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Mathias Vincenot

« Le mot et la note »

Un peu à la manière du jazz et la java de la chanson de Claude Nougaro, ou du Je t’aime moi non plus de celle de Serge Gainsbourg, il existe entre les mots et les notes une relation ambigüe, un « cousinage compliqué ».



Ainsi que l’indique justement Georges Moustaki en prologue, « Musique et poésie forment un couple très uni. A la fois complémentaires et autonomes, elles se rejoignent parfois pour mieux exalter ce qu’elles expriment isolément. Poème chanté, chanson récitée appartiennent à une même vocation. Ce qui les lie ou les sépare est indéfinissable. »
En effet, de façon indissociable « la chanson se nourrit de la poésie, comme la poésie se nourrit elle-même de la chanson ».
Voici de nombreuses années que Mathias Vincenot, professeur aux Cours de Civilisation française à la Sorbonne, milite tout à la fois pour la poésie et pour la chanson. Poète lui-même (12 recueils parus), créateur du festival décOUVRIR de Concèze et organisateur de nombreuses manifestations artistiques, il est l’un de nos meilleurs connaisseurs en la matière.
« Cet ouvrage n’est ni un catalogue, ni un traité. Il ne vise pas à l’exhaustivité, pas plus qu’il ne reste à la surface. J’ai souhaité analyser le plus en profondeur possible le champ de la poésie et de la chanson en me plaçant du côté de leurs rapports » Le défi lancé par Mathias Vincenot était particulièrement ardu dans un domaine où idées reçues et amalgames ont cours. Car la matière est riche et le débat quelquefois passionnel.

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Matthias Vincenot lors d’une lecture
Photo Françoise Ducastel

Pour mieux mesurer les rapports entre poésie et chanson, Mathieu Vincenot commence par les définir. Dans l’Antiquité et au Moyen Age, la poésie était chantée. Déjà, intrinsèquement, elle est musique : « La poésie quelle qu’elle soit, est d’abord rythme… Ce n’est donc pas la rime, pas même le vers, qui définissent la poésie, mais plutôt la façon dont le langage est utilisé. Le rythme. D’abord le rythme… Il y a autre chose… ce quelque chose qui fait tout, ce qui émeut, perturbe, éblouit parfois… ce que j’appelle la chair des mots ».
Quant à la chanson, « Il arrive qu’un texte simple, accompagné d’une musique réussie, devienne une belle chanson, car la musique, qui est un autre langage, transcende le texte ». Car ce que véhiculent aussi bien la poésie que la chanson et qui fait naître l’émotion, c’est le poétique, « lorsque les mots prennent chair et qu’ils touchent, non pas pour leur sens, mais pour ce qu’ils provoquent ».
Pour expliciter cette émotion, Mathias Vincenot navigue dans le maquis touffu des différents genres qu’il s’applique à visiter très précisément : poésie populaire, poésie expérimentale, poésie chantée, chanson à texte, chanson populaire, sans oublier le slam à mi-chemin entre poésie et chanson qui fait l’objet de développements fructueux.
Mathias Vincenot pourfend au passage hiérarchies, classifications, « inutiles, car la culture est dépendante de la perception de chacun » et idées reçues : « Je n’aime ni l’élitisme, ni la moquerie facile, ni la raillerie commode dont l’époque est friande. J’ai le plus grand respect pour les créateurs, quels qu’ils soient. »
Les citations éclairantes de Bernard Mazo (pour la poésie) et François Morel (pour la chanson), ainsi que les très nombreux extraits de poèmes et chansons nous font parcourir une histoire qui est aussi intimement la nôtre, car, on le sait, « Longtemps après que les poètes ont disparu/ Leurs chansons courent encore dans les rues ».
Et les analyses comparatives (je pense en particulier à celle de la trinité Brel- Brassens-Ferré à travers quelques-uns de leurs thèmes et à celle du duo inattendu Prévert-Houellebecq) fort pertinentes, font de ce volume de près de 500 pages, l’ouvrage de référence sur l’état de la poésie et de la chanson aujourd’hui.
On peut juste regretter l’absence d’un index qui nous permettrait de retrouver plus rapidement les auteurs des textes que l’on a plaisir à relire avec leur musique en tête. Car poésie et chanson alimentent notre quotidien en ce qu’elles parlent « d’abord et avant tout, de nous ».

Jacques Ibanès



Lire aussi :

Matthias Vincenot : « L’Age de mes désirs »

Mathias Vincenot : « Le mot et la note »



dimanche 21 septembre 2014, par Jacques Ibanès

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Mathias Vincenot « Le mot et la note »


Editions de l’Amandier
(455p. 22€)



Matthias Vincenot

Né en 1981, il a publié plusieurs recueils d’Un Autre ailleurs (Lettres du Monde, 1998) à La Discordance des temps (Le Temps des Cerises, 2009) et figure dans de nombreuses anthologies.
Sociétaire de l’Académie Charles Cros et Président de l’association « Poésie et Chanson Sorbonne », il est aussi le directeur artistique du concours international « Poésie en liberté ».
Il est, avec Thierry Cadet, le créateur du Prix Georges Moustaki de l’album indépendant et/ou autoproduit.
Ainsi que le lui a écrit Jean l’Anselme : « Aucun doute pour moi, tu montres le chemin à ceux de demain ». Il « pourrait même réconcilier le grand public avec la poésie » (François-Xavier Maigre, La Croix).

Bibliographie

Un autre ailleurs, éditions Lettres du Monde, 1998
Un détour vers le rêve, éditions Lettres du Monde, 1998
Funambule, éditions Lettres du Monde, 1999
La vie, en fait..., éditions Lettres du Monde, 2000
Les nouveaux poètes français (en collaboration avec Jean–Luc Favre, préface de Jean Orizet), Jean–Pierre Huguet éditeur, 2001 – collection Les Lettres du temps, partenariat France–Culture
Escapades (préface de Pierre Béarn, postface de Jean Laugier), éditions Lettres du Monde, 2002
A un océan (préface de Geneviève Moll), Aumage éditions, 2002
Les nouveaux poètes français et francophones (en collaboration avec Jean–Luc Favre, préface de Jean Orizet, postface de Pierre Brunel), Jean–Pierre Huguet éditeur, 2003 – collection Les Lettres du temps, partenariat France–Culture –
Le bonheur, rappelle–toi... (préface de Pierre Brunel), éditions
La Passe du Vent, 2004.
La vie, le vent, éditions Lanore, 2006
La discordance des temps, Le Temps des Cerises, 2009, postface de Giovanni Dotoli



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