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Jean-Pierre Metge, portrait

Le copain des photocopieurs

Jean-Pierre Metge était de l’espèce assez rare des poètes qui s’oublient ; il mettait toute son énergie à défendre les textes des autres à travers publications et projets multiples en négligeant la promotion des siens. Or sa poésie, simple, humble presque, n’en est pas moins chargée d’une émotion contagieuse qui fait sa qualité. Après l’hommage rendu par la revue Décharge (n° 117, mars 2003), L’Arrière-Pays (1, rue de Benuwihr. 32360 Jégun) a publié un choix de ses poèmes (réalisé par Josette Ségura et Georges Cathalo) sous le titre « Nos seuls soleils sont des lichens ».

Jean-Pierre Metge était un copain des photocopieurs, qui le lui rendaient bien. Il les a mis au service de la poésie et de l’amitié. Il suffit de jeter un œil sur le fameux bulletin de liaison d’Escalasud (association de poètes, chanteurs, comédiens et plasticiens) dont il assura rédaction, fabrication et diffusion avec une belle opiniâtreté pendant plusieurs années, parce qu’il n’arrivait pas à le refiler à quelqu’un d’autre. J’ai envie de dire que tout Metge était là : dans les coups de cœurs et coups de gueule mêlés recouvrant d’une écriture serrée ces feuilles grand format qu’il photocopiait et adressait à tous les adhérents. Et dans l’humilité qu’il mettait à s’acquitter ponctuellement d’une tâche assez lourde.

Amitié fédératrice

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Jean-Pierre avec Yves Heurté

C’était à la fois précis et généreux. Précis parce que bourré d’informations pratiques, de dates de manifestations, d’avis de parutions, etc. Jean-Pierre avait ce côté journaliste qui s’en va recueillir les dernières nouvelles du front. Mais il les diffusait avec sa générosité habituelle, les agrémentant de dessins, de commentaires, de « dernière minute » en diagonale dans les coins du « journal », de photos récupérées ici ou là, de coupures de presse, de poèmes des uns ou des autres, de compte-rendus de lectures. Dans le beau fouillis vivant de la création et de l’urgence. On en savait plus en cinq minutes, en parcourant son bulletin, qu’en lisant un magazine ! Et sans jamais occulter un débat, son honnêteté foncière lui faisant un devoir de rendre compte des avis contraires, des chamailleries et oppositions qui ne manquent jamais d’animer de tels cénacles.
En fait et au bout du compte, le seul vrai lien, à Escalasud, c’était lui. Lui qui faisait circuler la parole, nous donnait des rendez-vous et réchauffait nos ardeurs parfois vacillantes de sa plume chaleureuse. On ne peut pas penser à Escalasud sans se souvenir de ses bulletins, entendre son rire, se rappeler combien son amitié était fédératrice.

Le club Metge

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J-P Metge avec Christian Da Silva et Henri Heurtebise

Sans compter qu’il se déplaçait partout, était de toutes les rencontres. Aller à telle ou telle manifestation, c’était avoir de grandes chances (et la chance tout court) de le retrouver. Je me souviens ainsi d’un retour, dans la nuit, de Rodez où nous avions assisté aux Journées de poésie ; nous nous suivions, avec Casimir Prat, et nous cherchions désespérément une station-service. Mais nous n’avons trouvé qu’un bistrot d’ouvert, à Albi, et nous l’avons pris d’assaut car c’était l’anniversaire de Jean-Pierre, que nous avons fêté dignement avant de rentrer au petit matin !
Les photocopieurs, Jean-Pierre les a bien d’autres fois mis à contribution et notamment avec l’association de poètes du "Passe-mots". Puis, après l’aventure de A Chemise ouverte, pour sa dernière entreprise éditoriale, le Panorama des poètes en Midi-toulousain. Son pari – sortir de toutes les structures et contraintes légales et financières pour publier des plaquettes de poètes – il l’a gagné. Grâce à ses amis les photocopieurs, certes, mais surtout à beaucoup d’huile de coude, d’ingéniosité, et, disons le mot, de dévouement à la cause poétique. Et, comme toujours, en tissant ou en renouant des liens, en favorisant des rencontres, en ouvrant des voies. Tous ceux qu’il a accueillis là sont définitivement entrés dans le cercle d’une amitié rayonnante, constituant du coup une bande de copains, ceux du club Metge…

Blessé et révolté

J’ai dit plus haut que tout Metge était dans le bulletin, formule malheureuse parce que réductrice. Jean-Pierre était surtout dans sa poésie, bien sûr, extrêmement sensible, et dans laquelle on le reconnaît si bien. Mais Jean-Pierre était aussi ailleurs, actif et réactif sur les fronts de la lutte anti-nucléaire ou pour l’Occitanie, attentif dans son observation des insectes, et l’on pouvait le découvrir tout aussi passionnément admiratif dans sa volière de Mirepoix au milieu des faisans et des pigeons.

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Les membres du Passe-mots réunis à "La Dépêche". De g. à d : Christian Saint-Paul, Jean-Pierre Metge, Henri Heurtebise, Michel Baglin, Casimir Prat, Philippe Berthaut, Georges Cathalo, Bruno Ruiz, Jacqueline Roques et Claude Barrère.

