Retour à l’accueil > Auteurs > BAGLIN, Michel > Les récits et les nouvelles

Michel Baglin

Les récits et les nouvelles

« La Part du diable », « Chemins d’encre », « Entre les lignes », « Des ombres aux tableaux », « Ruptures », « L’Innocence de l’Ordre »

De « L’innocence de l’ordre » à « La part du diable » ou à « Entre les lignes » en passant par « Ruptures » et « Des ombres aux tableaux », j’ai cherché, à travers les nouvelles, ce qui tient à la fois du roman par la narration et de la poésie par l’écriture allusive et la polysémie. Après un recueil de récits et pages de carnets, « Chemins d’encre », qui racontait d’ailleurs cette fascination pour les écritures multiples, mon dernier recueil de nouvelles a paru au Bruit des autres sous le titre « La part du diable ».



« La Part du diable » : polar et humour noir


« La Part du diable » est le titre de mon dernier livre, un recueil de nouvelles publié par Le bruit des autres éditeur. Ces treize nouvelles annoncent la couleur : elles sont « noires » comme la littérature policière et comme l’humour, car elles font certes « la part du Diable », mais aussi celle du sourire et l’enquête s’avère prétexte à un drôle de chassé-croisé entre l’auteur et des personnages malcommodes !

Ici, c’est la rivalité d’auteurs de polars qui crée l’événement, là, une modeste orchidée ou la métamorphose d’une nageuse en redoutable sirène. Ailleurs, un jeu de mots involontaire conduit au meurtre, la destruction d’un château d’eau réveille le passé et l’explosion d’une usine toulousaine, la violence.
On croise dans ces histoires de drôles de gens, vigile sans amis, voyous et flics sans flair et vieux maniaque croyant découvrir le Malin dans le chaos qui gagne son existence, aussi bien que les fantômes de la Guerre d’Espagne.
Mais à travers le poète inventé qui s’incarne un beau jour en un interlocuteur menaçant, le garagiste se reconnaissant chez Flaubert ou la pochtronne heureuse de réécrire les faits-divers, c’est l’imaginaire, l’inconscient et les fantasmes qui viennent perturber la réalité, autrement dit : le réel qui se trouve presque toujours pris au piège de la fiction...

A propos de « La part du Diable »

« La part du Diable » Nouvelles. Le Bruit des autreséd.
208 pages. 15 €. ISBN : 978-2-35652-083-8

Ce qu’ils en disent...

Alain Kewes dans « Décharge »

Alain Kewes dans « Décharge » n° 158

« Michel Baglin s’efforce à ce que la vie et l’écriture soient le moins possible dissociées nous rappelle la 4e de couv’. Dans ses essais, poèmes, romans, la vie (la sienne mais celle, aussi bien de ses lecteurs) est toujours là, chaleureuse comme une pâte à pain que les mots font lever. On n’est donc pas étonné de retrouver dans la première des nouvelles de ce recueil, une brochette d’écrivains au Festival du polar de Cognac, ni que la littérature s’y incarne au fond de la Charente sous les traits de l’un de ces auteurs, noyé, les mains menottées dans le dos. Mise en scène du réel, mise en réel de la scène, tout est là, donné dès les premières pages. Ailleurs, le narrateur dirige une petite revue de poésie et voit l’un de ses auteurs lui échapper (cette nouvelle était d’ailleurs parue dans Décharge, n° 111). Ailleurs encore, c’est un Toulousain qui n’oubliera jamais la catastrophe d’AZF. C’est assez dire que la chair de ces nouvelles se nourrit des expériences quotidiennes de l’auteur, écrivain, mais aussi journaliste, consommateur accoudé au bar d’un bistrot de quartier ou client d’un supermarché. Mais à chaque fois ce quotidien-là bascule dans la fiction la plus inventive, dérapant de petit doigt blessé en accident ferroviaire. Si le recueil est sous-titré « nouvelles noires » le ton est souvent léger, joueur. Pour autant, on est loin de l’exercice gratuit, simple accumulation de clins d’œil car la question qui traverse le livre est celle de l’identité, de l’illusion du réel ou à l’inverse, de la fiction. Ainsi, le coupable pourrait bien être le roman dans une des histoires, et ailleurs, les personnages prennent corps, au plus grand embarras des humains. En somme, l’auteur de ce recueil est bien le même que celui de Poésie et pesanteur (Atelier du Gué) ou de La perte du réel (Noir & blanc). Symptomatique, plusieurs récits sont précédés d’un liminaire où l’auteur en son nom propre énonce la problématique à l’œuvre, comme si les histoires étaient aussi (pas seulement, mais aussi) des paraboles pour mieux illustrer sa pensée, à la manière d’un philosophe parcourant le monde, réel ou imaginaire et amoureux de ses contemporains respectifs. En nouvelliste aguerri, Baglin dévoile d’ailleurs dans le dernier récit, à la manière d’une chute, son art poétique, clé de l’énigme.
Alain Kewes Revue Décharge 158 (juin 2013)

Max Alhau dans « Europe » (...)

Max Alhau dans « Europe »

Les nouvelles noires de Michel Baglin ne sont pas toutes des nouvelles policières : elles sont fondées sur une réalité parfois dramatique, parfois plus légère, voire fantastique et d’une grande vérité psychologique. La thématique est diverse qui tient toujours en haleine le lecteur, Les personnages eux aussi atteignent cette réalité que la littérature leur accorde souvent. Bien des pulsions les agitent et la plus importante est sans doute la vengeance qui s’exerce sous différents prétextes dans nombre de ces nouvelles. Dans « La beauté du geste », il s’agit d’une vengeance par tiers interposé où un témoin, une pocharde, fausse la réalité d’un fait pour se venger à titre posthume. Mais la véritable vengeance est celle de cette jeune femme schizophrène, cette « Sirène de minuit » qui tente de noyer les hommes qu’elle attire à elle pour se venger d’un viol dont elle a été victime. Dans « Le prix d’une côte de porc », le directeur d’un magasin se venge d’un des employés a séduit la femme. Quant au héros de « Une place au soleil » sa mort est due à une sorte de vengeance attisée par la jalousie. Ces actes confèrent aux récits toute leur force et Michel Baglin les conduit avec habileté jusqu’au dénouement. Pourtant d’autres faits essentiellement humains s’imposent dans ces nouvelles, de ces faits que le temps n’a pas abolis et qui masquent une douleur jamais effacée. Il en est ainsi du « Château d’eau » et de son héroïne, la Louise, tenue pour folle dans son village et dont Michel Baglin, par un retour sur le passé, évoque la liaison avec celui qui est devenu le maire et qui s’apprête à faire détruire un château d’eau détenteur d’un secret macabre. Dans cette nouvelle est exprimée la culpabilité d’un homme qui voudrait oublier un fait divers peu glorieux. Ici encore Michel Baglin sait retarder le dénouement, ne révéler en fin de compte que l’essentiel. Quant à la littérature, elle l’emporte et s’impose de différentes manières. Dans la nouvelle éponyme, deux écrivains, auteurs de polars, sont mis en présence : un commissaire de police et un ancien détenu. Bien entendu, ils se détestent et s’affrontent lors d’un salon du polar en Charente. Si l’histoire finit par ce qui n’est pas un crime mais un accident, c’est qu’elle est à la mesure du dénouement d’un roman policier. De même le héros de « La beauté du geste » est un écrivain américain qui, comme son confrère, le commissaire, finira noyé. La littérature est aussi présente, nous l’avons dit, dans « Identification » où le personnage de l’ouvrier garagiste qui lit Madame Bovary reconnaît dans ce roman sa propre existence et celle de sa femme et croit que le dénommé Gustave Flaubert, mauvais pseudonyme, selon lui, n’est autre qu’un de ses clients, un écrivain, dont il veut se venger. Cette fonction de la littérature, sa coïncidence avec le réel se retrouve aussi dans « La sirène de minuit » où est rappelé Ulysse et les Sirènes, dans « L’Autan qu’apporte le vent » où le responsable d’une revue poétique soucieux d’inventer un personnage fictif et écrivant de mauvais poèmes se voit un jour interpellé par un homme qui lui aussi se reconnaît dans ces écrits : il s’ensuit un épisode à la fois comique et tragique qui montre les liens entre réalité et fiction, une histoire que conduit de main de maître Michel Baglin. Quant aux rapports qui se nouent entre personnage fictif et personnage réel, ce sont encore des marges bien étroites qui existent. Ainsi dans « Palimpseste », le lecteur navigue toujours entre le personnage d’Antonio, un ancien républicain espagnol, réfugié à Paris et son histoire même qui ne cesse de hanter l’auteur à tel point qu’il peut avouer que ses personnages bien souvent « se mettent à exister très fort. »
C’est bien le pouvoir de la littérature et ici de ces récits qui conduit le lecteur vers une réalité sans cesse nouvelle ou réinventée mais qui ne s’écarte jamais de celle que nous connaissons.
Max Alhau Europe Juin 2013

Lucien Wasselin dans « la (...)

