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Pascal Garnier

« Le Grand Loin »

Le dernier roman et « Lune captive dans un œil mort »

Le dernier roman de Pascal Garnier, décédé en mars 2010 est sombre, très sombre. Il raconte quelque chose comme une dégringolade, la grande descente de Marc, qui tombe de Charybde en Scylla. Une fugue, un road-movie, une virée du côté d’Agen, dont on ne revient pas…
Egelement, « Lune captive dans un œil mort », un roman plus ancien.

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Pascal Garnier
Photo Raphaël Gaillarde

Comme tous les personnages de l’auteur, Marc mène une existence banale, après un divorce et avec sa nouvelle femme, Chloé. Il est surtout pas très bien là où il est, sans savoir où il aimerait aller. A Agen peut-être… Mais ce n’est pas vraiment loin. Il y aboutira pourtant, en fin de parcours, et ce sera alors vraiment loin, très loin dans le noir…
Car Marc est aussi un père à « l’impassibilité monolithique ». Il a une fille, Anne, de 36 ans, qui vit en institution psychiatrique et à laquelle il rend visite une fois par mois, sans savoir quoi lui dire. Une fille cassée, qui vit le présent et rien d’autre, au-delà du bien et du mal.

Perdre pied dans le quotidien

Désœuvré, pris de vertige devant les voitures qui filent sous le pont de l’autoroute comme devant le microcosme du tapis de son séjour, Marc sent qu’il est en train de perdre pied dans le quotidien. Il achète un chat, qu’il baptise Boudu, et décide d’aller chercher sa fille pour l’emmener voir la mer. Ainsi commence une fugue à trois personnages, qui va débuter au Touquet et se terminer vers Agen.
Mais dans ce road-movie, la géographie importe peu : « Ça ne pouvait pas être Agen. On l’avait dépassé depuis bien longtemps. On était tout simplement ailleurs, là où l’estuaire du grand loin se diffuse dans un océan de possibilités », note Marc alors qu’il est déjà bien engagé dans ce genre de virée dont on ne revient pas. En tout cas pas indemne.
Chambres d’hôtels, puis camping-car jalonne la fuite en avant du père, de sa fille et de Boudu, le chat placide. Ils vont sans but, mais leur passage ne va pas sans laisser de traces : quelques cadavres, abandonnés sur le bord de la route… Car ne l’oublions pas, Pascal Garnier est un auteur de polar. Ses personnages des éclopés de cette solitude que connaissent tous les êtres vivants, cruels et fragiles, et accrochés à quelque bout de rêve dérisoire.
Cette virée où tout vire en effet, notamment la tonalité - du gris au noir intense avec la chute -, devient presque métaphysique à force de mettre en scène la déréliction.

Michel Baglin



« Lune captive dans un œil mort »

« Lune captive dans un œil mort » est un roman paru chez Zulma en 2009, toujours en lisière du polar, toujours noir (mais ici la satire ne manque pas d’humour) et jetant toujours le même regard acerbe sur l’époque.
Cette fois, les résidences sécurisées sont sur la sellette avec ces « Conviviales » où des séniors, à force de vouloir se protéger et s’isoler, deviennent captifs de leur univers étriqués et de leurs fantasmes. Martial et Odette, Maxime et Marlène, bientôt Léa, sans oublier le gardien et l’animatrice, composent la ménagerie de ce huis clos où les ridicules, les manies et les préjugés, mais aussi les blessures secrètes, en arrivent à créer des tensions et à mettre à nu le désarroi de la vieillesse, pour finir par tuer à petit (et grand) feu… En à peine plus de 150 pages, avec sobriété, Pascal Garnier déglingue les paradis factices de la société de consommation et les illusions du rêve préfabriqué, pour mieux peindre, comme dans tous ses livres, l’incontournable détresse humaine.

M.B.



voir aussi :

« Comment va la douleur ? »

revue "Brèves" : hommage à Pascal Garnier


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vendredi 12 novembre 2010, par Michel Baglin

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Pascal Garnier
« Le Grand Loin »

Zulma éditeur


160 pages. 16.5 euros

Pascal Garnier

Pascal Garnier est né le 4 juillet 1949 à Paris et mort le 5 mars 2010 dans un village ardéchois où il avait élu domicile. Son œuvre se partage entre littérature noire et ouvrages pour la jeunesse.
Très tôt, lassé par l’école, il choisit de parcourir le monde, s’expliquant ainsi : « Enfance normale, dans une famille normale de Français moyens comme on dit, mais pour ma part, de plus en plus moyen à mesure que je m’aperçois qu’on m’a vendu le monde sans mode d’emploi et qu’on a abusé de mon innocence par le biais d’une publicité mensongère. Vers quinze ans, l’Éducation nationale et moi décidons de rompre d’un commun accord. Je n’en peux plus, j’étouffe, la vraie vie est ailleurs. Je vais donc voir si j’y suis. »
Il voyage ainsi pendant une dizaine d’années de l’Afrique du Nord, au Moyen-Orient, et dans les pays de l’Est. Après cette vie d’errance et de petits boulots, il fait un passage éclair par le rock ’n’ roll, et se tourne vers l’écriture. En 1986, il publie son premier livre, « L’Année sabbatique » , un recueil de nouvelles chez P.O.L. Son dernier roman s’intitule « Le Grand Loin » et est paru chez Zulma.
En 2001, il a obtenu le prix du festival Polar dans la ville de Saint-Quentin-en-Yvelines avec « Nul n’est à l’abri du succès » et en 2006, il le Grand Prix de l’humour noir avec « Flux ».
Depuis 2000, les éditions Zulma ont entamé la publication de ses œuvres complètes dans une nouvelle collection.
On a qualifié Pascal Garnier « d’écrivain des âmes perdues ».

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