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Poésie, nouvelles, romans, essais, revues

Mes dernières lectures (2010)

Rançon du succès : c’est plus d’un livre par jour en moyenne qui arrive sur mon bureau. En dépit des contributions de divers amis critiques, tous ne peuvent faire l’objet d’un long développement ou d’un « dossier ». Je veux donc signaler de manière plus succincte certains d’entre eux, par quelques lignes qui, je l’espère, vous donneront envie d’y aller voir de plus près…



Karine Giebel : « Les morsures de l’ombre »


Ce n’est pas son dernier roman - deux autres ont paru depuis sa publication en 2007 au Fleuve Noir (reprise en Pocket en 2009), « Jusqu’à ce que la mort nous unisse » et «  Chiens de sang » ), mais c’est celui que j’ai choisi sur son stand lorsque je l’ai rencontrée au Festival de Cognac. Et je ne le regrette pas, car ce roman ne se lâche pas dès qu’on y a mis le nez ! Comment diable cette fille sympa et drôle a-t-elle pu faire subir pareil calvaire à son héros, Benoît Lorand, un flic réduit à l’inaction dans un trou à rat, prisonnier d’une folle, Lydia, qui prend grand plaisir à le torturer sans qu’il sache pourquoi ?
À part un petit tour dans les bois pour prendre l’air et quelques scènes en extérieur pour suivre les collègues du commandant, qui enquêtent sur sa disparition, ce roman très tendu est un huis-clos : tout s’y déroule dans une cave, plutôt sinistre, et au cœur de la folie d’une jeune femme, séductrice et bourreau, dont on devine très vite qu’elle a une vengeance à accomplir. Mais pour quoi, pour qui ? Qui tire les ficelles de cette terrifiante marionnette ? Ces questions taraudent le prisonnier, comme elle tiennent en haleine le lecteur tout au long d’un compte à rebours qui met les nerfs à rude épreuve.
Même si la folie est un peu caricaturale et si, vers la fin, quelques rebondissements paraissent superflus, les personnages restent crédibles, le flic n’est pas tout net, pas plus que son épouse aimante, Gaëlle ; quant à la tortionnaire, Lydia, elle est elle aussi en souffrance, victime incapable d’échapper à son propre enfermement mental. L’incarcération, comme dans un précédent roman de l’auteur, est centrale. Elle est pour le héros confronté à la torture, à la perte de toute autonomie et à sa propre mort, l’occasion d’une introspection et d’une douloureuse approche des ténèbres, physiques et un brin métaphysiques, qui le rongent dans sa solitude d’enterré vivant : les « morsures de l’ombre ».
Ce roman à l’écriture fluide a obtenu le prix Intramuros de Cognac en 2009.
(Editions Fleuve Noir, 2007. 290 pages. 6 euros. En Pocket : ISBN : 978-2-2661-8136-5)



Jacques Morin : « La poésie de A à Z (selon Jacmo) »


Après « Contrefeuilles » (Gros textes), paru il y a peu, Jacques Morin poète cède le stylo à son alter ego critique, Jacmo, pour un opus en forme de dictionnaire, suivi d’une anthologie personnelle : « La poésie de A à Z (selon Jacmo) »
« Jacmo c’est un monument du revuisme, un personnage, presque une fiction à lui tout seul et nul ne sait bien qui il est, de quoi il vit, sinon de poésie justement », déclare en quatrième de couv’ son vieux complice et ami Alain Kewes, qui pour le coup est devenu son éditeur (Rhubarbe).
Rappelons pour ceux qui l’ignoreraient que Jacmo est l’impénitent « revuiste » (s’il n’a pas inventé le mot, il l’a bel et bien mis – ou remis – à l’honneur) qui anime depuis près de quarante ans des revues de poésie incontournables, avec « Le Crayon noir », puis « Le Désespoir, précisément » et bien sûr « Décharge », cette dernière s’apprêtant à passer le cap des 150 numéros.



Denis Sigur : « Crises de foi »


Denis Sigur est l’auteur de deux recueils de nouvelles « Petit traité de savoir vivre à l’usage de ceux qui vont mourir » et, récemment, « Crises de foi » (tous deux publiés chez Edilivre-Aparis). Le premier réunit douze nouvelles sur le thème de la Mort, mêlant polar, fantastique, récit à caractère historique ou psychologique, espionnage, etc. et s’écrit en contrepoint d’une société où la mort, le deuil sont de plus en plus tabous, la vieillesse, la souffrance, le handicap à bannir…
Le second recueil de nouvelles, « Crises de foi » , en offre cette fois treize à la douzaine sur un autre thème, celui du doute. Privilégiant l’humour et la fable, voire la farce, Denis Sigur y joue dans la cour des divinités (le titre l’imposait…) et le petit monde de Dieu, du diable et de leur train… Ainsi, dans « Une certaine idée du bonheur » qui ouvre le livre, découvre-t-on un employé du Seigneur oser proposer une petite amélioration à la Création (inventer le manque, l’envie, les faire-valoir du bonheur) et se faire jeter sans indemnités par le Patron de la multinationale… avant de créer sa start-up : « le Mal était fait »…
La dernière (la meilleure à mon goût ») est une « Cène de famille » où l’on voit une famille d’arboriculteurs au bord de la ruine attendre le retour de Celui qui leur a promis, leur d’un repas en commun, le rachat de leurs pêchers… Pierre, Luc, Judas et quelques autres vont alors balancer entre espoir et incrédulité.
Entre les deux, les autres histoires pratiquent semblable détournement des figures bibliques (ou homériques) et les conjuguent sur le même ton avec nos petites crises bien contemporaines d’angoisse au quotidien. Du doute amoureux à l’addiction au sexe, du poivrot mal dissimulé sous les habits du Père Noël à l’immigrée tombée malgré elle dans la prostitution « passage de la fraternité », ce sont des spécimens d’humanité roulés dans la farine et les petites et grandes misères du monde comme il va (mal) qui nous font sourire ici et nous émeuvent.
Denis Sigur a également ouvert son blog, simple, convivial, qui n’a d’autre but que de vous inviter à faire un petit tour dans l’univers de l’écrivain : http://sigur-cyrano.blogspot.com/
« Crises de foi » par Denis Sigur. 144 pages. 14.00€. ISBN : 9782812109546



Hugo Buan : « Cézembre noire »


Cézembre est une drôle d’île de la baie de Saint-Malo qui a hébergé des ermites, un monastère, des fortifications de Vauban, des essais militaires au début du XXe siècle, une compagnie disciplinaire de l’armée belge lors de la Première Guerre Mondiale et qui a reçu une telle pluie de bombes durant la Seconde (elle faisait partie du mur de l’Atlantique) que son accès, hormis celui de la plage déminée, est encore interdit aujourd’hui. Tel est le cadre choisi par Hugo Buan pour y développer l’action de son deuxième thriller, en une période de tempête qui isole Cézembre du reste du monde.
« Cézembre noire » est un huis-clos qui met en présence Berty, un tueur à gages intérimaire, deux agents de la CIA, cinq officiers de la Police Judiciaire (rien que ça !), sans oublier l’unijambiste Hale, ancien légionnaire, un PDG de PME et sa famille pas piquée des vers, et enfin les tenanciers de l’hôtel-restaurant, seule bâtisse de l’île, dont le fils Noël n’est pas le moins mystérieux des personnages de ce roman. Toutes ces personnes se retrouvant sur une île en théorie déserte durant l’hiver…
La photo des cibles du tueur doivent lui arriver sur son mobile, si ce n’est que la tempête prive tous les téléphones de réseau ! Début d’un imbroglio que le commissaire Workan va s’efforcer de démêler en piquant quelques colères.
Deux atouts pour ce roman : le cadre d’abord, emprunté à la réalité. Riche d’histoire et d’arrière-pays, il permet à l’auteur d’épaissir son mystère avec des épisodes de la dernière guerre et diverses connotations plus ou moins fantasques.
Le style ensuite : Hugo Buan multiplie les événements et les drames, l’action est rapide, avec une belle unité de lieu et de temps, mais le ton est celui de la farce. Les rebondissements alternent avec les bons mots et les réflexions souvent désabusées de personnages pas très clairs. Cézembre est noire comme cette histoire de deuils jamais faits, mais l’humour, lui, y est jubilatoire.