Lucien Wasselin dans « la tribune de la région minière »
Michel Baglin est surtout connu pour son goût des formes courtes : poèmes et nouvelles. Mais il a aussi écrit quelques romans comme La balade de l’escargot (2009), Un sang d’encre (2001) ou Lignes de fuite (1989) qui était aussi un récit autobiographique…
Avec La part du diable qui vient de paraître au Bruit des autres, c’est un retour à la nouvelle. Mais pas n’importe quelles nouvelles car il s’agit ici de nouvelles noires. Si la première du recueil, qui donne son titre à ce dernier, est une nouvelle policière qui fait penser à La balade de l’escargot (qui était un polar) par son climat et la mort qui pèse, très vite, le lecteur se rend compte qu’il est attiré vers d’autres eaux. Certes la nouvelle La part du diable réunit tous les ingrédients du texte policier, mais avec un certain humour ; l’action se passe dans un festival du polar et “s’achève avec un cadavre” : celui d’un auteur par ailleurs ancien flic qu’on retrouve noyé dans la Charente (on pense tout de suite à un célèbre festival…). Michel Baglin mène sa nouvelle à un rythme d’enfer et la chute est jubilatoire ! Mais très vite, le meurtre et l’enquête policière laissent la place à un regard acéré jeté sur la société qui nous entoure même si, parfois, le flic n’est pas loin, comme dans Peau pourrie (le lecteur attentif remarquera le jeu de mots). Ailleurs, c’est le monde du travail tel que le voient les patrons qui est épinglé (Le prix d’une côte de porc) ou la fiction, elle-même, qui est le sujet qu’explore Michel Baglin comme dans Identification.
Cette dernière nouvelle retiendra l’attention du lecteur : il y a bien sûr un accident qui en étonnera plus d’un et qui fait penser au sabotage de l’automobile. Mais l’enquête est terminée assez rapidement. Michel Baglin dresse un écheveau dont il tire les fils avec maestria et mène le lecteur là où celui-ci ne s’attendait pas à se retrouver.
Divers univers sont ainsi explorés : Baglin passe au crible de son regard les édiles qui cachent honteusement leurs vilénies passées, il crée des mondes où le fantastique se mêle à la réalité (même si l’explication finale reste sage et rationnelle)… Ou d’autres où un réel fortement médiatisé (comme l’explosion de l’usine AZF) revient de manière hallucinatoire pour mettre en lumière les dommages “collatéraux” occasionnés par la dite explosion… Ce qui n’empêche pas Michel Baglin de satisfaire son lecteur par la relation d’une enquête avec ses déductions empreintes d’une logique à toute épreuve. Ou de se référer discrètement à un de ses textes passés : Palimpseste fait penser à Lettre de Canfranc…
Il y en a donc pour tous les goûts. Mais, surtout, Michel Baglin fait preuve d’un beau talent d’écrivain tant il adapte le style à chacun des climats qu’il crée. Ainsi La beauté du geste offre un magnifique exercice de style écrit/parlé… La part de l’écrivain !
Lucien Wasselin. La Tribune de la Région Minière 3423 (26 juin 2013)

Jean-Loup Martin dans la revue « Brèves »

Né en 1950, poète, essayiste, romancier, journaliste, critique, éditeur, revuiste, Michel Baglin est une figure importante de la littérature d’aujourd’hui, bien connue des lecteurs de « Brèves » et de « L’Atelier du Gué » qui ont publié des essais : Poésie et Pesanteur (1984) et François de Cornière (1984), des nouvelles : L’Innocence de l’Ordre (1981), des articles. Il est l’auteur de plus de trente ouvrages. Il a été le créateur et l’animateur d’une revue importante, « Texture », à laquelle a succédé le site revue-texture.fr., site sur lequel il précise :
« J’écris sur une réalité qui ne cesse, il me semble, de se dérober, diluée par les habitudes, les rôles sociaux, les langages inadaptés. Mes personnages sont ainsi toujours un peu exilés et comme absents de leur propre vie, en proie à "la perte du réel". Ils ont pourtant soif de présence, des autres, envie de descendre dans le paysage, et cherchent désespérément à retrouver leur pesanteur intime, à s’incarner. »
Les personnages de Michel Baglin « s’incarnent » dans ces treize nouvelles noires. Treize : est-ce un hasard ? un clin d’œil ? un signe ? En tout cas, noires, elles le sont, noires comme le « polar », noires comme l’humour, noires comme l’âme de certains personnages, mais pas forcément désespérées.
La dernière nouvelle de ce recueil, Palimpseste, est une clef pour entrer dans l’univers subtilement poétique, ironiquement décalé, insidieusement angoissant de Michel Baglin. C’est une vertigineuse mise en abîme, en abysse : un écrivain, dans une chambre d’hôtel, se souvient d’un réfugié espagnol qu’il a hébergé quand il a fui l’Espagne franquiste ou plutôt l’imagine à partir de ses souvenirs ou plutôt le construit à partir de ce « décor » comme Simenon ou plutôt Maigret qui « quand il erre dans un lieu, s’imprègne, respirant l’atmosphère et les gens pour essayer de capter quelque chose des personnages invisibles qui s’y meuvent en silence » et ainsi Maigret « ne se comporte pas en policier mais en écrivain ». Et ces personnages, l’auteur les « rate souvent » mais souvent aussi « ils se mettent à exister très fort. Et moi avec eux. » Ce sont les dernières phrases de ce recueil magistral. Et le lecteur peut assurer à l’auteur que les personnages de ces treize nouvelles « existent très fort ».
Certaines sont bien des nouvelles policières. Elles sont d’ailleurs assez terrifiantes par leur côté implacable, par la manière dont se construit le piège dans lequel vont tomber les victimes mais aussi les enquêteurs et même les assassins. Dans La beauté du geste, une femme, une ivrogne, invente, de toutes pièces, à titre « posthume », un crime qui n’a jamais été commis, et fait passer pour assassin un homme innocent qui en fait est mort en essayant vainement de sauver sa femme, un homme qui évidemment ne peut donc plus se battre pour rétablir la vérité, et ainsi elle assouvit une vague vengeance. Le lecteur n’est pas près d’oublier cette « pocharde » et son « bagout ». Mais il ne doit pas oublier non plus le début de cette nouvelle : c’est une espèce d’« art poétique » où la narrateur (l’auteur ?) explique comment il commence un « roman ». Ces personnages apparemment « réalistes » existent-ils ?
Certaines nouvelles frôlent le fantastique, avant de s’en dégager : ainsi dans Une place au soleil, Henri Duparc est victime de son voisin, dont il subit « l’influence néfaste », qui pourrait être le diable, mais qui n’est en fait, si l’on ose dire, qu’un assassin banal. Ou encore, dans La sirène de minuit, un jeune homme imprudent et peut-être présomptueux « se jette à l’eau » pour poursuivre une « sirène », qui est sans doute une « folle », schizophrène, et manque se noyer, avant de retrouver le sol ferme et la « réalité », mais les derniers paragraphes nous ramènent au mythe, à Ulysse qui avait su, lui, opposer la ruse à la perversité des sirènes.
D’autres nouvelles s’enracinent dans la réalité la plus cruelle : par exemple l’explosion de l’usine AZF à Toulouse, peu après les attentats du 11 septembre 2001, dont l’une des nouvelles les plus fortes et les plus tragiques de ce recueil, intitulée précisément Idées noires (ce n’est pas un hasard !), analyse les désastreuses conséquences psychologiques, sociales, humaines, et montre comment certains ont tout perdu : travail, famille, dignité, équilibre, envie de vivre, et ont été ainsi détruits dans leur humanité.
Toutes ces nouvelles instaurent un climat envoûtant, entre tragique, humour et poésie, entre fantastique, « polar » et « réalité », entre ironie et tendresse : équilibre fragile et pourtant solide, solidement assumé par un auteur passé maître dans l’art d’ensorceler son lecteur, lequel est un heureux « Ulysse » fasciné par les « personnages-sirènes » de Michel Baglin.

Jean-Loup Martin




« Chemins d’encre » : des récits et carnets « au vent des pages »


Mon avant dernier ouvrage publié est un recueil de récits et de pages de carnets mêlant souvenirs et réflexions sur la passion que suscitent les livres, espoirs, coups de cœur et coups de blues liés à la lecture et à l’écriture.

Comment, dans quelles circonstances, nous vient le goût de lire ? Et la ferveur d’écrire ? L’un et l’autre engagent dans une même aventure, celle de ces chemins d’encre que Michel Baglin nous invite à emprunter, à travers courts récits et pages de carnets.

De l’enfance enflammée par les nouvelles d’Hemingway, à l’âge mûr où le poids des mots compte double, il nourrit sa flânerie de souvenirs, d’anecdotes et de réflexions sur la façon dont la littérature nous permet de « nous gagner l’ici-bas ».

Car cet amoureux des trains qui percent les horizons, et des sentiers qui vous font descendre dans le paysage, en convient : c’est la même insatisfaction – ou le même manque – qui l’aura fait marcher et qui l’aura fait écrire.

On prend la plume, dit-il, comme on lit : pour le plaisir mais aussi, souvent, parce que cela vous est nécessaire pour vivre. Au bout des contes et des mots, en bout de ligne, ce qu’on cherche, c’est le monde. Et les livres, justement – ces bouquins lus, aimés, écrits, rêvés, projetés, jamais finis, jamais oubliés – ils aident à le comprendre, le monde. Et à mieux l’habiter.

