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Philippe-Marie Bernadou, portrait

La vague à l’âme et le mal des îles

« Cadaqués, aller simple »

La mer, et surtout les îles, sont au cœur de la poésie de Philippe-Marie Bernadou, qui a également consacré un roman chez l’Arpenteur-Gallimard à un des lieux qu’il affectionne : « Cadaqués, aller simple »

Non, Cadaqués n’est pas une île, et cependant Philippe-Marie Bernadou y est allé…. Souvent même, à l’en croire. Et pour des séjours qui sans doute l’ont ravi, au point d’en ramener un roman sans retour, son « Cadaqués, aller simple » (L’Arpenteur-Galimmard). Un polar. Avec une disparue, Léa, un homme qui la recherche (le narrateur) et vient s’expliquer au commissariat, etc.
Mais peu importe l’histoire, le vrai personnage, c’est Cadaqués, de la pointe de Sa Figuera au cap de Creus, avec la peinture et le souvenir de Dali, Port Lligat et surtout, surtout, ici encore, la mer, la « lumière intérieure » des pierres, un phare… ‒ un bout du monde, en somme.
Nous y revoilà ! Cadaqués n’est pas une île, mais pour cet amoureux de l’insularité, c’en est presque une !
D’accord, son premier recueil (1985) s’intitulait « Ailes » ; mais il était en partie inspiré par un séjour en… Polynésie. Fait de proses denses, solidement structurées et rythmées, où les mots sont utilisés à plein, il constituait déjà un hymne au grand large et au voyage. Pour dire le rêve de partir et le fracas qu’il fait dans nos vies, ce rêve.

L’île : « un regard vers l’intérieur »

Deux ans plus tard, j’éditais en marge de Texture une petite plaquette, « Littorales », s’inspirant de ces lisières, ces limites fragiles « où la terre et l’eau se dépassent ».
Le premier poèmes ? « Iles » :
« Ne rendre compte qu’à si peu de terre et tant de solitude.
« La mer, première, ne demande rien. Elle n’attend pas. Sait que nous viendrons. »
Le vertige métaphysique et la poésie font bon ménage. Ajoutez-y un peu d’eau, de sel et d’écume, et vous avez le mal de mer, la vague à l’âme. Un peu de terre, et vous avez une île : « un regard vers l’intérieur », écrit Philippe-Marie Bernadou dans « Baies », son deuxième recueil chez Rougerie. (notez, la baie évoque encore l’insularité en négatif : « Baies : L’île s’affirme. Elle isole la mer ».)
La mer est encore présente dans son troisième opus chez Rougerie, « Craie, cratère, créatures ». Car s’il y est question de terre, il y est aussi question d’« ancres » et ça sent l’iode. Mais les îles qui l’inspirent habituellement, ici sont peuplées. Des femmes, des hommes y passent, révélant un peu de leur intime lumière (avec cette belle image définissant, au fond, ce qu’est une culture : « Leur mémoire, plus ancienne qu’eux » ) et ces « ponts » qui parfois les relient (« Que c’est noueux, un homme »), tandis que le volcan exerce sa fascination comme une allégorie, de la vie et de la mort, d’un feu qui se hâte vers ses cendres, d’une terre qu’on désire et dont on redoute l’étreinte (« Volcans / prêts à me boire / qu’importe / si je les ai bus /d’abord »).
Ce voyageur jamais lassé s’écriant « Heureux îliens, qui ne peuvent fuir », a le sens de la déréliction. Il le rappelle de manière explicite avec son « Cadaqués… », sorte de voyage initiatique pour apprendre l’effacement, assumer l’oubli qui guette. Mais c’est dans ses recueils poétiques surtout, qu’en filigrane se dessine cette désespérance solaire qui fonde la pensée d’un Camus et, sans doute, la poésie d’un Char.
Sautant d’île en île, Philippe-Marie Bernadou constitue ainsi, lui aussi, sa « parole en archipel » en évoquant des terres brûlées de sel, des criques protégées, des paysages laissant l’impression d’être « enfermés dans l’immense ». Tel est son territoire de poète, un vide qui scintille, ce « paradis des anachorètes (…), de tous ceux qui rêvent d’extrême solitude et du bruissant silence des origines. »
Sans oublier l’ivresse de liberté qui va avec et qui peut s’exprimer, parfois, à travers une notation amusée, du genre : « Leur maison me plaît : ses chatières sont à hauteur d’homme ».

Michel Baglin

mardi 4 août 2009, par Michel Baglin

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« Cadaqués, aller simple »

Présentations de l’éditeur :
« Vous trouvez que je m’égare et que je vous perds en même temps, lieutenant ? Simplement j’essaye - avec une grande maladresse, je veux bien en convenir, mais cela personne jamais ne nous l’a appris -, j’essaye de vous faire comprendre ce que c’est Léa et moi, toute la tendresse et toute la passion, tout le désir et toute la patience, comme les Cucurucuc, les deux rochers à l’entrée de votre baie, qui sont à jamais unis par l’eau qui les sépare. Voilà ce que j’essaye de vous dire : Léa ne peut pas avoir disparu. »

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Né en 1956 à Pamiers, Philippe-Marie Bernadou est libraire à Montauban. Il a publié trois recueils de poèmes aux Éditions Rougerie et un chez Texture, ainsi qu’un roman à L’Arpenteur.


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Philippe-Marie Bernadou avec Casimir Prat et Pierre Autin-Grenier

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