(Hugo Buan : . « Cézembre noire ». Pascal Galodé éditeurs. 317 pages - 18 €)



Max Alhau : « Du bleu dans la mémoire »


Les patries perdues me semblent être au cœur de ce recueil ouvert par une évocation du « pays » - « source et estuaire d’une vie » - et qui se clôt avec la suite « La Voyageuse » où se redit l’impossibilité de s’enraciner, même en ses arrière-pays. « Exode », « exil », « à l’écart » sont des termes récurrents qui répètent la difficulté – en même temps que la soif et la quête éperdue –d’être au monde : « Demeurer, s’en aller, / ces mots sont bien caducs » et nous sommes réduits à la transparence. D’autant plus que le temps nous broie, que « le désert nous attend » et qu’on ne peut rien sauver…
Comment ne pas perdre pied face aux dépossessions qui jalonnent notre errance ? « Pourtant la fenêtre est ouverte / mais tu te tiens à distance / comme si tu avais peur / de savoir que le paysage / tangue au loin / et que jamais plus / tu ne le rejoindras », nous dit Max Alhau, qui est cependant un marcheur et dont les évocations de forêts, de cimes, de sentiers font mouche en dessinant en creux tout l’espace de domaines conquis par le corps mais encore et toujours fuyants… « C’est cela l’inaccessible : / une terre trop lointaine / et d’avance perdue, / telle une croyance qui s’effondre. »
Ce recueil en quatre parties ponctuées de belles encres d’Hélène Baumel est grave, mais oscille entre nuit et lumière, car au-delà du temps et de la mort, il révèle la formidable envie d’être présent à l’univers et « d’approuver » les paysages.

Bernard Mazo rend compte de ce recueil ici.



Frédéric Dard : « Les Scélérats »


Frédéric Dard (1921-2000) est le père de San-Antonio dont il a écrit plus de 170 aventures, mais il est aussi l’auteur de nombreux romans au ton beaucoup plus grave et à l’ambition plus littéraire. Tel est le cas des « Scélérats » publié en 1959 et que les éditions Fleuve Noir viennent de rééditer.
Louise a dix-sept ans, travaille en usine et s’ennuie entre sa mère et son beau-père alcoolique, dans une banlieue triste. Subjuguée par les Rooland, un couple d’Américains riches et désœuvrés qui viennent de s’installer dans une belle demeure du centre-ville, et par leur style de vie, elle se fait engager comme bonne et subit alors une double fascination : celle de Jess, dont elle est amoureuse sans se l’avouer , celle deThelma, belle femme qui noie son désespoir dans un alcoolisme mondain.
Le contraste entre deux mondes, deux cultures, deux classes sociales, se double d’un autre, entre la candeur un peu rouée de Louise, toute à son admiration et à son désir, et la maturité douloureuse d’un couple qui a cessé de rêver. C’est peut-être là le véritable moteur de ce roman : un décalage entre la naïveté, pour ne pas dire le moralisme de la jeune fille, et la liberté de mœurs, voire l’amoralisme, d’un homme et d’une femme qui se sont perdus sans cesser de s’aimer. Les illusions de Louise tentant à plusieurs reprises de s’immiscer dans le couple et ses mensonges pour essayer de modifier le cours des choses, vont conduire à l’accident, puis au suicide… Et c’est bien l’opposition entre les deux univers qui donne sa force à ce face-à-face, un drame psychologique écrit d’une plume vigoureuse et rapide.
Ami de Frédéric Dard avec lequel il a beaucoup travaillé pour le théâtre, Robert Hossein a tiré un film de ce roman, en 1960, avec Michèle Morgan dans le rôle de Thelma. ISBN 2-265-09032-8



Pascal Garnier : « Le Grand Loin »


Le dernier roman de Pascal Garnier, décédé en mars 2010 est sombre, très sombre. Il raconte quelque chose comme une dégringolade, la grande descente de Marc, qui tombe de Charybde en Scylla. Une fugue, un road-movie, une virée du côté d’Agen, dont on ne revient pas… Comme tous les personnages de l’auteur, Marc mène une existence banale, après un divorce et avec sa nouvelle femme, Chloé. Il est surtout pas très bien là où il est, sans savoir où il aimerait aller. A Agen peut-être… Mais ce n’est pas vraiment loin. Il y aboutira pourtant, en fin de parcours, et ce sera alors vraiment loin, très loin dans le noir…
Car Marc est aussi un père à « l’impassibilité monolithique ». Il a une fille, Anne, de 36 ans, qui vit en institution psychiatrique et à laquelle il rend visite une fois par mois, sans savoir quoi lui dire. Une fille cassée, qui vit le présent et rien d’autre, au-delà du bien et du mal



Marie-Ange Sébasti et Monique Pietri : «  Venise février »


La complicité artistique de Monique Pietri et de Marie-Ange Sébasti est une nouvelle fois à l’œuvre dans un bel album publié par Jacques André éditeur, où les photographies de l’une et les poèmes de l’autre se font échos.
Le titre, « Venise février » , dit les rues désertes, les gondoles amarrées et les brumes sur la lagune, mais aussi, bien sûr, les faces de Carême, puisque ces rencontres au hasard de la déambulation se font la veille du Carnaval.
Les tableaux photographiques s’attardent aux reflets sur les canaux, aux irisations des eaux comme aux masques. Et c’est bien dans ce registre des effets de miroir et du mystère, entre « l’artifice et l’abîme », que les poèmes donnent leurs résonnances aux images en jouant de l’impression d’irréalité qu’elles produisent. Leur dialogue brouille les pistes et esquisse comme « l’envers du carnet de route », un voyage intérieur, dans une Venise théâtrale et onirique.

(72 pages. 25 euros. Jacques André éditeur. http://www.jacques-andre-editeur.eu/ )



Philippe Mathy : « Un automne au creux des bras »


« Que les mots de la louange naissent en toi les jours de froid, de pluie ou de douleur ; ils te conduiront vers le soleil de la douceur », écrit Philippe Mathy, poète belge, dans son recueil, « Un automne au creux des bras » . Et ce sont bien « les mots de la louange » qui éclairent le plus souvent ces pages. Ne précise t-il pas, un peu plus loin : « J’écris : je cherche un sentier pour atteindre le col, passer dans une autre vallée » ?
En dépit de la mélancolie de l’automne, du « fol éparpillement » d’une vie, du vide qui gagne sous nos pas, la lumière est toujours là, dans un monde traversé à « pas lents », où « tout réclame le feu d’un regard ». Lumière pour enlacer et réchauffer. Lumière de la confiance, peut-être. « Malgré tout écrire encore » figure un peu la devise du poète, avec ce désir : « Aider la beauté à traverser le monde, jusque dans ses laideurs ».
Ainsi en va-t-il encore dans la dernière partie du recueil, « La maison d’absence », consacrée à de vielles pensionnaires achevant leur vie en ayant renoncé à en repriser « le tissu décati », dans un mutisme qui n’est pourtant pas le signe du renoncement. Car « l’âge n’y peut rien : là où persistent les braises, veille une jeunesse assoiffée. »
Ce recueil publié en 2009 par L’herbe qui tremble éd.(25 rue Pradier. 75019 Paris) a obtenu le prix Georges Perros.

