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Pascal Commère

« Les larmes de Spinoza »

Né en 1951 en Bourgogne, Pascal Commère, poète et prosateur, est l’auteur d’une vingtaine de livres qui font corps avec un monde paysan décrit sans complaisance. Les hommes et les bêtes y sont approchés – bien qu’avec pudeur et sans aucune grandiloquence, dans une dimension tragique.
Tel est encore le cas avec « Les larmes de Spinoza », recueil de portraits d’humbles et de taiseux, d’une grande sensibilité.

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Photo Georges Monti

Avec « Les larmes de Spinoza » , en sept nouvelles, Pascal Commère revisite en quelque sorte les soubassements de son écriture, ouvrant la galerie de portraits de femmes et d’hommes qui l’ont conduit, obscurément, à ses cheminements d’encre depuis leurs origines. « Nous ne sommes pas seuls. Des êtres nous accompagnent sur la page, marchant à nos côtés depuis les premiers balbutiements, alors que le geste d’écriture n’est pas encore sorti du brasier qu’il nourrit. Les raisons qui le motivent demeurent lointaines. Et obscures. Pour le lecteur, aussi bien que pour le narrateur — tout jeune garçon d’abord, avant qu’il ne découvre qu’écrire questionne précisément ce mystère », lit-on en quatrième de couverture.

« Cet avant des livres… »

La nouvelle qui donne son titre au recueil et le clôt, met ainsi en scène un homme qui demeure silencieux, dans une buvette perdue quelque part en un Pays de l’Est d’avant la chute du mur. Un ouvrier agricole surnommé Spinoza parce qu’il se prénomme Baruch comme le philosophe. Jeune alors, et au milieu d’une bande de copains ayant fait le voyage pour mener à bien des traductions de Petöfi, le narrateur contemple cet homme fruste, visiblement ému de pouvoir rester un moment avec « cette jeunesse rieuse et prête à tout, qui parlait tant de langues cet été-là que la sienne propre resterait terrée derrière les mots » - et croit le voir s’essuyer les yeux.
Ainsi en va-t-il de ces « histoires », évocations de personnages ayant marqué l’auteur des "Commis" depuis son enfance. Anecdotes racontées pour revenir au commencement, « à cet avant des livres qui n’existeraient pas sans ceux qui en payèrent le prix. Eux qui ne les liront pas par la suite, si ce n’est à leur façon, avec ce respect accordé aux choses qui ne nous sont pas naturellement destinées. »

Part d’ombre

Le livre s’est ouvert sur le portrait, tendre et touchant, de Maria, l’humble servante du château du village - dont le seul souci est son fils Mimile, employé de métairie quand l’alcool le laisse encore se lever - et à laquelle le narrateur enfant accordait tellement de confiance qu’elle fut la première lectrice de son premier poème. On y évoque ensuite les profs, l’entrée dans une librairie, l’apprivoisement des bouquins et des mots (et leur « pouvoir de nous enfanter une seconde fois »), un rockeur de campagne, un bucheron, toutes figures du cercle « des premiers compagnons dont nous apprîmes tout. » Des pauvres souvent, des blessés, des obscurs, des taiseux du monde paysan, qui n’a rien ici de bucolique.
Pascal Commère en brosse le portrait avec pudeur et force, tout son art lié au fait que « les mots gardent en eux cette part d’ombre dont ils usent pour dire plus noir qu’eux-mêmes ».

Michel Baglin



Lire aussi :

« La grand’soif d’André Frénaud »

mercredi 2 décembre 2009, par Michel Baglin

Messages

  • A l’adresse de Pascal Commère seulement.

    Nous nous rappelons, parmi les premiers recueils publiés, "Initiales du temps" et "Salut l’épi", Prix Froissart 1978.

    "Je n’ai jamais eu beaucoup de temps pour vivre.
    J’ai poussé entre deux feuilles. Entre deux liserons. Avant que n’arrive la saison des ronces, nous n’avions que l’espace d’une moisson.
    La plupart du temps, nous mourions en route ..."

    "On ne se couchait jamais sans glisser un chemin sous l’oreiller. Pour que dès le réveil on continue sa marche ..."

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Pascal Commère
« Les larmes de Spinoza »

Le temps qu’il fait
112 pages. 16 euros

Pascal Commère

Pascal Commère est né en 1951 en Bourgogne, où il vit et travaille, plus précisément dans les environs de Semur-en-Auxois. Passionné par les chevaux, comme son père qui était jockey (et qui s’est tué à l’entraînement alors que Pascal Commère avait six an), il a enraciné ses mots et ses livres (il publie depuis 1978) dans un monde paysan décrit sans complaisance, et qui constitue le décor d’une approche tragique du monde, des hommes, des bêtes et de leurs destins croisés.
Il a publié plus d’une vingtaine de livres où prose et poésie alternent. Bourse Del Duca pour son premier roman ( « Chevaux », Denoël, 1987) et Prix de poésie Guy Levis Mano 1990, il a été également été lauréat en 1998 du prix Les Découvreurs de Poésie de la ville de Boulogne.

Avec Christian Caillies, Raoul Bécousse et Serge Wellens il a créé et animé la revue de poésie Noah au début des années 80. Il a collaboré et collabore à de nombreuses revues, Nouvelle Revue Française, Théodore Balmoral, Conférence. Il est membre du comité de la revue Le Mâche-Laurier.
Il a enfin consacré des textes critiques à des écrivains et poètes qu’il admire, tels André Frénaud, Gustave Roud, Serge Wellens, Franck Venaille, Jean-Loup Trassard.

Ses livres

Les commis (Folle Avoine, 1982)
Chevaux (Denoël, 1987 ; Bourse de la Fondation Cino del Duca)
Dijon (Champ Vallon, 1989)
La vache automatique (Le dé bleu, 1989)
Lointaine approche des troupeaux à vélo vers le soir (Folle Avoine, 1995)
D’une lettre déchirée en septembre (Tarabuste, 1996)
De l’humilité du monde chez les bousiers (Obsidiane, 1996)
Solitude des plantes (Le Temps qu’il fait, 1998)
Le grand tournant (Le Temps qu’il fait, 1998)
Vessies, lanternes et autres bêtes cornues (Obsidiane, 2000)
La grand’soif d’André Frénaud (Le Temps qu’il fait,2001)
Bouchères (Obsidiane,2003. Prix Roger Kowalski de la ville de Lyon)
D’un pays pâle et sombre (Le Temps qu’il fait, 2004)
Lieuse (avec des gravures de Sylvie Turpin ; Le Temps qu’il fait, 2004)
Le vélo de saint Paul (Le Temps qu’il fait, 2005)
Prévision de passage d’un dix cors au lieu-dit Goulet du maquis (Obsidiane, 2006)
Les Oiseaux de Sens, avec Emmanuel Berry, éditions Le Temps qu’il fait, 2007,
Les larmes de Spinoza (Le Temps qu’il fait, 2009)

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