Ce livre comprend six parties : Sous le vent des pages, Lettre de Canfranc, Chemins d’encre, Le poids des mots, Comment dire, Les Pas contés.
Deux ont fait l’objet d’une publication chez Rhubarbe : « Lettre de Canfranc » et « Les Pas contés ».


A propos de « Chemins d’encre »

« Chemins d’encre ». Récits & carnets. Rhubarbe éd.
204 pages. 13,00 €. EAN : 9782916597232

Editions Rhubarbe. le Flore 45, avenue de la Tournelle, Appt. B 07 - 89000 Auxerre . http://www.editions-rhubarbe.com/ tel : 06-71-87-07-53. Pour commander : commandes@editions-rhubarbe.com


Ce qu’ils en disent...

Jacmo dans « Décharge » (...)

Jacmo dans « Décharge » n° 144

« Un gros livre en six parties dont deux sont des reprises de recueils déjà publiés chez Rhubarbe : Lettres de Canfranc en 2005 et Les pas contés en 2007. Michel Baglin a voulu restituer dans son intégralité ses pistes d’écriture pour paraphraser le titre général. D’abord montrer que, très tôt, il ressent comme une vocation le fait de vouloir devenir écrivain. Il parle de « foi » et de « passion capable d’inoculer de la ferveur ». Ainsi montre-t-il que tout ce qu’il vit et découvre peut devenir matière à écriture, aussi banal cela soit-il, « tout devait faire encre ».
Le second degré c’est le travail lui-même, et la volonté impérieuse de produire un livre, dans le sens d’en achever l’écriture pour, au bout du compte, le tenir en main, comme une précipitation des choses, obtenir l’objet fini. Mais avant cela, malgré l’impatience et l’impétuosité, il faut se « mesurer à ce qui résiste dans la langue ». Michel Baglin relate ses différentes expériences de lecture, les livres déclencheurs, les auteurs phares qui l’ont forgé, au cours de sa jeunesse et de son adolescence, puisqu’au travers de son apprentissage d’auteur, on suit une chronologie forcément autobiographique. Et il me plait de constater que la plupart des noms cités seraient les mêmes en ce qui me concerne ; j’ajoute que nous sommes de la même année, et qu’à des kilomètres de distance, avec des caractéristiques sociales très diverses, nous avons subi de semblables influences majeures, et que ce n’est certainement pas le hasard non plus, si nous nous retrouvons beaucoup plus tard avec des préoccupations littéraires très semblables. Alors Brassens et Ferré, Sartre et Camus, Char et Jaccottet, Hemingway et Koestler… pour faire des paires complémentaires ou contrastées… Après les printemps révolte et 68, Michel écrit : « Il me faudrait quelques années encore pour apprendre à écrire non plus « contre », ni « pour », mais « avec ». Et parmi la liste qui suit, il y a « les autres ». Et par conséquent l’importance accordée à l’empathie. « Si, à quinze ans, on s’est cru différent, à cinquante, on se reconnaît dans tous les congénères qu’on croise dans les rues… ».
Ce livre est précieux, parce que comme chaque fois l’auteur est d’une profonde honnêteté et qu’il relate sans fard son expérience d’écriture, et qu’à l’honnêteté s’allie la lucidité. Donc Michel Baglin ne se paie pas d’illusion, il analyse simplement son parcours. Enfin, quand il aborde la poésie, ses qualités critiques montrent leur efficacité : « la poésie à mes yeux n’est pas un genre, mais une tension imposée à la parole » ou encore « l’expression poétique passe par le corps et la mémoire sensible »… On comprend mieux la nécessité d’intégrer dans ce volume les deux recueils publiés antérieurement chez le même éditeur. Ils permettent de mesurer le travail sur le terrain. Parler de l’écriture, oui, mais donner à lire aussi. Que ce soit cette gare, lieu de passage par excellence, soudain figée dans son abandon gigantesque ou ce journal du marcheur en Cerdagne, on ressent l’éclairage littéraire qu’on peut trouver face à cette envie de détourer le fonctionnement de l’écrivain.
Cet ensemble, avec Les pages tournées chez Fondamente, livre vraiment les clés indispensables pour saisir l’auteur et le poète et appréhender parfaitement sa stature. »

Marie-Josée Christien dans (...)

Marie-Josée Christien dans dans Spered Gouez n° 17
Ne pas pouvoir présenter ce livre dans ma chronique du n°16 avait été pour moi un crève-cœur, tant il reste aujourd’hui encore l’une de mes lectures les plus remarquées et les plus présentes de ces dernières années. Chemins d’encre est en effet un miracle d’équilibre entre l’essai et le récit autobiographique. Michel Baglin livre un ensemble sensible et lumineux en six parties où courts récits, anecdotes et réflexions se mêlent avec fluidité aux souvenirs et fragments d’autobiographie. L’adhésion au rythme de son texte est immédiate : comment ne pas tomber sous le charme de son évocation du petit train jaune et des paysages de Cerdagne ? Entre doute et gourmandise, Michel Baglin suit les mouvements et les méandres de la mémoire et questionne son attrait pour les livres découvert très tôt, après avoir reçu en cadeau un livre d’Hemingway. Il constate que « les livres lus, aimés, écrits, projetés, jamais finis, jamais oubliés » aident à comprendre le monde. Les livres l’ont à jamais forgé.
Bien que trouvant à juste titre que les raisons de lire sont plus évidentes que celles d’écrire, lire est pour lui inséparable d’écrire : « la lecture et l’écriture, c’est ce qui ouvre les mains et les chemins ». Pour l’amoureux des trains et des paysages, écrire est nécessaire pour faire le point dans sa vie, pour vivre, simplement. Tout ce qui l’entoure devient matière d’encre. « Je ne suis jamais aussi présent au monde que lorsque je songe à écrire » témoigne Michel Baglin, témoignage dans lequel je me reconnais. Tout comme lorsqu’il réserve à la poésie sa préférence. « La poésie n’est pas un genre, affirme-t-il, mais une tension imposée à la parole », une parole qui passe par le corps et les sens, où comptent le souffle, le sensible, l’émotion. C’est pourquoi marcher et écrire sont pour lui des chemins parallèles.
Jubilantes pages lorsqu’il évoque Camus qui « avec sa prose de poète, (l’) avait rendu à la pesanteur et à la passion de la littérature » : « Sensualité à la rescousse du sens, je me sentais réconcilié ».
Évoquant son parcours de vie, il fait ce constat : « tout au long des chemins d’encre, la sensibilité s’accroît, le regard s’aiguise, les sens s’affirment, les gestes se délient, la présence à soi, aux autres, devient plus intense. » Lisant et relisant Chemins d’encre, ma lecture suit à son humble niveau un cheminement identique, s’approfondit, s’intensifie. Un livre précieux qui réconcilie la réflexion et le plaisir de lire.

Alain Jean-André dans Chroniqu

Alain Jean-André dans Chroniques de la Luxiotte
Sous le titre "Parcours d’un enfant du siècle"...
« On l’avait déjà constaté avec de brefs livres publiés chez le même éditeur, comme Les pas contés, Carnets de Cerdagne : Michel Baglin établit vite des liens entre sa vie et l’écriture, la marche et la venue des mots. Cette fois, dans un volume de plus de 200 pages, qui mêle publications antérieures et autres textes, il a monté, avec des récits, des réflexions, des pages de carnets, un livre de mémoires littéraires qui lui permet de revenir sur un parcours.... »
Pour lire la suite,rendez-vous ici.

Jean Chatard dans Diérèse (...)

Jean Chatard dans Diérèse
Les « Chemins d’encre » sont ici empruntés par Michel Baglin pour affirmer son appartenance à la fratrie des écrivains, poètes et romanciers de tous ordres. Il s’agit là d’un témoignage en lequel bien des poètes se reconnaîtront. Tout est prétexte à enrichir le créateur que, peu à peu, des rencontres littéraires confortent dans sa conception de la création. C’est d’abord le livre d’Ernest Hemingway « Le vieil homme et la mer » que l’adolescent Baglin reçoit comme un cadeau et qui s’avère être un révélateur exemplaire des aspirations du tout jeune homme qui prend conscience petit à petit de sa relation privilégiée avec les mots. D’ailleurs, ils sont tous là les porteurs de magie ! Ceux qui nous invitent à la grande aventure ! Brassens et Vian mais également Arthur Koestler, André Gide, Albert Camus, Claude Roy et tant d’autres qui jalonnent ces « Chemins d’encre » avec leur fougue et leur talent, qui servirent d’exemple à celui qui devint journaliste, ami de la nature et de la vérité, puis écrivain.
« La lecture et l’écriture, c’est ce qui ouvre les mains et les chemins. » ... ainsi s’achève ce magnifique ouvrage dont les chapitres rassemblent quelques morceaux choisis de l’un des meilleurs d’entre nous.