(108 pages. 12 euros. ISBN : 978-2-918220-00-8



Jean-Christophe Belleveaux : "Bar des platanes" et "CHS"


Ce n’est pas l’affaire d’anecdotes, non, quand la poésie se saisit des détails du quotidien pour interroger notre étonnement d’être là, à la terrasse d’un café par exemple, comme Jean-Christophe Belleveaux au « Bar des Platanes », titre d’une de ses plaquettes. Ce à quoi on est confronté est bien cet « affreux vacarme du sens qu’aucun langage ne peut contenir ». Rien de plus simple et de plus troublant à la fois : « On a / les cailloux, le langage / et ce gouffre entre les deux : / la poésie ? ». L’auteur met un point d’interrogation. Il me semble superflu, car la poésie est bien là, dans ce vertige et cette confrontation, alors que les mots nous manquent. La poésie de Jean-Christophe Belleveaux s’inscrit en tout cas dans cette pauvreté et ce trop plein : « le monde est trop plein, ma poitrine en déborde », s’écrit celui qui a voyagé un peu partout dans le monde, sur tous les continents, mais qui sait aussi l’aventure quotidienne. A preuve cette terrasse ouverte sur « toute la fragilité des choses insignifiantes ». Cette plaquette a été publiée il y a belle lurette déjà à l’enseigne de « l’Epi de seigle », mais on retrouve cette même force d’une « écriture qui se fait » chemin faisant, se cherche en creusant, les dans ses dernières plaquettes, telle « CHS », en 2010 chez Contre-allées, où le poste d’observation est une chambre d’hôpital. Pour en savoir plus sur l’auteur, né en 1958 dans la Nièvre où il habite, et qui a publié une dizaine de plaquettes de poésie et un recueil de nouvelles : voir ici.



Alain Bron : « Le fruit du doute »


Le doute est amer et son fruit reste sur l’estomac… C’est du moins ce que nous laisse entendre Alain Bron avec son dernier roman noir publié chez Odin éditions, où le questionnement sur soi - l’interrogation sur son identité à travers ses origines - est central.
Désir d’enfant d’un côté, enfant abandonné de l’autre, enfant adopté enfin. Les trois figures sont au rendez-vous de ces deux enquêtes menées en parallèle par le commissaire Berthier : l’une concerne une fillette étranglée dans le bois de Vincennes, les soupçons se portant sur un pédophile mais concernant aussi la mère. L’autre est liée à la découverte d’un bébé abandonné dans le hall de l’immeuble du commissaire, et dont il fait une affaire personnelle, parce la quête, ici, devient plus intime. Ce sont les motivations profondes de l’abandon et le mal-être de l’enfant abandonné rongé de doute qui constituent les ressorts de ce polar psychologique.
Ne en 1948 en Tunisie, Alain Bron a écrit des essais de psychosociologie et d’économie politique, ainsi que des nouvelles et deux autres polars. Son site



Gérard Cléry : « Fontanelles du pré »


Dans les poèmes de Gérard Cléry, il y a de l’agreste et du « plein soleil sur les crêtes, les épaules », on entend le bruit des cognées ou des tirs de dynamite sur l’autre versant, on accueille des nomades, la maison heureuse (elle abrite un grillon) voyage par le devers du pré, l’eau tutoie – on apprend en somme « à édifier en soi le paysage »
Mais il y a aussi des plaies ouvertes, des êtres « présents au temps présent », sans fuite possible, « ne sortant pas de l’homme », des planteurs de gibets, l’âcreté du soufre, la mort… Le recueil s’inscrit dans ce balancement – ce déchirement – qui fait la sensualité et la conscience : « aggrave ton désespoir / grave ton espoir aggravé ». Et l’écriture protéiforme, tantôt lapidaire, tantôt proche du poème en prose, reflète avec force ces grands écarts.
Né en 1938, Gérard Cléry est de la génération marquée par la guerre d’Algérie. Il a exercé diverses métiers sur les chantiers du bâtiment, en usine, dans la publicité, l’éducation populaire, le transport aérien, l’animation culturelle, le journalisme de presse écrite et de radio...Il a publié une quinzaine de recueils et pratique depuis toujours, seul ou accompagné, la lecture en public. Grand voyageur, il demeure aujourd’hui en Bretagne.

(L’Arbre à paroles éd. ISBN :2-87406-316-9. 60 pages.)



Thierry Jonquet : « Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte »


>Thierry Jonquet est mort en août 2009 à l’âge de 55 ans. Il était reconnu comme un des auteurs majeurs de la littérature noire française. Inspirés de faits divers et de sa propre expérience, ses romans abordent les sujets d’actualité à travers des personnages marquants et des constructions aussi inventives que solides. (Lire son portrait)

Son dernier roman, « Ils sont votre épouvante et vous êtes leur crainte », est un témoignage implacable sur la dérive des banlieues abandonnées à la violence, au sexisme, au racisme et à la déculturation. Ses personnages, pathétiques ou révoltants, se débattent dans un univers où seules les peurs croisées et la violence qu’elles engendrent constituent le vrai moteur des histoires individuelles et collectives.. Un roman magistral et dérangeant. (Lire la critique)



Didier Daeninckx & Georges Bartoli : « Les gens du rail »


Si, comme moi, vous aimez les trains, le bel album que viennent de publier les éditions Privat est pour vous ! Il associe les photos de Georges Bartoli et une nouvelle inédite d’un maître du polar engagé, Didier Daeninckx, « Légende du rail », écrite pour cet ouvrage.
Les photos rendent un hommage coloré et souvent amusé aux 155000 cheminots de la SNCF à travers quatre grands thèmes : les ateliers, les gares, les trains, les voies. Dans cet univers, les images nombreuses des luttes syndicales et des grèves rappellent encore que la mission de service publique est mise à mal depuis pas mal de temps, que la SNCF sacrifie des lignes et ferme des gares. En face, la solidarité cheminote et la passion du rail s’organisaient en résistance.
Ce sont surtout ces thèmes que l’on retrouve dans la nouvelle de Didier Daeninckx. Une fille de cheminot d’Avignon et Jean-Pierre, l’animateur de l’association des Ferroviphiles, conjuguent leurs enthousiasmes pour lancer une opération, « Les Cheminots de l’impossible ». Métaphore de l’engagement passionné des « gens du rail » Les mots viennent ici épauler les images pour une belle invitation au voyage.

