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Josée Tripodi

« Le temps court plus vite que moi »

Prix Max-Pol Fouchet 2010

Le prix Max-Pol Fouchet de poésie a été attribué pour cette année 2010 à Josée Tripodi, pour son recueil « Le temps court plus vite que moi ». Ses poèmes tissés d’instantanés pris dans les rues de Paris et l’ordinaire des jours sont aussi traversés de failles et de douleurs plus secrètes.

Préfacé par Linda Maria Baros et Luis Mizon, ce recueil a obtenu le prix Max-Pol Fouchet de poésie 2010, organisé par l’Atelier Imaginaire. Il est publié par le Castor Astral.

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A l’heure de la remise du prix, avec Luis Mizon et Guy Rouquet
Photo Jean-Pol Stercq

Elle se veut « poète des rues comme on dit chanteur des rues ». De fait, elle n’élève pas le ton, sa poésie est toute de quotidien, avec de la mauvaise herbe « à l’orée des bitumes », des « engins en furie (qui) étripent le trottoir », du vent en maraude, des oiseaux accompagnant son footing dans le Bois de Vincennes, les stations de métro de la ligne 9 qui égrènent l’histoire, ou encore, derrière un enclos de cartons « un chien au poil usé / (qui) protège deux tas de couvertures / à forme humaine »
Josée Tripodi ne craint pas la trivialité et note, dans le ventre chaud des maisons, la présence dans un coin d’un balai qui patiente, ailleurs c’est « une déferlante de chasses d’eau » qui traversent le silence. Elle ne craint pas ne livrer des bribes de réalités mêlées, contrastées, avec tact et, parfois, humour, comme dans son approche des dessous de ponts et des murs sales : « Longs filets desséchés / Mémoire de pisse / Art brut / Respect ».

Joie et souffrance d’être au monde

Ses notations et ses images peuvent être légères comme cette « ambiance diabolo menthe / sur le boulevard », et ce n’est pas sans gratitude qu’elle avoue : « Je dis merci au monde / de me garder encore / un peu ». Une sorte d’optimisme foncier vivifie ses jours : « Au soir / toujours / Cette croyance inusable / Que demain / Sera meilleur / Qu’aujourd’hui ». Pour autant, elle n’occulte ni les désastres de la planète ni cette « douleur embusquée » partout inscrite en filigrane. Pas plus que les « trois disgrâces / la vieillesse / La maladie / La mort ». Ou que « la déconstruction molle de (s)on image » dans le miroir…
Josée Tripodi dit avec modestie mais justesse la joie et la souffrance d’être au monde. Elle écrit au fond comme elle pratique le jogging dans l’allée des Lapins : « Je cours / Encore et encore / Pour savoir / Ce qui se cache derrière / Le bosquet / De quoi sera faite / La minute à venir / Pour savoir / Ce que je sais / Depuis toujours ». Venue tardivement à l’écriture, cette prof de Lettres marquée par l’amitié de Serge Wellens et la lecture ou la rencontre de Guillevic, Roubaud, Cadou, mais aussi par l’écoute de la musique, a en tout cas trouvé le ton juste pour dire ce qu’elle nomme avec élégance son « désespoir poli ».

Michel Baglin

samedi 20 novembre 2010, par Michel Baglin

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Josée Tripodi
« Le temps court plus vite que moi »

Le Castor Astral
(116 pages. 12 euros. ).

Josée Tripodi

« Je suis née au forceps, quinze jours avant l’arrivée officielle du printemps 1943 », confie Josée Tripodi, qui ajoute : « Entrée à l’arraché dans le monde, blessée dans mon corps, je ne pouvais me laisser apprivoiser. »
Tôt passionnée par la poésie et la littérature, elle rencontre des poètes vivants dans la librairie de Serge Wellens, écrit des poèmes mais ne publie pas.
Elle a suivi des études de lettres à la Sorbonne, a enseigné le français puis est devenue principale de collège. Elle est aujourd’hui retraitée, vit à Paris et pratique assidument la course à pied : « Courir, acte poétqie en soi : un instant insaisissable d’envol interrompu qui se répète ad libitum. »
Elle cite volontiers Jacques Dupin : « expérience sans mesure, inexpiable, la poésie ne comble pas mais au contraire approfondit toujours davantage le manque et le tourment qui la suscitent. »

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