Henri Heurtebize dans Multiple

Henri Heurtebize dans Multiples
Michel Baglin vient d’écrire un livre nécessaire, à lui-même d’abord (pour y voir plus clair), au lecteur ensuite pour qu’il sache que l’écrivain ne peut « être un tricheur » (p. 146). Michel Baglin ne cache ni ses limites, ni ses tâtonnements ni ses doutes. Il ne cache pas non plus son goût pour la vie (avoir « de l’appétit surtout, un bel appétit du monde », p. 145). Et quelle franchise ! « Alors, qu’est-ce que tu cherches avec tes poèmes et tes histoires ? A te rendre intéressant ? — Peut-être, oui, tout simplement. Exister dans le regard des autres, en y lisant si possible un peu d’admiration... Un peu d’envie, aussi » (p.21)
C’est enfin un livre nécessaire à l’époque, qu’elle sache combien la lecture est importante : « tout au long des chemins d’encre, la sensibilité s’accroît, le regard s’aiguise, les sens s’affinent, les gestes se délient, la présence à soi, aux autres, devient plus intense » (p. 159).
Ce livre est encore et surtout nécessaire pour suivre son parcours d’écrivain, car Michel n’est pas seulement poète, mais romancier, essayiste. Pourquoi écrire ? se demande t-il ? Pour étaler son moi ? - Non ! répond-il dans une belle formule : « Je ne sais pas si le moi est haïssable, mais c’est un petit pays » (p. 157). Alors, pourquoi ? « Écrire, ce n’est pas promettre Le livre, mais la présence à ce qui nous habite et nous entoure » (p. 200)

Roland Nadaus dans KioSQ (...)

Roland Nadaus dans KioSQ n°70
Pourquoi lire ? Pourquoi écrire ? D’où vient l’amour des livres ? Et celui de la littérature ? « Si la lecture est somme toute pour moi un plaisir assez limpide, écrire a toujours été une affaire obscure », répond Michel ¬Baglin dans ses « Chemins d’encre », recueil de promenades littéraires et de souvenirs : enfance, reportages, lectures... Ancien journaliste, poète, romancier, chroniqueur, revuiste (aujourd’hui sur Internet) il nous livre ici une sorte de rhapsodie intérieure en six ballades nostalgiques, six odes à l’écrit et à la lecture. C’est fluide, intelligent, sensible, humble et en même temps plein de cette fierté humaniste que notre société du spectacle et du cynisme, à l’image de ses politiciens, ne cesse d’écraser chaque jour. Lire Michel Baglin, c’est respirer la bonne encre des mots vrais — loin des discours aussi pompeux et prétentieux que vains.

Lucien Wasselin C’est un (...)

Lucien Wasselin
C’est un livre inclassable que « Chemins d’encre » de Michel Baglin : six textes entre l’essai et le récit autobiographique qui ont en commun, au-delà des souvenirs évoqués, de parler de l’écriture. Six textes dont deux furent publiés dans un passé récent sous forme de plaquette (Lettre de Canfranc et Les Pas contés). Si dans ma lecture, à l’époque, de la Lettre de Canfranc, je m’étais surtout intéressé au lieu - et avais donc quelque peu négligé ce que disait Baglin à propos de l’écriture -, dans Les Pas contés, j’avais noté que la démarche de l’écrivain était semblable à celle du marcheur et que l’acte de nommer les choses ou les lieux était d’importance : « Être dans le réel n’est pas si simple », même si la lecture n’était pas simple. Mais voilà, avec ces six textes qu’on lit dans la foulée, elle devient lumineuse : leur réunion fait apparaître clairement le sujet traité par Baglin, sujet que résume admirablement le titre du livre, « Chemins d’encre ». Michel Baglin ne parle finalement que de l’écriture, du désir d’écrire et de ce qui y fait obstacle même si cela reste ancré dans un réel vécu plus ou moins prosaïque : celui de la vie quotidienne, celui de la découverte du paysage, celui de la marche ou de la randonnée.
La question se décline à l’infini : qu’est-ce qu’écrire ? pourquoi écrit-on ? qu’est-ce qu’un écrivain ? pourquoi veut-on devenir écrivain ? quelle part de fantasme dans tout cela ? et le réel ? Question qui appelle des réponses multiples gravitant toujours autour du même centre : le réel.
Sa réflexion commence avec la lecture : quel effet produit un livre sur son lecteur ? Et Baglin, puisant dans son enfance (Le Vieil homme et la mer), répond que toute lecture est apprentissage mais, au-delà, il interroge la société, le fonctionnement de l’édition, la place de la lecture dans la vie et il a cette remarque qui traversera sous des formes diverses l’ensemble du livre : « Je ne suis jamais aussi présent au monde que lorsque je songe à écrire. »
Mais l’écriture elle-même peut revêtir différents aspects : entre celle du journaliste et celle du poète, il existe une multitude de formes. Baglin sait de quoi il parle puisqu’il est journaliste, poète, nouvelliste, romancier, essayiste : cette diversité d’expériences reflète sans doute ce désir qu’il trouve dans son enfance d’être écrivain. La poésie, justement... Les mots qui se confrontent au réel permettent de dire l’étrange beauté des ruines et des lieux abandonnés (Lettre de Canfranc) mais surtout de dire l’abîme du temps qui s’ouvre devant le regard. Là s’éclaire la singularité de l’écriture poétique : là où le journaliste n’a qu’à décrire (s’il se refuse à la manipulation idéologique), l’écrivain se sent au moins interpellé. Évoquant la poésie de Max Alhau, Baglin écrit que les proses poétiques de ce dernier conduisent « au plus près du monde, à travers une certaine ascèse pour accueillir la terre ».
Sans doute Michel Baglin a-t-il trouvé ici la réponse à sa question initiale. Les livres mettent le monde à portée de mots, les encres ouvrent des chemins. Écrire, c’est écrire sa présence au monde. La poésie, dès lors, est « une tension imposée à la parole ». Le ressort de l’écriture est le manque qui nous pousse à être dans le réel. J’aime, fermant ce livre qui est peut-être une autobiographie morcelée, donnée à lire dans le désordre, à me souvenir de ce passage : « On se bat avec les mots pour aller au monde et le posséder, à tout le moins ne plus s’en croire exproprié. Tenter de le partager pour mieux l’habiter ».


Les premières lignes….

« Allons bon ! Qu’est-ce (...)

« Allons bon ! Qu’est-ce que tu vas encore nous chercher là ! » s’exclama ma mère. Et elle se mit aussitôt à rire en qualifiant ma demande de « nouvelle marotte ». Certes, la mode n’était pas encore à la gastronomie japonaise et les préférences alimentaires des gamins, quelque soit l’époque, les poussent rarement vers de telles extrémités : du poisson cru !
« Même pas un peu mariné ou cuit dans le citron ? » insista-t-elle.
Non ! Il s’agissait d’être à la hauteur, sans tricher. A la hauteur du vieux Santiago et de l’enfant.
Elle pouvait s’étonner, ma mère, se moquer aussi, sans doute, mais guère refuser de m’entendre. Parce que Le Vieil Homme et la Mer, c’était elle qui me l’avait collé dans les mains en m’affirmant : « Celui-là va te plaire ! » Alors si, maintenant, pour ressembler à mes héros, je voulais manger du poisson cru, elle ne pouvait s’en prendre qu’à elle ! Et s’estimer heureuse que je n’aie pas poussé le mimétisme plus loin, parce que le vieil homme mangeait aussi des œufs de tortues en mai afin d’être fort en septembre, au moment de la pêche au gros, et il buvait pareillement de l’huile de foie de requin… Je compris d’ailleurs assez vite que je pouvais me féliciter moi-même de cette modération : la sardine crue à laquelle je fus confronté lorsque ma mère rentra du marché ne me parut pas fameuse, alors, les œufs et l’huile là-dessus…
Il n’empêche qu’elle ne s’était pas trompée en me tendant ce livre : Hemingway n’allait plus me lâcher durant des années. Nick Adams, son alter ego enfant, personnage essentiel de beaucoup de ses nouvelles, allait m’entraîner Là-haut dans le Michigan où il suivait son père à la pêche et chez les Indiens Ojibways. A son exemple, j’allais essayer de me tanner le cuir et tenter de regarder le soleil en face. Dormir à la belle étoile, marcher pieds nus sur les cailloux, se tremper dans un torrent froid seraient bientôt des moyens de se rapprocher de ce Nick Adams, lui-même à la recherche de son âme de trappeur, et d’un Hemingway en quête d’un rêve américain d’avant la faute.
Le sort en était jeté, certaines choses, dont mon appréhension du monde, allaient en être marquées à jamais. Dès lors, quand je chercherais à renouer avec mon innocence dans une randonnée en montagne, une marche en forêt ou près d’un lac, les images que je projetterais sur le paysage, et les sensations que j’en retirerais, resteraient celles auxquelles m’a initié Nick Adams, poignantes comme la nostalgie d’un monde incorruptible, d’un paradis perdu.
J’avais lu des romans d’aventure avant Le Vieil Homme et la Mer ; mais pour m’avoir passionné, tenu en haleine, aucun cependant ne m’avait encore donné cette impression de me concerner pour de bon. Intimement. J’aurais voulu ce coup-là être le vieux et l’enfant qui aide le vieux – en fait, j’aurais voulu être le créateur de ces personnages et de leurs combats – de même que je rêverais par la suite de vivre les aventures de Nick Adams et de pouvoir les raconter.
Je le sais aujourd’hui, c’était une chance : j’abordais la littérature comme un chemin ouvrant sur l’univers. Quand les livres offraient à d’autres des moments de distraction, ils me proposaient un apprentissage. J’y sentais battre le sang du monde.
Leurs mots, leurs phrases, leurs pages creusaient des passages dans ce que j’avais cru être un décor, celui, banal, de ma vie, de toute vie ordinaire. Les livres, maintenant, m’offraient le réel. Et c’était un réel fabuleux. Un réel habitable.
Même si le poisson cru restait un peu dur à avaler...