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Michèle Teysseyre : « La saveur de Rome »


Amoureuse de Rome, « passé et présent confondus », Michèle Teysseyre offre avec « La saveur de Rome, vagabondage gourmand en terres latines » , un livre poétique constitué de récits et recettes de l’Antiquité, accompagnés de reproductions de tableaux dont elle est elle-même l’auteur – car cet écrivain est aussi peintre et cinéaste.
Ses douze récits, déclinés par mois, sont autant de divagations dans l’espace (de l’Italie à l’Espagne, des rives du Tibre à la Garonne toulousaine) et dans le temps (de l’Antiquité à aujourd’hui, d’Ovide à Pasolini) : Michèle Teysseyre visite en effet un univers plein de l’histoire des lieux et des êtres qui ne cessent de se répondre. Mais tous mènent ou ramènent à Rome par les chemins contournés des connotations, de l’imaginaire et de l’intime. La mémoire personnelle, l’enfance et les anecdotes, entrent en effet en correspondance avec les évocations d’un Nouvel an à Rome, de Virgile à Valcabrère, de la villa d’Hadrien ou des ruines d’Ampurias, des vignes de Campanie il y a 20 siècles ou d’un vigneron d’aujourd’hui dans la Narbonnaise...
Ce riche vagabondage est servi par un style sensuel et d’une belle élégance. En voici deux exemples : « La tante d’Espanès nous rendait visite en hiver. Entièrement vêtue de noir, la tête enfouie sous un châle qu’elle gardait en permanence, comme toutes les paysannes d’alors, elle arrivait par l’autobus du soir et sa silhouette semblait ajouter encore un peu plus d’ombre à la nuit. »
Un peu plus loin : « De ce temps persiste le souvenir des volailles ouvertes attendant la préparation du « gras » et, dans le grand chaudron de cuivre, les bulles du millas crevant comme la lave d’un volcan mal éteint. »
Quant aux 25 recettes, elles sont toutes inspirées de textes latins puisés chez Apicius, Caton et Athénée, et, nous certifie l’auteure, toutes expérimentées par elle-même. Bonne lecture donc, et… bon appétit !

(100 pages. 18 euros. Claisud éd. ISBN 978-2-9524776-9-7)



Jacques Tornay : « Gains de causes »


« Inutile grandeur, / une vérité qui ne tient pas au cœur de la paume n’en sera jamais une », affirme Jacques Tornay dans son recueil, « Gains de causes » , édité par L’Arrière-Pays. Celles qu’il nous livre en des poèmes attentifs au monde nous évoquent en tout cas le quotidien avec force, et « le cœur plein d’images ». De « la main lissant les pages d’une gazette chiffonnée par inadvertance » à la prune sur le chemin, aux fumées du tabac « calligraphiques » ou au voisin du dessus qu’on entend rentrer chez lui, « sa journée de travailleur sur le dos », ces « tressaillements » nous augmentent et augmentent le jour. Ils pourraient nous faire dire, comme l’auteur : « Je suis passionnément cela qu’en mon intérieur je prononce, bien que l’essentiel reste à dire ». Un peu de cet « essentiel », et des échos qu’il trouve en nous, s’insinue dans ses pages, à travers des notations simples, qui nous atteignent au vif.
Ce poète suisse, né en 1950 à Martigny et qui est aussi journaliste et traducteur, parle dans un entretien du « désir fou de vouloir tout exprimer, ne laisser aucune ombre, aucune angoisse ni aucun émerveillement hors de son champ d’action ». Il me semble que ses textes doivent à ce désir la tension poétique qui les travaille et fait qu’ils nous concernent en nous permettant de « faire alliance durable avec ce qui nous dépossède le moins ». Ce recueil vient d’obtenir le prix Charles Vildrac de la SGDL.

L’Arrière-Pays éd. 48 pages. 10.5 euros. ISBN 978-2-910779-49-1



Pierre Autin-Grenier : « C’est tous les jours comme ça »


C’est bien Autin-Grenier, le poète et le styliste de la forme brève, qui nous revient avec ce recueil de 47 récits publié par l’éditeur Bordelais Finitude. Le drapeau noir flotte sur le petit monde que constitue l’immeuble d’Anthelme Bonnard, qui nous raconte moult péripéties et anecdotes, avec souvent une colère rentrée et toujours beaucoup d’extravagance et de fantaisie dans sa chronique du quotidien naufragé. Car si Autin-Grenier s’autorise toutes les fantaisies, si l’on continue à croiser dans ses pages des montreurs de dentelles et autres petits vendeurs d’orgasmes au porte-à-porte, si l’on s’y penche sur le yo-yo du cours du concombre au palais Brongniard, ses inventions les plus farfelues en somme sont la belle politesse qu’il emploie pour faire passer ce foutu monde – presque déjà le nôtre – qu’il dépeint. Un monde où l’on est abruti par l’hymne au travail et les interdits, un monde où la sous-secrétaire d’Etat en charge des activités culturelles et de loisirs déclare vouloir « aller buter les déviants jusque dans les chiottes »…
Voilà de l’Autin-Grenier de la meilleure veine. Qui dit des choses graves en se jouant, distille la révolte sous la pirouette. Qui sait illustrer un constat (« Misère des temps que d’ingurgiter sans méfiance toutes ces petites saletés à la mode dont les gros margoulins de la publicité nous font l’article toute la sainte journée ») en l’incarnant dans le cas de Lucette qu’on opère : « Prévert lui-même n’en reviendrait pas de ce qu’on a pu trouver là-dedans ! Des civelles, des grondins gris, une moitié de murènes, des raies bouclées ; en pagaille d’autres poissons morts et mal digérés, une forte concentration de mercure en supplément… » j’en passe et des meilleurs, dont un crabe, évidemment.
Voilà le style du bonhomme. Mais bien sûr, un livre d’Autin-Grenier ne se raconte pas, il faut aller s’y perdre et s’y retrouver. Avec, quand même, la note musicale de l’espoir qui chante à la fin : « c’est le combat vers la légèreté et la lumière qui continue ». .. Peut-être le drapeau noir qui claque dans le vent ? (Finitude éd.160 pages. 15 euros)



Dominique Sampiero : « Le maître de la poussière sur ma bouche »


Le titre, certes énigmatique, de ce court texte tenant à la fois du récit et du poème en prose, est explicité dès l’ouverture. Le maître est un vieil homme taiseux, le grand-père, menuisier de son état. La poussière sur la bouche du narrateur est celle des mots tombés en ruine après sa mort, brutale, au beau milieu des poireaux et carottes de son jardin : « Un matin, le vide que fait le silence dans la bouche du vieil homme entre dans la bouche de l’enfant. Au fil des jours, les mots tombent en poussière sur les lèvres de l’enfant, avant même qu’il parle, avant même qu’il lise ou qu’il écrive ». Il ne sera pas trop d’une vie d’adulte pour reconquérir à la fois le langage et le silence et, au bout, un peu du monde.
Au village, on appelait le grand-père « la planche » et sa femme « le silure » (« aimer c’est donner un autre nom, un nom qui nous ressemble »). Cette évocation poétique de leurs gestes et de leur patience se confond avec celle de l’Arbre, de l’écorce et de la forêt, une vaste métaphore pour dire quelque chose comme une immersion dans la nature, une découverte de la sensualité (l’adolescent apprend que « jouir se frotte sur le trou de pic vert caché sous les jupes des filles »), une harmonie peut-être trouvée, en tout cas rêvée quand le narrateur peut dire : « dans aubier maintenant j’entends aube ».
Un art de vivre, loin du consumérisme, se dévoile dans l’immobilité frémissante de l’arbre, qui est un possible miroir de l’homme. « En travaillant pour acheter l’espace et le temps, chacun de nous oublie de regarder », rappelle Sampiero. Mais au terme de ce court et beau livre (70 pages), on éprouve le sentiment qu’une leçon à été reçue, la vie s’étant enrichie quand « tout ce qui n’est pas dit remplit d’une eau fraîche le puits de mon cœur ».