L’explosion d’AZF l’avait meurtri, comme Sylvette, son épouse et Laurène, sa fille, les contraignant à un déménagement difficile. Mais plus encore que les ennuis matériels, c’est le spectacle du monde, l’injustice de la situation faite aux sinistrés et l’impunité assurée aux responsables du désastre, qui l’auront, je crois, le plus blessé, en même temps que révolté. Lors de l’hommage que lui ont rendu ses amis, Casimir Prat a eu raison de rappeler qu’en dépit de toute sa gentillesse et de son humilité, Jean-Pierre Metge restait un homme « contre ».
Pour ma part, l’image que je garde reste celle de Jean-Pierre assis au coin du feu avec les siens, dans sa petite maison de Mirepoix-sur-Tarn où nous allions de temps à autre le visiter. Celle d’un homme sans doute travaillé de contradictions autant que de projets, avec le plus souvent une idée à mettre en œuvre et une colère à organiser en refus, mais avec toujours cette si formidable chaleur dans l’accueil : des gens, des poèmes, des animaux, de la vie qui va et où l’on essaie, tant bien que mal, de jouer le mieux contre le pire, l’amitié contre les marchands, la poésie contre la mort.

Michel Baglin (article publié dans Décharge n° 117, en mars 2003)


Martine Caplanne chante JP Metge

Ce texte, "On a parlé toute la nuit" , Jean-Pierre Metge l’avait écrit en conduisant de nuit au retour d’un repas des poètes à Figeac, où Martine Caplanne avait chanté ce soir-là. "Je suis très fière de dire qu’il l’avait écrit pour moi, puisque c’est vrai !" se souvient-elle. Ce titre figure dans la K7 Escalasud, mais le version écoutable ici a été enregistrée en public à Biarritz.

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vendredi 12 février 2010, par Michel Baglin

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Jean-Pierre Metge
« Nos seuls soleils sont des lichens »

L’Arrière-Pays. Ed.
(48 pages. 9,15 euros)

Jean-Pierre Metge était de l’espèce plutôt rare des poètes qui s’oublient, préfèrent laisser passer les autres devant. En homme qui avait pas mal vécu et beaucoup donné, il gardait le sens du relatif et accueillait d’un sourire passablement narquois les prétentions et les prétentieux. Animateur de revue et de bulletins, éditeur à ses heures avec toujours une idée et un projet en tête, il a mis toute son énergie à tisser et renforcer des liens de plume et d’amitié. Aussi sa mort en octobre 2002 à Toulouse, dans ce Sud-Ouest où plongeaient ses racines paysannes, a-t-elle laissé ses amis étonnés de constater qu’il avait totalement négligé la « promotion » de sa propre poésie.
Après le bel hommage rendu par la revue de Jacques Morin, Décharge (n° 117, mars 2003), les éditions gersoises de L’Arrière-Pays (1, rue de Benuwihr. 32360 Jégun) ont réparé cette injustice en donnant à lire un choix de poèmes réalisé par Josette Ségura et Georges Cathalo sous le titre de "Nos seuls soleils sont des lichens" , emprunté à un vers de Jean-Pierre.
La poésie de Metge vaut d’abord par sa sincérité : derrière la moindre phrase, on reconnaît les accents de l’homme, à la fois tendre, révolté et blessé. Jean-Pierre avait la plaisanterie facile et le rire sonore, mais savait aussi s’impliquer en des combats où il engageait, avec son énergie, son goût pour la campagne, les bêtes et les hommes cherchant une harmonie dans la lenteur des saisons, et son amertume de voir partout, sur le terrain et dans les cœurs, le désert gagner.
La mélancolie qui l’habitait, et qui est toujours un peu celle d’un promeneur perdu dans ses années d’enfance, devait beaucoup à « l’entonnoir des sabliers », à la mort lente et inexorable des villages qu’il avait aimés, entre autre (« On laisse aux vieillards tout le soin des troupeaux / le pays est à eux comme ils sont à l’hiver »). Elle imprègne tous les poèmes du prof qui se sentait comme en exil dans la ville. Les poèmes d’amour eux-mêmes n’en sont pas exempts :

« jamais sur ton épaule ne s’useront mes lèvres
jamais je ne prendrai
ton regard dans mes mains
une feuille de neige cicatrise ton ventre
je déchire les jours pour t’en faire un manteau ».


Peut-être parce que Jean-Pierre depuis de longues années se savait malade, la nostalgie est souvent très prégnante dans ses poèmes :

« Automnes je n’ai plus où aller hors saison
je n’ai plus où m’asseoir dans l’enfance
pas même sur les marches mouillées des lieux publics
à la terrasse des cafés morts. »


Les images on le voit sont simples, humbles en somme, mais chargées d’émotions contagieuses. Et surtout, d’une vraie fraternité pour tous ceux qui se sentent plus ou moins, comme lui, condamnés à « mal étreindre le présent ».

M.B.

Lire le bel et émouvant article que Margo Ohayon a consacré à Jean-Pierre sur le site d’ Esprits Nomades

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