J’ai présenté ce livre au "Comptoir de l’info", émission TV de Greg sur TLT, qu’on peut voir en cliquant ici]



« Entre les lignes » : trains de vie



Récits d’enfance ayant les trains pour personnage central. C’est à coup sûr de tous mes livres celui qui a reçu la meilleure critique : le feuilleton de Patrick Besson dans le Figaro, un long article de Jérôme Garcin dans le Nouvel Obs, la télé (Un jour un livre), Claude Villers sur France inter deux dimanches de suite, Le Masque et la Plume, une tête de page de Didier Pobel dans le Dauphiné, et bien d’autres articles dans la presse régionale et les revues ! Il faut croire que les trains et l’enfance donnent un cocktail apprécié…

JPEG - 51.2 ko
Le feuilleton de Patrick Besson dans le Figaro

« Le chant des trains ne s’épuise pas. Là où pour d’autres, tout n’est que désordre apparent, croisements aveugles ou, au mieux, désir agacé de prendre le large, je devine un arrière-pays. Des préparatifs dans le fond des dépôts, des veilles dans les postes d’aiguillages. Dans la nuit des triages, des ordres brefs, des chocs sourds et des types qui courent entre les voies pour poser les sabots. Tout un relais d’hommes et de machines. Tout un réseau balisé de feux, longé de vieilles barrières en ciment rongées de lichens… »
Je me suis toujours senti une dette envers les trains. Que ce soit un autorail ou un rapide, ils viennent l’un et l’autre des territoires de l’enfance et traînent derrière eux une lanterne rouge qui est la gardienne des nostalgies. Enfant, j’ai rêvé devant ces monstres fumants et les rails qui sont autant de lignes de fuite. Voici donc le chant des trains, celui miniature et ludique du modélisme ferroviaire, celui des grandes personnes qui ne partent, en fin de compte, jamais.

A propos de "Entre les lignes"

"Entre les lignes" . Récits. La Table Ronde, éditeur. 2002.
128 pages - 12 euros


A Guéthary, sur les quais de la gare, Olivier BARROT (émission "Un livre, un jour" sur France 3 national) présente "Entre les lignes" pour tous les amoureux des trains. Il en lit un extrait.
voir la vidéo en cliquant ici

Ce qu’ils en ont dit

Patrick Besson

Entre les lignes n’est pas un livre sur la cocaïne mais sur les chemins de fer. C’est le vingt-troisième ouvrage de Michel Baglin, qui écrit depuis 1974. Il est temps que vous lisiez ce poète, journaliste à La Dépêche du Midi. Il écrit doucement bien, avec une gourmandise tranquille. Ce prosateur sincère, délicat et subtil ne s’est pas pressé, sauf pour attraper un train - dépêchez-vous quand même de le lire ! Le train, c’est l’enfance. On entre pour la première fois dans une gare derrière des parents, voire des grands-parents. Baglin nous décrit, dans un même élan de nostalgie nervalienne, ses locos et ses vieux. (...) Baglin sera, dans sa jeunesse, vendeur ambulant de boissons et de nourriture à l’intérieur d’un train Corail. Ça nous vaut, dans ce texte teinté de romantisme, quelques bonnes pages prolétariennes. Il hait les passagers de première classe. Il devrait les plaindre au contraire : il n’y a jamais une jolie fille parmi eux. Le train est le seul endroit au monde où les riches sont punis : toutes les jolies filles sont dans l’autre wagon !
Dans tout bon livre doit passer une vie, celle de l’auteur et par conséquent celle du lecteur, la morale étant bien sûr que nous avons tous la même vie. Baglin écrit à notre place ce que nous savons sur le train. Entre les lignes procure ce petit enchantement printanier qui consiste à découvrir encore, après trente-cinq ans de lectures, un écrivain qu’on ne connaissait pas et qu’on aimera toute la vie. C’est donc quand même un peu de la cocaïne !

Patrick Besson (Le Figaro littéraire)

Olivier Barrot.

Si comme moi vous aimez les trains, ce petit livre d’amour est pour vous. Personne depuis Cendrars et Larbaud n’avait aussi bien évoqué les paysages défilant à travers la fenêtre, le son si rassurant des roues sur les rails, les locos fumantes, les tortillards comme les TGV.

Olivier Barrot. ( Télé 7 jours)

Pierre Perrin

Voilà un petit livre parmi les plus charmants. Le titre déjà faufile son mystère. À l’évidence, le double sens fait se croiser le destin et la couleur de l’encre. La mémoire ouvre l’avenir. Non seulement ce titre, aérien autant que terrestre, condense le départ et l’arrivée, mais l’ouvrage entier participe pleinement de la métaphysique, car les livres comme les trains proposent « de longs saluts aux sédentaires ». Ces derniers, que nous croyons incarner, partent aussi. La différence est que ceux qui conduisent les machines, un jour, ne reviennent plus. Les livres sont nos voies que d’autres empruntent par moments - nul ne sait jamais où ni jusqu’à quand. L’obsolescence est tout notre avenir.
C’est toutefois un des charmes de ce livre de modeste dimension que de ne pas peser. Non pas que Michel Baglin cultive trop modérément la mélancolie, mais il a cette délicatesse de considérer « ses petites écritures ». Cette modestie foncière est une garantie d’honnêteté. Ce que le poète des Mains nues [L’Âge d’homme] et de l’Obscur Vertige des vivants [le Dé bleu] propose, c’est rien moins que de revisiter sa jeunesse. Il ne se berce d’aucun passéisme ; au contraire, les anecdotes rapportées sont aussitôt transcendées. Ainsi celle, très belle, de la « place sous la neige » illustre-t-elle à ses propres yeux un « improbable Graal du voyage immobile ».
C’est ainsi que le fruit de l’expérience, sous le couvert d’un bref tournage dans le wagon des premières classes, témoigne d’une très ancienne et toujours vivace acuité sur la nature humaine. Voilà un petit livre propre, net, et qui remplit le lecteur d’un sentiment trop peu fréquent : la gratitude.

Pierre Perrin. (L’Autre Sud)

Jérôme Garcin.

Article de Garcin dans l'ObsDans un livre émouvant et juste, le poète Michel Baglin paie sa dette aux chemins de fer qui, dans un sifflement de western, ont traversé son enfance. Chaque année, il allait passer quelques jours chez ses cousins, gardes-barrière à Sartrouville. Le petit Michel a connu dans leur maisonnette ballottée par les galops machinaux des moments d’ivresse, un mélange de terreur et de fascination et d’inoubliables nuits blanches, voyageuses.
Près de La Rochelle, où se déroulaient ses vacances d’été, il préférait aux bains de mer la fréquentation sous abri des « bisons d’acier », dans un dépôt de la SNCF où travaillait un de ses oncles, lampiste de son état. Il admirait les manœuvres du pont tournant, montait avec émotion dans les locomotives, observait le chauffeur nettoyer la chaudière avec du suif et ouvrir le gueulard, revenait plein de taches d’huile et de cambouis. Il doit son plus beau souvenir au mécano qui l’a laissé un jour conduire, sur quelques mètres, une Pacific. La nuit suivante fut rythmée, dans un rêve qui n’en finit toujours pas, par la musique métallique du dépôt, « les fumerolles enveloppant les locomotives au pied des tours à charbon, la silhouette des hommes en bleu de chauffe peaufinant les graissages devant des roues plus grandes qu’eux, les tourbillons de vapeur mouillant les fosses à piquer, les éclats huileux des bielles sous les falots et les lampes tempêtes accrochées à la grue hydraulique ».
Cheminot contrarié, Michel Baglin, avant de devenir journaliste, a tout de même travaillé dans des trains, au titre de vendeur ambulant. De la manière, hautaine, impérieuse et grimaçante, dont les voyageurs de première classe achetaient un jambon-beurre, alors que les clients de seconde fêtaient l’apparition de sa livrée et l’arrivée de son chariot avec une gourmandise ostentatoire, l’écrivain a tiré un manière de morale provisoire sur la France d’en bas et la France d’en haut ainsi qu’un philosophie de la vie dont le prédicat serait « Mordre dans un sandwich quand on a faim. »

Jérôme Garcin. Le Nouvel Observateur. 13-19 juin 2002

Christophe Henning

Entre les lignes, il y a de la poésie et de l’intimité. Au gré de ses pérégrinations ferro­viaires, Michel Baglin partage ses impressions de voyage et ses souvenirs d’enfance. Pen­sées, livrées le long des voies, au train d’une médita­tion sensible et paisible. « Chaque train qui passait me semblait un monde clos et insaisissable, d’autant plus fascinant qu’il empor­tait son mystère », souligne l’observateur.
Mais il ne s’est pas con­tenté de regarder passer les trains : certains l’ont em­mené très loin. D’autres ont animé ses rêves d’enfant. (...) « Au bout des rails, au bout du compte, c’est le monde que j’attendais. » Au fil des impressions, les mots restituent des images fortes, évocatrices, vérita­bles invitations au voyage. Un itinéraire contagieux et envoûtant : « Je fus per­suadé que la vraie vie est partout où l’on est libre d’al­ler et de repartir. Partout ou le train accède. »