Jan Thirion : « Dieu veille Toulouse »


Né à Paris, Jan Thirion est enseignant. Il vit dans la banlieue de Toulouse et je le croise souvent dans les salons de la région. J’ai récemment acheté et lu un de ses polars, « Dieu veille Toulouse » , un livre qui l’ancre dans sa ville d’adoption puisque toute l’action s’y déroule. Il a écrit bien d’autres romans (et des nouvelles) depuis « Le Vengeur » paru en 1980, entre autres : « Mikko », « Ego Fatum » (2006), « Rose blême » (2007), « Elagage de printemps » (2008), « Soupe tonkinoise » (2009), etc. Mais si je me suis arrêté à celui-ci, c’est à cause de la première page où l’on découvre d’entrée Dieu attablé à la brasserie du Pont-Neuf devant une demi-douzaine de belons et s’amusant à contempler les passants en imaginant qu’un tel va mourir, qu’il accorde le sursis à tel autre… Dieu est facétieux et j’aime cet humour.
Dieu en l’occurrence se prénomme Franz et est flic dans la Ville rose. Il enquête sur le meurtre du gourou d’une secte, retrouvé le crâne fracassé, puis sur celui du patron d’une start up dévolue au porno sur le Net. Un point commun entre les deux victimes, leurs paupières ont été découpées. Ce qui met Dieu sur la piste d’un serial-killer. Les rebondissements et fausses pistes sont nombreux comme le genre l’exige - sans oublier une chute double et qui sait utiliser l’actualité - mais ce que j’ai aimé dans ce livre touffu, outre l’écriture soignée, est la précision dont Jan Thirion sait faire preuve quand il parle des techniques de la police scientifique, des armes non-létales, etc. Nul doute qu’il s’appuie sur une solide documentation, ce qui ajoute encore au plaisir d’une intrigue inventive.

(L’écailler éd. 304 pages. 9.5 euros)



Jacqueline Saint-Jean : « Hors je(u) »


Où sommes-nous dans cet étrange pays perdu que les poèmes de Jacqueline Saint-Jean (lire son portrait) trament à force de charrier de fortes et sombres images sur un rythmes saccadé ? Hors piste, hors texte ? Parmi les survivants de quelque désastre obscur, après le passage d’un « immense vortex de poussière » ?
Tout commence par des silhouettes qui s’éloignent vers « l’autre rive ». Il y a là des objets déracinés, triviaux, comme ces « robes vides à jamais suspendues », des vitres terreuses, « de vieilles peurs de mauvais rêves », bien des décombres, des « vérités masqués sous les ruines » et parfois des sorties de secours qui clignotent…
Sans aller jusqu’à l’outre-tombe, j’ai le sentiment d’être là entre deux mondes, dans un no man’s land où nous demeurons « égarés », entre un passé qui se défait et un présent qui laisse surtout entendre « battre le cœur des enfermés ». Hôpital ou prison quand « la chambre est un puits », nous y sommes confrontés aux lettres qui s’effacent et aux journaux jaunis, à ce palimpseste à quoi se résume toute existence avec le recul, et qui nous laisse « tassés dans nos archéologies ». Hors du monde et hors de soi, deviendrait-on ces contemplateurs, ces « vivants de lisière » qui s’acheminent vers le silence ? Il n’y a pas forcément là un repli, semble pourtant nous dire l’auteur : les deux syllabes de « hors je(u) », c’est « battants clos ou battants ouverts ».

(40 pages. 14 euros. Rafael de Surtis)



Jean Chatard : « Dites-moi à quelle heure… »


Jean Chatard, qui fut marin et demeure poète, est un peu comme Rimbaud ce « voleur de feu, voleur de houle et d’alphabet » dont ce long poème rejoue la dérive de bateau ivre. Le titre s’inspire d’ailleurs de cette phrase, « Dites-moi à quelle heure je dois être embarqué à bord… », la dernière d’une lettre au directeur des messageries Maritimes dictée par Rimbaud à sa sœur le 9 novembre 1891, veille de sa mort. La belle langue de Chatard en prend prétexte pour nous embarquer entre « carènes bleues », « élans secrets » et « troubles anciens » dans un voyage, celui d’une vie – et de toutes les vies car « les hommes ont tous les mêmes gestes / poursuivre le courant » – s’écoulant entre les quais et le large dans « l’aventure du temps ». Avec au bout, seulement « un peu de vent entre les mains ».
On peut lire le portrait de Jean Chatard ici
Cette plaquette de 26 pages publiée par Airelles éd. (animée par Hervé Lesage) ne coûte que 4 euros. On peut la commander à l’auteur (85 route du Neubourg. 27370 Le Gros Theil).



Chantal Danjou : « Les amants de glaise »


Ce récit que publient les éditions Rhubarbe est celui d’une convalescence, au propre comme au figuré, dans une maison de repos du côté d’Osséja (Pyrénées orientales). La narratrice tente par le souvenir et l’écriture de guérir de la disparition de l’amant, sans faire le deuil de l’amour. La marche et la découverte de la Cerdagne qu’on visite au fil de sa plume, et grâce à ses randonnées en montagne, du côté du Carlit, et à ses périples dans le fameux petit Train jaune, sont comme le contrepoint d’une patiente reconstruction. Celle-ci passe par la langue qui aide à retrouver le corps - comme on pétrit la glaise – et l’écriture avec ses mots qui ouvrent des passages dans le paysage intérieur comme sur le haut plateau cerdan.
Chantal Danjou, après un long séjour parisien, vit et travaille aujourd’hui dans le Var où elle enseigne les lettres modernes. Poète, nouvelliste, mais aussi critique littéraire, elle anime des ateliers d’écriture et depuis 1989, elle participe à faire connaître la poésie contemporaine avec l’association qu’elle a fondée et dont elle est la présidente, « La Roue Traversière ».

(164 pages. 13 euros. Rhubarbe éd. 4 rue Bercier. 89000 Auxerre)



Annie Ernaux : « Les années »


L’œuvre d’Annie Ernaux, depuis « Les Armoires vides » (1974), est construite sur les épisodes et les personnages marquants de sa vie. « Les années » (publié chez Gallimard et qui vient d’être repris en Folio) n’échappe pas à cette autofiction, mais avec une ambition plus vaste, puisque le livre couvre toute l’ère d’une existence, de l’après-guerre à aujourd’hui.
Partant de quelques photos d’elle à différentes époques de sa vie et qui jalonnent son récit, l’auteure n’a cependant pas pour dessein de se raconter, mais bien de raconter une époque, de retrouver la mémoire collective dans une mémoire individuelle. Son autobiographie s’articule autour de moments qui font dates - 1968, 1981, la chute du mur de Berlin, le 11 septembre 2001, etc. - et de leurs répercussions à la fois dans sa vie intime et dans la vie de tous.
J’avoue que ce livre compte parmi ceux qui m’auront procuré le plus de plaisir depuis fort longtemps. Question de génération peut-être, puisque il s’agit d’une traversée d’une partie du siècle précédent correspondant à peu près à celle que j’ai effectuée, et qu’elle suscite chez moi bien des réminiscences…
J’aime ce livre pour la justesse des annotations, et l’art consommé de bien choisir les « marqueurs d’époque ». Pour provoquer l’immersion dans les images de la mémoire, la restitution des atmosphères, des arrière-pays, le réveil de tout un monde de connotations, de non-dits, qui caractérisent une période et par lesquels elle s’incarne.

