSY ou la réalité transfigurée, Institut Jules Destrée, Charleroi, 1977.

- Douze miroirs pour entrer en poésie, synthèse de tribunes poétiques, Institut Européen inter-universitaire de l’action sociale, Marcinelle, 1980.
- Gustave CAMUS, l’épanouissement de l’espace, Institut Jules Destrée, Charleroi, 1981.

- Préface aux œuvres de Jean-Pierre SAINTENOIS, Ed. de la Francité, Nivelles, 1983.

- Albert AYGUESPARSE : la colère et l’amour, Fondation Charles Plisnier, Bruxelles, 1987.

- Pour saluer Ayguesparse, en coll. avec Luc Norin, Le Pré aux Sources, Bernard Gilson, Bruxelles, 1991.

Nouvelles :

- Libertés surveillées, Le Pré aux Sources, Bernard Gilson, Bruxelles, 1991. Traduit en roumain par Petruta Spânu 2007.

- Les sentiers du vin, Le Pré aux Sources, Bernard Gilson, Bruxelles, 1999.

Romans :

- Le royaume, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1995.
- Les Tablettes d’Oxford, M.E.O., Union Européenne, 2014.



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