Christophe Henning. (La Voix du Nord)

Christian Authier

« Je me suis toujours senti une dette envers les trains » annonce Michel Baglin dans son dernier livre Entre les lignes. Ce récit en forme de voyage dans « les ter­ritoires de l’enfance » est une manière d’autobiographie prenant la passion pour les trains à la fois comme point d’ancrage et comme ligne de fuite. Le « pays des trains », cé­lébré par l’écrivain, révèle ici une géographie sentimentale et sans doute la naissance d’une vocation mariant « l’ap­proche des microcosmes et le recul du regard en­globant, la création et la contemplation, le souci de la réalité et le recours à l’imaginaire. » Jeux d’enfants, souvenirs de cheminots, découverte de ces étranges machines : Entre les lignes emprunte des voies intimes pour évoquer des aspirations universelles. Mais les promesses de départ et d’ou­verture au monde charriées par les trains portent aussi le désenchantement des adieux à l’enfance : « J’avais rêvé d’horizons nouveaux dans la maison des cousins gardes-barrières, bien au chaud dans l’hiver et la paix amicale, et fidèle à l’iconographie de mon enfance, j’ai oublié que les trains, avant d’arriver, quittaient des gares d’attache. Et que partir n’allait pas sans déchirements, ni sans s’éloi­gner de soi. » Avec une écriture sensible, Michel Baglin distille par petites touches la mélancolie propre à ceux qui se sont dit à l’instar d’Antoine Blondin, « Un jour, nous prendrons des trains qui partent. »

Christian Authier. (L’Opinion indépendante)

Marie-Louise Roubaud

Michel Baglin est un poète dis­cret, qui éprouve à l’égard des mots une nécessaire prudence. C’est dire qu’il n’a garde d’en épuiser la saveur et de les manier à tort et à travers au prétexte qu’il est doué pour ça. Sa prose est d’une approche facile, elle vous embarque à sa suite sans qu’on y prenne garde, et c’est bien le moins qu’il puisse faire pour un petit livre qui n’a d’autre ambi­tion que de mieux nous faire sen­tir, voir, respirer ce que les trains changent dans notre perception du monde.
Ce livre nous donne des yeux neufs, ce qui - on en convien­dra - n’est pas donné à tous. D’abord, il y a un charme évi­dent au balancement de ses phra­ses qui nous ouvrent la porte des rêves. On ne ressort pas de ces pages comme on y est entré. Il y a du réalisme magique dans le ton, dans la manière de raconter très précisément, très minutieusement les décors des gares traver­sées, un décor banal transfiguré par le regard d’un adulte qui se souvient de l’enfant qu’il était... Le pays des trains, le chant des trains qui promettent la mer, ont accompagné cette enfance rê­vant de liberté. C’est à cet âge-là que l’auteur apprend que les li­gnes parallèles des chemins de fer sont le signe d’une solidarité dans une immensité... Car la vue des adolescents est perçante, elle ne s’arrête pas à la surface des choses. Elle est à la fois frémis­sante de l’envie du futur et en même temps elle se conforte de son immobilisme présent, à l’abri des dangers du monde. L’image consolatrice d’une pla­ce qui s’endort la nuit sous la nei­ge court le long de ces pages où l’on pense fugacement à des images brèves d’Amarcord de Fellini.
Réhabilitation de la poésie ferro­viaire qui aide à prendre pied dans le monde, et réhabilitation des métiers du train, du cheminot aux mains rongées par les huiles et les graisses, au serveur en proie au mépris des premières classes, tout le livre bascule constamment, savamment et de manière drôle entre la descrip­tion du rêve et du réel, entre l’onirisme et le social : « Il au­rait fallu savoir aussi descendre des trains. Pour aller chercher le monde qui, comme chacun sait, se trouve entre les lignes. Mais je devais d’abord gagner ma vie. » Distance est prise cependant dans ce questionnement inces­sant des images de l’enfance, ces images dont Albert Camus di­saient qu’elles n’étaient pas plus de deux à trois qui marquent du­rablement notre vie... Voilà en tout cas un petit livre en forme de bréviaire qui nous marquera lui aussi durablement.

Marie-Louise Roubaud

Christian Laborde

Pour prendre le train, lisez Mi­chel Baglin. Entre les lignes est un livre nostalgique et délicieux, le livre d’un amant des lignes, des passages à niveau et de ses locomotives. Si l’on demande à Baglin : « De quel pays êtes-vous ? » il répondra : « Je suis du pays des trains. » Un pays qu’il connaît comme sa poche et qu’habitent des personnages que nous n’oublierons plus. Les lam­pistes ont le beau rôle « Je n’ai pas aimé l’école, mais j’aimais déjà les livres, qui m’aidaient à m’en éva­der », note Baglin qui se souvient d’un livre de lecture dont la cou­verture s’ornait d’un dessin repré­sentant un « train à crémaillère ». Un train qui gommait « les murs noirs ». Il est heureux, Baglin, dans les trains, comme nous dans les pages de son livre.

Christian Laborde. (Le Figaro Magazine)

Didier Pobel

Voici, pour l’été, un petit livre qui devrait trouver sa place dans le sac ou la poche, à côté d’un mouchoir, d’un couteau, d’un briquet, d’un peu de monnaie, sinon de quelques miettes de pain ou de poussières d’étoiles. Compagnon idéal d’un voyage à pied, à cheval ou en chimères, c’est encore dans le train, cependant, qu’il accomplit le plus justement son rôle.
L’auteur s’appelle Michel Baglin. Il vit à Toulouse où il est journaliste à La Dépêche du Midi et auteur déjà d’une vingtaine de brefs ouvrages, parmi lesquels des ensembles de nouvelles, des romans, des essais et des recueils de poèmes comme Déambulatoire (1974) ou Les Mains nues qui lui a permis d’obtenir, en 1988, le prix Max-Pol Fouchet. C’est dire s’il sait à quel point il n’existe pas de voie toute tracée des mots. C’est dire s’il connaît tout ce qui peut joncher le ballast du langage. C’est dire également s’il mesure à sa vraie proportion tout ce qui vit Entre les lignes. Tel est, d’ailleurs, tiens !, le titre de son dernier-né, un bouquin d’un for­mat guère plus large qu’un billet SNCF et riche d’abord du chatoie­ment sépia d’un temps où, pour un gosse rêveur accoudé aux barrières, « chaque train qui passait sem­blait alors un monde clos et insaisis­sable, d’autant plus fascinant qu’il emportait son mystère. »
Michel Baglin, dont l’évocation ferro­viaire fait songer souvent à La Micheline, le beau récit de Patrick Drevet paru en 1990 dans la collection Haute Enfance de Gallimard, s’émeut à son tour de la résurgence d’engins anach­roniques traînant « derrière eux une lanterne rouge qui est comme la gardienne des nostalgies ». Il restitue « les sifflements lointains (...) qui dans les romans de gare, déchi­rent la nuit ».
Il retrouve le tintement de la sonne­rie dans la maisonnette des cousins garde-barrières de Sartrouville tour­nant la manivelle comme pour mieux préparer à la « formidable gifle de vent, de chaleur et de bruit, suivie (du) grondement effrayant de bog­gies, qui (...) laissait abasourdi. »
Il y a des escarbilles dans ces pages, des vieux quais où commencent « l’infini des rails et le vertige des enfants immobiles », « des foules qui tirent leurs bagages, des voyageurs qui cherchent leur chemin » et, dans la rémanence de quelque lointaine « nuit des triages, des ordres brefs, des chocs sourds et des types qui courent entre les voies pour poser les sabots. » Il y a surtout une multitude de souvenirs de prime jeunesse et d’apprentissage d’un monde grinçant comme un essieu mal huilé , qui se croisent dans ce récit et dont Baglin sait se faire le subtil aiguilleur, mêlant l’image enfouie des monstres d’acier qui, tout à la fois, ravissaient et épouvantaient, et celle des modèles réduits au 1/45 devant lesquels rêvaient tous les mômes de cette drôle d’époque où les matières plastiques commençaient à détrôner la ferblanterie des ancêtres. Michel Baglin est de la race migra­toire et indolente des Larbaud et des Réda. Il est tout ensemble ce guetteur de l’ « improbable Graal du voyage immobile » et l’homme « frus­tré à chaque voyage de n’avoir pas foulé du pied l’herbe rase des al­pages, d’être en somme, et une fois encore, passé à côté du réel qui (l’)appelait. »
Un conseil, alors, pour les semaines à venir : ne ratez pas le Baglin. Ses considérations Entre les lignes exer­cent sur le lecteur l’espèce de pou­voir consolateur qu’avait jadis sur le narrateur « l’intimité des comparti­ments à peine devinée » chaque fois qu’un express disparaissait à l’hori­zon. Jusqu’à cet aveu final qui fonce en grinçant dans la nuit des souvenirs : « Car au bout des rails, au bout du compte, c’est le monde que j’at­tendais ».