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Marie-Ange Sébasti : « Presque une île »


Sans doute la Corse est-elle son centre de gravité et, si on l’en croit, « ailleurs n’existe pas ». Marie-Ange Sébasti (voir son portrait ici ) vit pourtant sur le continent, « dans le terrier de l’exil », loin de son altière beauté, mais on sent bien que c’est là qu’elle se ressource. Le petit livre que réédite (après La Marge en 1997) Colonna édition (1) avec une préface de Charles Juliet, est une célébration en une poignée de poèmes ramassés, proches du silence, d’un lieu sauvage et menacé dans son identité même par le béton, l’immobilier, le tourisme. Au point, « dépossédée de sa solitude », de n’être plus que « presque » une île…
Ces « territoires indociles » sont aussi intérieurs, car l’île « en forme d’aurore » renvoie à l’imaginaire. Elle est une forme du désir et de l’énergie vitale, « Prélude de bonté / Frappant aux portes entrouvertes / Et réveillant / Ceux qui chantaient juste / Et parlaient à propos ». Le vin peut y avoir un goût de sel, nous dit Marie-Ange Sébasti, car « il n’est pas interdit de vendanger / sur le terreau des naufrages ».
(1) (La maison bleue. Hameau San Benedetto. 20167 Alata. Site : www.editeur-corse.com)



Jean Follain : « Paris »


Publié pour la première fois en 1935 par Corréa, « Paris », , recueil de proses du poète de Canisy, a été réédité par les éditions Phébus avec une présentation de Gil Jouanard. Ce livre est une petite merveille. Follain, paraît-il, lui accordait une place centrale dans son œuvre. Tout ce qui fait la poétique de l’auteur d’ « Exister » , de « L’Épicerie d’Enfance » ou de « Usage du temps » est là il est vrai : une ironie tendre qui se joue du disparate, des énumérations de choses vues qui ouvrent à deux battants les portes de l’imaginaire, une nostalgie qui est manière de ruser avec le temps, la méticulosité du souvenir et du vocabulaire pour créer de l’irréalité au cœur même du monde le plus réaliste… Le Paris de Follain est celui des squares, des places, des rues, des terrasses de café et des pensions de famille… Le moindre détail peut y trouver des échos d’infini.
Mais son Paris est surtout celui des petites gens, qu’il croque avec malice. Et avec quel style ! Ces tableaux, tout de juxtapositions inattendues, trouvent vite en nous de secrètes résonances. Chez Follain, la sensualité mêle tous les registres. Quant ce n’est pas l’histoire qui s’invite en de saisissants raccourcis. Ses proses comme ses poèmes finissent par communiquer une sorte de vertige métaphysique : l’infini, avec le mystère du temps, est là, dans le moindre objet, le moindre geste, le plus discret des clins d’œil innombrables du quotidien.



« Pas de travail qui vaille » Recueil de dix nouvelles.


Ce recueil de nouvelles est le fruit d’une collaboration entre les éditions de l’Atelier du Gué (éditeur de la fameuse revue « Brèves ») et des étudiants de la non moins fameuse École Estienne (du Diplôme de Métiers d’art en Illustration et en Typographisme et du BTS Editions). Le temps d’un livre, les étudiants se sont donc investis dans la lecture et le choix des textes, leurs illustrations, et la mise en page de l’ensemble.
Un thème, celui du travail dans ce qu’il a de plus déshumanisant, est le fil rouge de cet ouvrage dont dix auteurs justifient chacun à sa manière le titre : « Pas de travail qui vaille » . Du cruel « Changement de look » que Georges Flipo fait subir à une employée modeste dont l’identité vacille sous la pression d’une quelconque « conseillère en image » au « Monde presque insupportable », celui que Guy Chaty nous dépeint confisqué par les experts, en passant par le sourire figé des caissières en colère dans « Sbam » de Michel Calonne, le radical refus de collaborer au système et de prêter « main forte » de Fabrice Marzuolo, les sacrifices consentis au nom de la réussite professionnelle (« Comité stratégique »), l’anticipation post-industrielle de Dany Grard (« Gardien d’usine »), le monologue d’un routier pas sympa (« Chez Jiji » de Jean Pézennec), le compte à « rebours » du licencié candidat au suicide de Franck Garot, où encore les textes de Lika Spitzer et François Teyssandier, ce petit livre grinçant constitue un témoignage hélas plutôt fidèle de ce qu’est l’aliénation moderne au et par le travail ! Les illustrations sont évidemment à la hauteur avec de tels collaborateurs. Bref, on ose à peine le dire, mais c’est... du beau travail !
(Co-édition Atelier du Gué – Ecole Estienne. 96 pages. 14 euros. ISBN 9782913589629)



Anthologie « La Femme est un songe »


Vingt auteurs ont été rassemblés par Yoland Simon, maître d’œuvre et préfacier de cette anthologie qui – son titre l’indique – s’inscrit dans la thématique d’un Printemps des poètes 2010 « couleur femme ». Je ne vais pas citer tous les auteurs (j’ai le bonheur d’en être) qui évoquent ici nos compagnes sur des modes très variés, du poème de quelques vers de François David ou Daniel Collin, aux poèmes en prose de Jean-Claude Martin. Sachez néanmoins que deux femmes, c’est bien le moins, y ont trouvé place (Claude Ber et Denise Desautels) parmi de nombreux auteurs normands (Jean Rivet, Daniel Lefevre, J-C. Tardif, Guy Allix, etc.) mais aussi des Occitans comme Gaston Puel. On y relira un François de Cornière qui, hélas, ne publie plus depuis une décennie, ou deux poèmes de Christian Dorrière, décédé en 2002, ainsi qu’une belle suite de Loïc Herry, qui nous a quittés en 1994 à 36 ans, laissant une œuvre quasi inédite.
Des notices bio-bibliographiques viennent clore cet ouvrage de 134 pages, de belle facture.
(Editions de l’Aiguille. 21, rue Notre Dame. 76790 Etretat.) 14 euros.



Encres Vives : « Hommage à Jean-Max Tixier »


« Voilà près d’un demi-siècle que duraient nos joutes tranquilles et nos plaisanteries douteuses. La dernière n’est pas la meilleure », ainsi Jacques Lovichi conclut-il son hommage à Jean-Max Tixier, qui nous a quittés en septembre dernier. Salut d’un vieux compagnon, qui se mêle à tous ceux des amis, dans le numéro spécial (378e) que la revu Encres vives consacre à ce poète incontournable (lire ici portraits et articles critiques).
Michel Cosem, lui, raconte justement comment a débuté la longue collaboration de Jean-Max Tixier avec la revue Encres Vives qu’il dirige. Beaucoup ont donné un poème (Max Alhau, Yves Broussard, Michel Dugué, André Ughetto, Jean-Claude Villain), proposé un éclairage (Jacques Ancet, Chantal Danjou, Pierre Dhainaut, Charles Dobzynski, Gilles Lades, Daniel Lewers, Jean Orizet, Marcel Migozzi), d’autres évoquent des souvenirs (Bernard Mazo, Jean Billaud, Sylvestre Clancier, Joëlle Gardes, Raymond Jean, Jean Joubert, Robert Sabatier, Gisèle Sans, J-C. Tardif) dans cet émouvant ensemble de témoignages réunis par Jacques Basse, qui signe le portrait ornant la couverture.
(Encres Vives. 2, allées des Allobroges. 31770 Colomiers. 6,10 euros)



Régine Ha-Minh-Tu : « Revers d’encre »


Je l’avais accueillie dans Texture « papier », elle se nommait alors Régine Penack et habitait à Berlin. Aujourd’hui, Régine Ha-Minh-Tu, qui est née en 1956 et a des origines vietnamienne et française, vit à Toulouse où elle évolue dans le monde des archives et des bibliothèques. Mais elle continue de voyager, notamment Outre-Rhin où vit sa fille.
Elle a publié en revues (Froissart, Décharge, Traces, Estuaire, Bulle, etc.), et fait éditer six recueils, notamment chez Traces ( « Le Sandre » en 1997). Elle figure également dans l’anthologie bilingue « Les fêtes de la vie » publiée en Allemagne par Rüdiger Fischer et ses éditions Verlag im Wald. Michel Cosem vient enfin de publier « Revers d’encre » qui constitue le 376e volume des éditions Encres Vives.
Maisons oubliées ou cachées sous les frondaisons, gares désaffectées et rails enfouis sous les herbes, jardins abandonnés à leur poésie sont autant de parenthèses dans le cours du temps (« les chemins enterrent peu à peu / les petites histoires avec leurs petits mots ») - thème principal de la première partie, aux couleurs d’automne qui vient.
La seconde partie est constituée de poèmes plus brefs où l’annonce du printemps invite à « saisir l’instant » et « les églantines (qui) s’envolent avec les étincelles » des feux de la Saint-Jean. Autant de petites célébrations qui frémissent cependant d’une inquiétude latente et d’une discrète nostalgie.

