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Les éditions Tipaza

Le succès des poèmes origami à petit prix

Amoureuse autant de la peinture que de la poésie, la maison d’édition s’est spécialisée dans les livres d’artistes imprimés en offset. Pour sa dernière collection, « Métive », le poème se plie et se déplie à l’infini, aiguisant l’appétit du lecteur…



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Gilbert Casula et sa compagne Ivy Brémond dirigent les éditions

Tipaza : trois syllabes sonnantes et colorées qui peuvent évoquer l’exotisme, le mystère, les colonnes grecques… ou le réel : les ruines romaines en terre d’Algérie immortalisées par Camus dans « Noces » et « L’été » . « Au printemps, Tipasa est habitée par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes, la mer cuirassée d’argent, le ciel bleu écru, les ruines couvertes de fleurs et la lumière à gros bouillons dans les amas de pierres. (…) » (Albert Camus, « Noces » , incipit).
Tipaza, c’est aussi le nom d’une maison d’édition qui fabrique de drôles de jolis petits livres. Comme l’a dit Michel Baglin, friand de formules humoristiques, lors du dernier festival de poésie de Sète, « Tipaza, ce sont les livres qu’on n’ose pas ouvrir de peur de ne pas pouvoir les refermer ! » Et le fait est que Jeanine Baude, qui lisait son poème, un des derniers nés de la maison, en plein air sur le Mont Saint-Clair, l’avait prudemment ré-imprimé sur des feuilles normales. Car le livre, dans cette maison amoureuse des couleurs et des formes, se fait puzzle, fragment, origami. Il s’ouvre de gauche à droite – jusque là, c’est classique. Puis à gauche. Puis il se déplie de haut en bas, s’ouvrant à chaque fois en trois pans de chaque côté, à gauche et à droite. Le poème et ses dessins comptent 11 rabats. Il se monte et se démonte comme les vagues sétoises et multiplie ainsi les entrées dans le texte. Entièrement déplié, on peut le découvrir dans son intégralité, sur la table d’un bureau ou la nappe d’un pique-nique.
Les rabats sont autant de rythmes de la pliure qui scandent la musique du poème. Le poème de Jeanine Baude, intitulé « Soudain », et accompagné de cinq reproductions de monotypes de Michel Joyard, est rythmé par l’anaphore et joue avec la morphologie du livre : « Soudain le rythme qui s’écrase / Soudain la scission d’une cellule la vie / Soudain la parturiente et l’antépénultième / Soudain les choses que tu nommes / Soudain les objets qui se déplacent sur la table du poème / Soudain le flux et le reflux d’une respiration / Soudain les mots s’attirent et se repoussent / Soudain les correspondances affleurent au terme de la vision / Soudain une onde lumineuse et une note juste (…) » « Soudain » jaillissent les couleurs et les émotions de la vie, des plus noires aux plus lumineuses, éclats des instants déjà morts, dans une perception accrue du temps et de la vie propre à cette voix féminine.

On replie le livre en partant de la droite. À moins que ce ne soit l’inverse. C’est là que ça se corse. Démonter, c’est facile, mais remonter… Si vous avez manqué la génération Rubik’s cube, et si vous avez refusé, à la naissance, la greffe du GPS Tom Tom Go, le poème restera déployé sur votre table, rétif à se refermer. Ou deviendra, ce qu’il est présentement sous mes yeux, un cube de 15 cm de côté, où les strophes apparaissent de manière aléatoire, nécessitant parfois de pencher la tête pour être déchiffrées. Mais n’est-ce pas là précisément la chance de la poésie, à l’opposé de la prose ? Nul besoin de commencer par la première page et de finir par la dernière. On peut entrer n’importe où dans un poème, par effraction, par hasard, par butinage… En ce sens, le poème sous les plis n’en est que davantage poétique, et cette nouvelle forme ludique donnée au livre constitue une bonne entrée en poésie pour tous les publics. D’ailleurs, selon Jean Poncet, auteur heureux de la maison en séance de dédicace, « ces livres se vendent comme des petits pains ! » Certes l’écrivain est marseillais, mais l’attroupement devant le stand ne le dément pas...
À côté de cette collection appelée « Métive », imprimée en off set pour garantir un petit prix de 15 euros, les éditeurs Gilbert Casula, poète, plasticien et créateurs d’objets poétiques et sa compagne, chef de publication, Ivy Brémond, déclinent cinq autres formats de livres, plus classiques. Encouragés en particulier par Henri Meschonnic qui les avait fait connaître dans le milieu poétique, ils ont fêté récemment leurs vingt bougies, et poursuivent tranquillement leur chemin, au rythme de 2 à 4 titres par an, avec un tirage moyen de 300 exemplaires. La maison, installée à Cannes où se trouve également l’imprimeur, est présente dans de nombreux festivals. Elle fait le pari exclusif de la poésie contemporaine inédite, mariant les auteurs et les peintres ; et ses livres ont désormais acquis visibilité et reconnaissance : un bon signe des temps.

Françoise Siri





mardi 6 août 2013, par Françoise Siri

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éditions Tipaza :


82 Avenue Du Petit Juas.
06400 Cannes.
Tel : 04 93 68 00 60
Site de l’éditeur :

http://www.editions-tipaza.com/home/











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