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Charles Dobzynski

« Le Baladin de Paris »

UNE LECTURE DE FRANÇOISE SIRI

C’est bien de Paris, sous le visage de toutes ses mutations, dont il est question dans le dernier recueil de Charles Dobzynski, , « Le Baladin de Paris » (Le Temps des Cerises), enrichi des photographies en noir et blanc de Louis Monier.



Zazie dans le métro, vous vous souvenez ? C’était Raymond Queneau qui conduisait. Le métro se mit en grève pile poil le jour où Zazie débarqua à Paris, et c’était si jouissif ! Le métro parisien fait encore des siennes, c’est tout aussi jouissif et signé Charles Dobzynski :

"Un jour, la rame du métro, sans faire un drame, a stoppé dans son tunnel. Il était asthmatique, ce métro, il avait le cœur las et la tête à l’envers. De l’arthrose dans ses portillons automatiques. Il refusait d’aller plus loin. Il exigeait qu’on lui donnât des soins, qu’on appelât une ambulance ou le SAMU. Car même le métro, ça mue. (…)" ( « Le rêve du métro »)

Et c’est bien de Paris, sous le visage de toutes ses mutations, dont il est question dans ce dernier recueil, « Le Baladin de Paris » (Le Temps des Cerises, mai 2012), où les photographies en noir et blanc de Louis Monier, atemporelles, accompagnent les poèmes.
Vous sortez du métro, vous marchez dans la rue, la plaque indique « avenue de Flandre », vous poussez la porte d’un immeuble (le digicode doit être en panne), et vous apprenez que vous marchez sur… un cimetière englouti, absorbé par le béton, dont le poète exhume les morts, dans des vers sobres, intimes et poignants :

« Ils n’errent plus dans leur légende,
Un jour j’ai vu ce lieu perdu,
La cour sombre où sont étendus
Les juifs morts de la rue de Flandre ». ( « Le cimetière caché »)


Mais la plupart du temps, la poésie de Charles Dobzynski est une poésie à ciel ouvert. Le poète s’amuse, les vers marchent d’un bon pas, on galope jusqu’à Bercy, on chante l’« Envol du stade de France », et on part en virée au bois de Vincennes, où le baladin va honorer la Cartoucherie et sa reine, Ariane Mnouchkine. Comme cela lui va bien, de célébrer la grande dame du théâtre ! Durant les grèves d’octobre 2010, Ariane était descendue dans la rue, avec sa troupe Le Théâtre du Soleil, et, sur les banderoles, des slogans comme : « Elle est bientôt finie cette nuit du Fouquet’s ? signé : Le Peuple » ou « Nous sommes tous des Roms ». Autant de thèmes qui sont, avec d’autres mots, des poèmes du saltimbanque dans ce recueil.
La promenade continue, on visite les musées, on se promène le long des canaux. Comme Zola et Huysmans, Dobzynski déteste le Sacré-Cœur, « bouffi d’albâtre », « stèle / Pour effacer les Communards ». C’est le Paris des balades et des ballades, « Ballade des bâtiments publics », « Ballade des foires », des hommages à Guillaume et des clins d’œil à Baudelaire, Mallarmé, Aragon, Coluche… C’est aussi le Paris de Prévert, avec la seule poésie des rues, où le poète scrute la vie à travers la foule et le passant. C’est enfin le Paris des troubadours et des forains : poèmes et photographies à l’appui, on y voit que la ville est un manège qui tourne toujours. Mais la roue du manège crisse : il a perdu son huile, le sens de la fête gratuite et bohème, c’est-à-dire le sens de la vie, l’espoir. Chez l’éditeur bien nommé « Le Temps des Cerises », le poète caresse un rêve : « Jamais, jamais la ville n’est plus belle / que rebelle, / la tête à l’envers / pour rendre sens à l’univers » (« Paris en grève »)…

Françoise Siri



dimanche 14 octobre 2012, par Françoise Siri

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Charles Dobzynski
« Le Baladin de Paris »,


(photographies de Louis Monier)
Le Temps des Cerises éd.



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