Didier Pobel (Le Dauphiné Libéré)


Philippe Leuckx

Un fou de chemin de fer, de voies, de chemins de fer électriques perfection-nés... Sans doute, au sens d’une passion irrépressible, qui vous vient d’enfance.
Une manière de raconter la vie de ses proches, son frère, ses parents, les amis de ceux-ci toujours par le biais d’une gare, d’une barrière à surveiller, de locos à soi-gner, de voies...
Michel Baglin, que les récents « Chemins d’encre » (2009) et « L’alcool des vents » (2010) font connaître pour son « métier d’écrire » et son lyrisme où il « rend grâce » à tous ses domaines de prédilection, est le type d’auteur à nouer entre les époques des aiguillages inédits.
Le voilà bien entrepris quand il songe à se donner, passé la cinquantaine, de petites gares et des lignes comme étapes d’une initiation qui remonte loin.
Ce qu’on retire de cette lecture de « Entre les lignes », tout à la fois référence aux vapeurs, aux caténaires, aux rails, et aussi à l’écriture même de ce récit fervent, c’est un bout d’histoire familière, époque bénie où les gens aimaient encore se re-trouver pour un petit verre de blanc, casser la croûte ensemble, rire franchement entre deux plats. Un peu le monde d’Hardellet, des zincs, de la banlieue féconde.
Les lieux défilent à la vitesse des trains : le petit Parisien que fut Baglin a fait la connaissance de la province, du sud, et ses souvenirs sont riches : les années cin-quante pourvoyeuses d’expériences, sensibles aux codes. Ainsi, cet épisode où un machiniste se fait tancer par un jeune petit chef pour excès de fumée en pleine gare, alors que son expérience n’est plus à prouver, qui prend une amende mais évite, grâce à sa réputation, le blâme !
Tant d’autres épisodes seraient à citer. Du reste, l’écriture fluide, nerveuse re-laie bien le mouvement des trains, c’est le sens du voyage, c’est le goût des ailleurs qui nous happe.
Ce beau récit initiatique reconstitue non seulement une époque, il explicite une conscience littéraire, née littéralement « entre les lignes » de chemin de fer !



« Des ombres aux tableaux » : désenchantement et ravages intimes


Onze nouvelles dont la plupart des personnages se piègent eux-mêmes et ne découvrent « le dessous des cartes » qu’au prix de douloureuses remises en cause…

Qui n’a pas éprouvé un jour, une nuit, ce sentiment aigu de ne plus coïncider avec soi-même ou ce que l’on croyait être ?
C’est ce qui arrive aux personnages de ces nouvelles confrontés à leur propre étrangeté lorsque se brouillent les cartes de la vie.
Alors, il suffit d’un pont à construire pour que des certitudes s’écroulent, d’une course à pied à travers le Péloponnèse pour que le passé défaille, d’un combat de boxe, d’une enquête de quartier, de dessins d’enfance, de mensonges publicitaires, d’une porte claquée…
Mais si la réalité semble à jamais nous échapper, faut-il, pour autant, la fuir ?

A propos de « Des ombres aux tableaux »

« Des ombres aux tableaux » . Nouvelles. Editions SPM, coll « Le rayon littéraire ». 171 p., 15 euros


Ce qu’ils en ont dit


Macha Séry sur L’Évènement du jeudi

Un recueil de nouvelles est souvent un patchwork, mais un patchwork en camaïeu, des morceaux de vie que relient. un ton, une même ligne de mire, un sentiment dominant décliné par une multitude de saynètes. Chez Michel Baglin, c’est le désenchantement, mais léger, si léger qu’il faut prêter attentivement l’oreille pour entendre ses ravages intimes. Ici, c’est une famille qui, grâce à une prime professionnelle, se paie pour la première fois des vacances et s’aperçoit que la carte postale du bonheur préfabriqué souffre de vices de forme. Là, c’est un jeune abonné aux petits boulots qui aurait voulu être marin pêcheur et, pour les besoins d’un sondage d’opinion, traîne ses guêtres dans un quartier vétuste. Ou c’est un journaliste sportif venu suivre une course à pied dans le Péloponnèse : d’étape en étape, la déception croissante, il attend une femme rencontrée autrefois qui ne viendra plus. En onze contes, l’auteur invente la littérature des serrements de cœur et des désarrois furtifs.

Macha Séry. L’Évènement du jeudi 28 juillet- 3 août 1994

Marie-Louise Roubaud

Un genre difficile, la nouvelle. Plus anglo-saxon que français ? Quoique Flaubert, quoique Maupassant...
Michel Baglin - essayiste, poète, prix Max Pol Fouchet, il y a cinq ans pour les Mains nues paru à l’Age d’homme) est de ces écrivains qui aiment la brièveté et la densité. Des ombres aux tableaux n’a rien d’une délectation morose, bien au contraire, c’est le regard d’une tendresse nostalgique à ses frères humains. Des contemporains. Des proches voisins de plage. Un ton très naturel, pour raconter le roman des « gens de peu », ces Simon des banlieues parisiennes qui rêvent de vacances à la mer, en regardant les affiches publicitaires. Mais la surface des choses, comme la surface de la mer, n’est jamais insignifiante : « Les publicitaires investissent notre imaginaire en organisant nos diaporamas intimes ; mais lis procèdent comme les poètes en sollicitant notre mémoire sensible »
Sous la plage, ce n’est pas la révolution qui veille, c’est la mort qui passe furtive et dont l’écrivain est « à bon compte » le spectateur. Comme il est le chroniqueur des forces inavouables du dedans qui viennent soudain mettre en péril les techniques des édifices les plus sophistiqués. Michel Baglin croit à ce que Durrell appelait « l’esprit des lieux » et comme il est fin poète, ses sens subtils l’avertissent qu’il y a du mystère partout.
Son art consiste à mettre son lecteur en position privilégiée, à l’installer à sa place, à le faire complice de ses émois, de son érotisme « une région sacrée, intime et chaude où le sang bat à découvert », de ses nostalgies d’une enfance qui est déjà entâchée de remords, une enfance sans paradis « à quelque moment que vous preniez quelqu’un, il revient toujours un peu de son enfance ».
« Dernier combat » est le titre d’une nouvelle d’à peine douze pages qui raconte un match de boxe. Avec une précision et une perfection quasiment cliniques. Michel Baglin y fait la démonstration d’une impeccable technique narrative. Mais pas de pure virtuosité. Il s’agit de dire « le dessous des cartes ».
Tout cela se lit sans forcer, car l’auteur lui-même n’aime pas s’imposer, mais suggérer. Économe de ses mots, mais non de sa sensibilité.

Marie-Louise ROUBAUD. La Dépêche du Midi 8 mai 1994



« Ruptures » : des paysages intérieurs lézardés


Fragile et vulnérable apparaît le réel : les gestes et les mots qui le constituent perdent leur innocence à la moindre offensive de l’imprévu. Les « ruptures » sont ces instants qui, dans les paysages intérieurs de chacun, marquent la découverte d’une part d’inauthenticité, révèlent la faille ou le piège.

Dans l’univers feutré d’une voiture roulant sous la pluie, la peine de cœur flirte avec la mort pour échapper au dérisoire, un personnage choisit la haine pour se sentir libre ; un autre se voudrait cynique pour digérer une adolescence trop conformiste. Pendant ce temps des enfants apprennent à ne pas désirer au-delà du possible. Les échappées, les tentatives de révolte ou d’évasion elles-mêmes se révèlent bientôt ne devoir conduire qu’à des déchirements secrets.
Chacun des personnages de ces douze nouvelles est ainsi amené à assumer sa duplicité : solidaire des autres, il ne peut cependant exister qu’en s’insurgeant contre l’ordre qu’ils sécrètent pour se défendre de la vie. Douze textes qui reprennent et développent les thèmes abordés dans les deux premiers recueils de l’auteur, mais qui tentent d’en varier les approches, comme de diversifier les tons et les « points de vue ».
Peut-être parce qu’avec quelque dessein qu’on agence les phrases, ordre et désordres restent les leitmotivs de toute histoire et que toute évolution (tout « virage ») n’est, au terme d’un intime cheminement, qu’un changement du sens - ou du poids - des mots de la tribu.

A propos de « Ruptures »

« Ruptures » . Nouvelles. Éditions Texture, 100 p. 7,5 euros

Ce qu’ils en ont dit

Jean-Claude Martin

Le réel a un poids chez Michel Baglin. Surtout lorsqu’il se fissure, se fracture et qu’une brume sourde vous emplit, comme elle emplit les personnages de ces douze nouvelles. Alors, on doute, on se questionne, on se heurte à ses limites, à ses renoncements, on se sent quelque peu dupé, écrasé. Michel Baglin sait merveilleusement nous faire sentir le désarroi qui s’empare de ses personnages lors de tels moments de crise. A l’image de cet enfant qui s’est enfui en autobus pour voir « l’autre bout de la ligne » et qui, une fois là, ne songe plus qu’à rentrer chez lui en pleurant (l’histoire se déroule en parallèle à celle d’un homme dont l’amour pour sa femme a sombré dans la routine des jours et des habitudes), les personnages de Michel Baglin butent de tous côtés : contre eux-mêmes, contre leur enfance, leurs souvenirs, leur passé, contre les autres aussi, les cloisonnements sociaux (« Une Panne », « Ecran ») ou l’Histoire (« Les Insulaires », petite nouvelle pleine de finesse et de désespoir ). Les révoltes sont rares, ou amères. Sauf dans « La Belle », très étrange cri de rage et de haine - qui éclate comme une libération (mais à quel prix !). Le plus souvent, les questions tournent au contraire au cauchemar (« Virage »). Car la transgression du réel n’est après tout pas loin.
Mais j’avoue que les deux, nouvelles quelque peu fantastiques du recueil (« Un Amour naissant », « Une Place au soleil ») m’ont moins convaincu. La voix de Michel Baglin me paraissant être plus forte dans le réalisme, ou plutôt ce « poids de la réalité » dont je parlais tout à l’heure et qui rend ses personnages si présents, si denses, si proches de nous, de ce qu’on a ressenti un jour ou qu’on ressentira.

