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Eugène Guillevic

« La terre est mon bonheur »

Un spectacle de Philippe Berthaut

Philippe Berthaut, poète, compositeur et interprète, a créé un spectacle à partir de l’œuvre dense de l’auteur de « Terraqué » , une des plus importantes de la poésie contemporaine.

Je reprends ici un article publié dans « La Dépêche du Midi » du 15 avril 1987

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Préparation du spectacle "La terre est mon bonheur" avec Guillevic, J-C Bastos et Ph. Berthaut. (Ph M.B.)

L’œuvre de Guillevic est probablement difficile à dire, à interpréter, à mettre en musique, tant elle se ramasse dans la concision pour fulgurer sous la forme d’images aiguës, de distiques, voire d’aphorismes. « Certains de mes textes tendent au proverbe », dit l’auteur de « Terraqué » . Philippe Berthaut, poète, compositeur et interprète, a pourtant créé un spectacle à partir de cette œuvre dense : lectures (par l’auteur et Lucie Albertini), interprétations (par le comédien Jean-Claude Bastos) et chant (par Philippe Berthaut) s’y conjuguent ou plutôt s’y répondent car cette création – présentée officiellement au Printemps de Bourges le 24 avril 1987– articule un choix de poèmes puisés dans près de cinquante ans d’écriture. L’œuvre y dialogue avec elle-même.
« La Terre est mon bonheur » – tel est le nom de ce spectacle – est donc beaucoup plus qu’un spectacle.
Les mises en voix, les mises en scène comme les éclairages ont été réglés avec soin pour que la parole poétique soit portée par un environnement sonore et visuel, et portée à ce degré d’incandescence où les mots deviennent vivants, quasi « perforants ». Au centre de la scène, la présence de Guillevic en majesté au cœur de son écriture, authentifie une poésie qu’il dit d’une voix grave. Lucie Albertini lui répond et Jean-Claude Bastos, tandis que la musique et la voix de Berthaut donnent une autre ampleur aux poèmes.

A travers les extraits de divers recueils, on retrouve cependant la permanence des thèmes de Guillevic et la force d’une poésie qui, malgré sa hauteur et ses exigences, n’est jamais inaccessible. Guillevic connut l’école de Rochefort, Follain, Reverdy, et demeure un poète pour qui le monde extérieur existe. « Je creuse le réel, affirme-t-il, mon poème est le pic du carrier ». Le monde s’impose à Guillevic mais il reste difficilement accessible, tels ces rocs clos sur eux-mêmes, plantés dans leur mutisme et dont on ne connaîtra jamais l’intérieur.
Pour habiter la terre, « prendre pied » au cœur du monde (ce qui constitue le sens profond de l’œuvre), le poète doit creuser, explorer les failles, faire alliance avec la pesanteur. Guillevic parle de « trouer les parois pour vivre. »
Il dit aussi qu’il s’agit « de tout rendre concret » ou que « le poème doit être un objet, qu’on doit pouvoir le tenir dans la main. » Sa poésie est faite pour être plus présent, plus lucide et mieux apte à fouler la terre. Voilà donc une parole et un spectacle à la fois profonds et toniques qui témoignent de l’aspect bien vivant, aigu, de la poésie.

Michel Baglin


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Eugène Guillevic

Eugène Guillevic est né en Bretagne, à Carnac (Morbihan), le 5 août 1907. Les aléas de la vie professionnelle de son père, marin puis gendarme, conduisirent la famille à Jeumont (Nord) puis à Ferrette, dans le Haut-Rhin.
Le poète des « Euclidiennes » a passé un baccalauréat de mathématiques, et a été reçu au concours de l’Administration de l’Enregistrement. De fait, il a passé toute sa vie professionnelle dans les administrations, devenant même membre des cabinets de deux ministres communistes de 1945 à 1947, François Billoux (Économie nationale) puis Charles Tillon (Reconstruction). Il prend sa retraite en 1967.
D’abord catholique, Eugène Guillevic devient sympathisant communiste au moment de la Guerre d’Espagne, puis adhère en 1942 au Parti communiste. Dès avant guerre, il était devenu l’ami de Jean Follain puis du groupe de l’École de Rochefort. Il se lie avec Éluard et participe aux publications de la presse clandestine.
Son œuvre, abondante, est reconnue comme l’une des plus importantes de la seconde moitié du XXe siècle. Il a reçu le Grand Prix de poésie de l’Académie française en 1976, le grand Prix national de poésie en 1984, et le Prix Goncourt de la poésie en 1988.
Il est mort à Paris le 19 mars 1997.

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