(Encres Vives. Michel Cosem. 2, allées des Allobroges. 31770 Colomiers. 10 euros)



Joëlle Cuvilliez : « La colère de la montagne au petit matin »


Ce court roman en forme de long monologue nous fait cheminer avec Fathi, jeune Tunisien de vingt ans, sur les chemins de traverse de son quotidien et de ses rêves de départ, d’immigration pour la France.
Dans un style nerveux ne négligeant pas l’humour, Joëlle Cuvilliez, qui connait bien les lieux dont elle parle (elle a été professeur d’arabe en Tunisie et journaliste en banlieue parisienne), donne de la vie au monde intérieur de son jeune héros, victime d’un père facho, et qui oscille entre espoirs naïfs et révolte contre sa condition. En dépit de son insistance à truffer son monologue d’expressions arabes qui tourne à la manie, Joëlle Cuvilliez nous livre 100 pages de bonheur de lecture, dans une approche amusée, attendrie et un peu critique d’un jeune ne parvenant pas à se trouver dans sa vie amochée, portant sur ses épaules tout le poids des archaïsmes religieux et d’une société qui ne trouve pas le chemin de la modernité.
(Editions Rhubarbes. 106 pages. 10 euros)



Christian Authier : « Enterrement de vie de garçon »


Avec « Enterrement de vie de garçon », Christian Authier signait chez Stock en 2004 son premier roman, qui vient d’être repris en poche (J’ai Lu). Il y tient la chronique de la vie d’un potache né en 1969, puis de l’étudiant qu’il devient à Toulouse, avec le style affûté et cette distance amusée qui constitua quelques décennies plus tôt la marque des « Hussards » (Christian Authier a d’ailleurs reçu le prix Roger Nimier en 2006 pour un autre roman, « Les liens défaits » ).
Entre autres, Christian Authier raconte ici son amitié avec Eric, qu’il a rencontré au lycée, et avec lequel il partage une folle passion pour le cinéma. Mais Éric est cette silhouette à la canne qui sert de fil rouge au récit : un jeune malade que l’auteur accompagne, avec sensibilité mais sans pathos, jusqu’à sa mort sept ans plus tard. Avec légèreté, élégance, gravité parfois, se tournent ainsi les pages de la jeunesse, celle de quelques adolescents, de leurs rires et de leurs larmes, à la fin des années Mitterrand.

(j’ai Lu. 96 pages. 4.20 euros)




Éric Maneval : « Retour à la nuit »


Musicien, critique et veilleur de nuit, Eric Maneval signe son deuxième polar, « Retour à la nuit », un roman d’angoisse court et incisif. Éric Maneval est né à Annonay le 25 janvier 1967. Il a voué sa jeunesse au canoé kayak et au basket ball. Après mille emplois peu rémunérés, il s’est fixé à Marseille où il est veilleur de nuit. Il est aussi musicien. Il amasse de façon pathologique des caisses de romans policiers, écrit moult critiques (sur divers forums internet, et sous plusieurs pseudos) et anime un blog dédié au polar : Noir bazar
.
J’ai rencontré Éric Maneval à Cognac, où son deuxième roman, « Retour à la nuit », avait été sélectionné, comme le mien, pour le prix Intramuros. Nous sommes allés ensemble en centrale, à l’ïle de Ré, et en maison d’arrêt à Saintes, pour rencontrer des détenus qui avaient apprécié nos romans. J’ai bien aimé son dialogue avec eux et nos discussions dans la voiture, au retour, et j’avais envie de lire son polar.

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Eric Maneval
(photo Gérard Manuel)

Comme son personnage principal, Antoine, Éric Maneval est veilleur de nuit dans un foyer social et côtoie donc en permanence des jeunes en difficulté. Il connait leurs travers et leurs fragilités. Ses dialogues sont évidemment justes et donnent de la force à ce bouquin rapide (120 pages), au style incisif, qui se moque assez des canons du genre. Son serial killer, « le découpeur », n’est d’ailleurs pas vraiment orthodoxe puisqu’il a sauvé la vie du héros lorsqu’il était gamin ! Quant à la fin, elle reste ouverte (trop à mon goût).
Mais entre la chute d’un enfant dans une rivière en crue (geste qui reste à interpréter) du côté de Limoges et, 25 ans plus tard, l’incarcération de l’adulte qu’il est devenu sous l’inculpation fallacieuse d’assassinat, on ne lâche guère prise. Comme Antoine, on se pose des questions sur l’identité des uns et des autres et les tours que peut jouer la mémoire : ainsi le doute s’installe-t-il et Antoine ne sait plus s’il a été agressé ou sauvé… C’est rapide, sans fioritures ni concessions aux modes qui rendent certains polars insipides et ressemblants. Pour une deuxième publication, je trouve à ce « roman d’angoisse » réussi un ton original.

Éric Maneval : « Retour à la nuit ». Éditions Écorce. (124 pages. 12 €. ISBN 978-2-9535417-0-0)

Michel Baglin



Lire aussi :

Mes lectures 2011


vendredi 17 décembre 2010, par Michel Baglin

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Derniers reçus

J’ai reçu de très nombreux recueils ces derniers temps et n’ai plus le temps de rédiger de véritables critiques. Je tiens cependant à les signaler :

Isabelle Lévesque : « D’ici le soir » et « La Reverdie »



Née en 1967 en Normandie, Isabelle Lévesque a publié son premier recueil chez Michel Cosem, à « Encres Vives » (2, allées des Allobroges. 31770 Colomiers), après que des poèmes ont paru en 2009 dans les revues « Friches » et « L’arbre à paroles. ». « D’ici le soir » crée ce vertige du temps dans « l’espace outré » de chaque adverbe : « Enfin / Est-ce toujours rejoint ? ». Et ailleurs : « Où est naguère dans le présent / Loin dans l’espace ou dans le temps ? »
La perte, la fuite, le deuil… et la mémoire en face. Seuls les mots résistent. Avec nous, pour nous. C’est ce que je crois entendre dans ces poèmes.
« La Reverdie ».
Son deuxième recueil vient de paraître chez le même éditeur sous le titre « la Reverdie » : les poèmes sensuels (le « poème exulte ») y évoquent une renaissance par l’autre, le cœur dans sa reconquête : « Vivre en tenant verte feuille ». (16 pages. 6.10 €)



Bernadette Throo : « En nos destins de vents contraires »
Je retrouve dans cette mince plaquette la voix sans fioriture, mais pénétrante par son humanité et sa justesse de ton, d’une poétesse, Bernadette Throo, qui ne se leurre jamais et assure que « nos œuvres les plus vives / la nuit les vide ». Cette voix simple, jamais simpliste, m’émeut, qu’elle s’émerveille d’avoir « de l’avril sous les paupières » ou, plus sombrement, fasse de l’anachronisme une source de partage de l’émotion comme lorsqu’elle avoue : « Le monde dont je tiens ma substance et ma forme / le monde auquel je tiens / par toutes mes fibres de chair et d’âme / c’est à la vitesse d’un TGV / qu’il est emporté dans la nuit. / Seuls de très chenus / - mes pareils - / retournent encore / y vivre en songe. »
Comme elle a raison, Bernadette Throo, de répéter que la poésie n’est pas un beau livre d’images, mais « ce qui vous tient éveillé / les yeux rouges, / qui vous taraude, qui vous mord. » !