Jean-Claude Martin




« L’Innocence de l’ordre » : derrière l’anodin…


Mon premier a la force du quotidien, mon second l’entêtement du rêve. Mon troisième est ce hiatus entre eux qu’on tente de surmonter lorsqu’on refuse "la force des choses", ou d’oublier quand on consent. Mon tout, qu’il soit "bourgeois", "révolutionnaire" ou simplement domestique, se nomme toujours l’Ordre, celui qu’on s’efforce de croire légitime. Donc innocent.
Mais un petit dérapage des habitudes, une impatience des désirs ou une infime modification du regard suffisent à compromettre la transparence des gestes anodins...
Mon tout n’est plus alors qu’une simple plaisanterie, de mauvais goût.

A propos de « L’Innocence de l’ordre »

« L’Innocence de l’ordre » . Nouvelles. Atelier du Gué éd. - 1981 - Villelongue . 52 pages


Ce qu’ils en ont dit

Denis Tillinac. Quatre récits

Denis Tillinac.
Quatre récits sur la fragilité du réel
Michel Baglin, journaliste à l’agence d’Auch de « La Dépêche du Midi », vient de publier à l’Atelier du gué, sous le titre « L’Innocence de l’ordre », un recueil de quatre récits qui méritent l’attention.
L’ordre dont il s’agit est à la fois pesant et fragile. C’est l’ordre des choses, qu’on croit invulnérable, et qui bascule, pourtant, dès lors que notre regard se fait un peu buissonnier.
Il suffit quelquefois de regarder passer les trains, comme l’enfant d’« Une vue sur la gare », pour déranger l’ordre des choses. Quelquefois, il faudrait de l’audace. Spectateur écœuré d’une scène de racisme "ordinaire", le héros de « La Répétition » n’ose pas intervenir. Celui de « Au rendez-vous habituel », par contre, ose rompre la solidarité militante, qui est une figure de l’ordre, et accepte la solitude. Le héros d’« Une plaisanterie » - la dernière des quatre nouvelles - est un homme qui désire l’aventure, et qui la manquera, parce qu’il s’est laissé prendre au piège des mots. Car l’ordre est aussi celui du langage.
Servis par une écriture dépouillée, ces récits émouvants restituent le malaise d’une conscience écartelée entre la soumission au réel, et l’appel d’un ailleurs imprécis et problématique. On souhaite vivement que ce livre ne passe pas inaperçu.

Denis Tillinac.




Lire aussi :

Michel Baglin : Les recueils poétiques

Michel Baglin : Les récits et les nouvelles

Michel Baglin : Les romans

Michel Baglin, portrait & bibliographie



samedi 4 décembre 2010, par Michel Baglin

Remonter en haut de la page

« Chemins d’encre »

Ce livre est précieux, parce que comme chaque fois l’auteur est d’une profonde honnêteté et qu’il relate sans fard son expérience d’écriture, et qu’à l’honnêteté s’allie la lucidité. Donc Michel Baglin ne se paie pas d’illusion, il analyse simplement son parcours. Enfin, quand il aborde la poésie, ses qualités critiques montrent leur efficacité : « la poésie à mes yeux n’est pas un genre, mais une tension imposée à la parole » ou encore « l’expression poétique passe par le corps et la mémoire sensible »…

Jacques Morin

Michel Baglin vient d’écrire un livre nécessaire, à lui-même d’abord (pour y voir plus clair), au lecteur ensuite pour qu’il sache que l’écrivain ne peut « être un tricheur » C’est enfin un livre nécessaire à l’époque, qu’elle sache combien la lecture est importante : « tout au long des chemins d’encre, la sensibilité s’accroît, le regard s’aiguise, les sens s’affinent, les gestes se délient, la présence à soi, aux autres, devient plus intense ».
Ce livre est encore et surtout nécessaire pour suivre son parcours d’écrivain, car Michel n’est pas seulement poète, mais romancier, essayiste. Pourquoi écrire ? se demande t-il ? Pour étaler son moi ? - Non ! répond-il dans une belle formule : « Je ne sais pas si le moi est haïssable, mais c’est un petit pays ». Alors, pourquoi ? « Écrire, ce n’est pas promettre Le livre, mais la présence à ce qui nous habite et nous entoure »

Henri Heurtebise

Ancien journaliste, poète, romancier, chroniqueur, revuiste (aujourd’hui sur Internet) Michel Baglinl nous livre ici une sorte de rhapsodie intérieure en six ballades nostalgiques, six odes à l’écrit et à la lecture. C’est fluide, intelligent, sensible, humble et en même temps plein de cette fierté humaniste que notre société du spectacle et du cynisme, à l’image de ses politiciens, ne cesse d’écraser chaque jour. Lire Michel Baglin, c’est respirer la bonne encre des mots vrais — loin des discours aussi pompeux et prétentieux que vains.

Roland Nadaus

Un extrait : sur Albert Camus

Un extrait : le Train jaune

Entre les lignes

Ce prosateur sincère, délicat et subtil ne s’est pas pressé, sauf pour attraper un train - dépêchez-vous quand même de le lire ! (...) Baglin écrit à notre place ce que nous savons sur le train. Entre les lignes procure ce petit enchantement printanier qui consiste à découvrir encore, après trente-cinq ans de lectures, un écrivain qu’on ne connaissait pas et qu’on aimera toute la vie. C’est donc quand même un peu de la cocaïne !

Patrick Besson

Dans un livre émouvant et juste, le poète Michel Baglin paie sa dette aux chemins de fer qui, dans un sifflement de western, ont traversé son enfance.

Jérôme Garcin.

Si comme moi vous aimez les trains, ce petit livre d’amour est pour vous. Personne depuis Cendrars et Larbaud n’avait aussi bien évoqué les paysages défilant à travers la fenêtre, le son si rassurant des roues sur les rails, les locos fumantes, les tortillards comme les TGV.

Olivier Barrot

Voilà un petit livre propre, net, et qui remplit le lecteur d’un sentiment trop peu fréquent : la gratitude.

Pierre Perrin.

Pour prendre le train, lisez Mi­chel Baglin. Entre les lignes est un livre nostalgique et délicieux, le livre d’un amant des lignes, des passages à niveau et de ses locomotives.

Christian Laborde.


Un conseil, alors, pour les semaines à venir : ne ratez pas le Baglin. Ses considérations "Entre les lignes" exer­cent sur le lecteur l’espèce de pou­voir consolateur qu’avait jadis sur le narrateur « l’intimité des comparti­ments à peine devinée » chaque fois qu’un express disparaissait à l’hori­zon. Jusqu’à cet aveu final qui fonce en grinçant dans la nuit des souvenirs : « Car au bout des rails, au bout du compte, c’est le monde que j’at­tendais ».

Didier Pobel

Des ombres aux tableaux

En onze contes, l’auteur invente la littérature des serrements de cœur et des désarrois furtifs.

Macha Séry.

Avec une précision et une perfection quasiment cliniques. Michel Baglin y fait la démonstration d’une impeccable technique narrative. Mais pas de pure virtuosité. Il s’agit de dire « le dessous des cartes ». Tout cela se lit sans forcer, car l’auteur lui-même n’aime pas s’imposer, mais suggérer. Econome de ses mots, mais non de sa sensibilité.

Mairie-Louise Roubaud

« Ruptures »

Le réel a un poids chez Michel Baglin. Surtout lorsqu’il se fissure, se fracture et qu’une brume sourde vous emplit, comme elle emplit les personnages de ces douze nouvelles. Alors, on doute, on se questionne, on se heurte à ses limites, à ses renoncements, on se sent quelque peu dupé, écrasé. Michel Baglin sait merveilleusement nous faire sentir le désarroi qui s’empare de ses personnages lors de tels moments de crise.

Jean-Claude Martin

« L’Innocence de l’ordre »

L’ordre dont il s’agit est à la fois pesant et fragile. C’est l’ordre des choses, qu’on croit invulnérable, et qui bascule, pourtant, dès lors que notre regard se fait un peu buissonnier.
Il suffit quelquefois de regarder passer les trains, comme l’enfant d’« Une vue sur la gare », pour déranger l’ordre des choses. Quelquefois, il faudrait de l’audace. Spectateur écœuré d’une scène de racisme "ordinaire", le héros de « La Répétition » n’ose pas intervenir. Celui de « Au rendez-vous habituel », par contre, ose rompre la solidarité militante, qui est une figure de l’ordre, et accepte la solitude.
Servis par une écriture dépouillée, ces récits émouvants restituent le malaise d’une conscience écartelée entre la soumission au réel, et l’appel d’un ailleurs imprécis et problématique.

Denis Tillinac.

-2016 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0