(Airelles éd. 4 euros)

Jean Pierre Védrines : « Corps de Rimbaud. Carnets de Djami »

Né en 1942 dans l’Hérault, Jean Pierre Védrines est poète, auteur de nouvelles et de romans, animateur de la revue « Souffles ». L’éditeur Le bruit des autres vient de publier « Corps de Rimbaud. Carnets de Djami » où il imagine que Djami, serviteur de Rimbaud en Abyssinie, accompagne le malade vers la France. Ce carnet fictif relate ses derniers jours, après l’arrivée à Marseille et l’amputation, jusqu’à sa mort le 10 novembre 1891. Hallucinations, souvenirs du Harar mais aussi d’un certain Paul Verlaine, train de nuit et souffrances peuplent ces pages. (70 pages. 10 euros. ISBN 978-2-35652-031-9)

James Sacré « Tissus mis par terre et dans le vent »

« Que fait le poème devant le tissu du monde, devant des photos qui ont vu ce monde ? » Cette double question, les poèmes de ce recueil n’y répondent pas vraiment, sans doute, mais ils l’illustrent et la démultiplient.
Pour la deuxième fois, James Sacré travaille en écho des photographies de Bernard Abadie. Il s’agit de linge et l’on est, là encore, dans un registre souvent fréquenté par l’auteur de « Si peu de terre, tout » (le Dé Bleu). S’il interroge les rapports possibles entre poème et image, ces questions « ne sont rien probablement qu’un motif particulier à ma façon d’écrire », reconnaît James Sacré. Le vrai rapport qu’il ne cesse en fait de questionner est celui des mots et des choses, ce besoin d’écrire sur le monde et sur l’enfance, pour les regagner et les perdre d’un même mouvement. Somme toute, « les mots s’échinent à rattraper (…) ce qu’à la fois les photos taisent et disent ». (Le Castor Astral. 86 pages. 13 euros)

Michel Piquemal : « La neige vive »


Michel Piquemal, parolier, scénariste (BD et TV) est aussi auteur pour la jeunesse et éditeur (les carnets de sagesse chez Albin Michel). Il propose, illustré par Nathalie Novi, un album poétique, « La neige vive » chez Didier jeunesse éditeur. Il y raconte un moment fondateur de toute enfance : la découverte de la neige. C’est ici un enfant malade que ses frères et sa mère conduisent au jardin vers l’émerveillement et la découverte de la force des liens familiaux. Émouvant. (36 pages. 14 euros. ISBN : 978-2-278-06240-9 )

Etienne Paulin : « Tuf, toc ».

Coéditée par les éditions Gros Textes et la revue de poésie Décharge dont ses recueils constituent des suppléments, la collection « Polder » en est à son 145e numéro ! Une belle longévité, et bien des auteurs découverts ! Je viens d’y lire « Tuf, toc » d’Etienne Paulin, un jeune poète né en 1977, qu’on trouve aussi au sommaire d’Arpa, N4728, Poésie/première, etc. Textes étranges, loufoques, surréalistes, ironiques, désabusés ou critiques (tout est commerce dans la ville morne…) avec ici et là des touches de gravité (peindre la mélancolie), d’onirisme, d’humour plus ou moins noir. On pense à Supervielle, évoqué, à Max Jacob, pour la fantaisie, à Prévert pour l’invention de personnages poétiques. J’aime bien, aussi, les illustrations de Julien Malardenti. (50 pages, 6 euros. Voir : www.dechargelarevue.com)

Evelyne Morin : « Un retour plus loin ».
Ce recueil n’est pas tout récent puisque publié par Jacques Brémond (avec une encre de Marc Pessin) en 2007, Mais Evelyne Morin vient de me l’adresser pour l’échange et j’y retrouve une voix souvent croisée depuis son premier recueil édité en 1975. Elle a des accents tragiques ici. « Et nous n’avons pu les retenir » : poèmes graves qui évoquent la mort comme promesse sourde et celle advenue, les défunts, les siens (« Tu t’es arrêté sur image et je reste avec la pellicule inachevée d’un film »), ceux de l’histoire (les mères de la place de Mai, par exemple, mais aussi tous les charniers de la guerre), et toutes formes de deuil. « Si petites sont nos morts / qu’elles ont déserté jusqu’au silence des mots ». Énigmatique et sombre, la poésie, quand « l’obscur obstrue les mots ». (70 pages. 18 €)

Revue « Lieux d’être » : Pour le plaisir. Sous le titre « Pour le plaisir », la revue Lieux d’Être (lire ici) qui fête ses 25 années d’existence, réunit dans son numéro 49 un sacré florilège d’auteurs, parmi lesquels Denise Borias, Chantal Dupuy-Dunier, Sylvie Fabre G., Jean-François Mathé, Alain Freixe, Pierre Dhainaut, Dominique Sampiero, Jean Joubert, Jean-Pierre Thuillat, Jean-Claude Dubois, Christian Viguié, Jean-Marie Barnaud et beaucoup d’autres. Un vrai régal, en effet !


Les œuvres graphiques (toiles, collages) de Régis Lacomblez occupent le cœur de la revue. Viennent ensuite une étude de michel Ménaché sur René Depestre, une présentation et des poèmes de Paul André et des notes de lecture.

Et aussi...

Jacques Morin :
« Contrefeuilles »


Laurent Mauvignier « Loin d’eux ».


Lire ici

Gilles Sicard : « Le poirier du Pech »


Christophe Guillaumot : « Chasses à l’homme »


Éric Maneval :
« Retour à la nuit »


Lire ici

Jean-Claude Martin :
« Tourner la page ».



Odile Caradec :
« Le sang, cavalier rouge »


Jean-Pierre Brèthes :
« D’un auteur l’autre »


Patrice Angibaud :
« Tant perdu »

Gros textes éd.


Lire ici

Georges Navel :
« Travaux »

Christian Saint-Paul :
« Hodié mihi, cras tibi »

Encres Vives éd.

Lire ici

Jean-Claude Tardif : « Les jours père »

éditions « Le temps qu’il fait »

Lire ici

Luce Guilbaud : « Feuillée de verts avec retouches »

Lire ici la critique et le portait de l’auteur.

Laurent Mauvignier : « Des hommes »

Lire le compte rendu.

Guy Goffette :
« Presque’elles »

Lire ici.

Georges Cathalo :
« Noms communs, deuxième vague »

Revue Décharge

Louis Dubost, Ph-M Bernadou

Lire ici la présentation du n° 144

« Herbier des jours »
de Progreso Marin

(Editions N&B. 92 pages. 12 euros)


Lire ici

Thierry Jonquet : « La Bête et la Belle »


Lire ici

Ile Eniger :
« Un violon sur la mer »



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