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Jean-Louis Clarac

« Passages au jardin »

Jean-Louis Clarac est un amoureux du jardinage, comme en témoigne son dernier recueil, « Passages au jardin », qui lui a valu le Prix Troubadours 2010 décerné tous les deux ans (années paires), au mois de mars, par la revue Friches, Cahiers de Poésie Verte. C’est d’ailleurs dans le numéro 105 de cette revue que vient de paraître le recueil.

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Jean-Louis Clarac en son jardin d’Aurillac
Photo Michel Baglin

Le jardin n’est pas donné, nous dit Jean-Louis Clarac, et « se dérobe au regard », même « s’il s’offre peut-être au langage ». C’est donc à sa conquête que part le poète en passant par le charroi de sa mémoire, car « le jardin est rémanence de tout ce que l’homme a imaginé, conçu, réalisé. »
Pour ma part, j’aime beaucoup cette brouette qui « glousse » en traversant le recueil avec « le poids des richesses emportées », ou cet arrosoir pris dans le maillage des fils d’araignées…
Au jardin, où tous les sens sont en attente, l’approche est forcément sensuelle. Du « blanc surlignement des choses » en hiver (quand on habite Aurillac, on a tout loisir de contempler les paysages enneigés !) à la fraicheur des mottes émiettées, on s’ancre et se nourrit de « la beauté ordinaire de l’instant ».
Faire pousser des mots comme on le fait des fleurs ou des légumes : la tentation est grande de filler la métaphore et Jean-Louis Clarac avoue se risquer « au passage de la friche au poème ». Francis Ponge passe furtivement dans les allées à l’évocation des choses et du parti pris de leur donner la parole.
Il me semble que Jean-Louis Clarac est en quête de ce dialogue, mots et choses se répondant. Car au jardin, on apprend aussi à « écouter la langue dans ses murmures de feuilles »

Michel Baglin



« Vers les confins »

Poèmes de marcheur, ouvert sur les paysages alpins, qui cheminent sur les crêtes et dans les éboulis, « en étrange pays », « entre imaginaire et réel », en lisières donc. Ainsi peut s’entendre le titre, « vers les confins » , sachant qu’il s’agit aussi du hameau de Confine, dans les Alpes italiennes. Cette proximité de la frontière éveille maints échos. On y évoque ainsi « La-bas un Giono / loin d’ici sur l’autre versant / (qui) sut chanter ces hommes sans terre / partis en quête de travail et de paix / pour que le soleil soit plus facile à vivre. » Et l’on y attend les « estivales festives (qui) effaceront les frontières ». On le voit, le paysage, âpre souvent, est bien peuplé, les hommes jouant de leurs traces vicinales pour tresser « le réseau fraternel des traverses ludiques ». Aux confins, les pistes se brouillent, « l’arrière-pays des uns est l’avant-monde des autres », mais subsiste un sentiment diffus de fraternité humaine.
Quelque chose est pourtant silencieux dans ces poèmes denses qui louent le monde, sa beauté et sa rudesse, peut-être parce qu’on y pressent toujours une distance entre les mots et les choses et comme une difficulté à habiter cette nature indifférente. Quand « une murette délimite l’infini », on est bien, plus que dans le paradoxe, dans les confins et l’on ne sait plus « distinguer le dehors du dedans » ; il y a là une « clôture déclose où le rien joint le tout ». Ainsi Jean-Louis Clarac dit-il le vertige du marcheur et l’étonnement des vivants. Non, «  la marche n’épuise pas la séparation », car nous restons « étrangers au territoire », ce qui n’interdit ni les enchantements ni l’ivresse. Et au-delà de la beauté des choses et des sentes rocailleuses, ce qui importe tient à ces « quelques lieux habitables / Le parage des mots /Les regards échangés / Les gestes partagés ».
Ce recueil très soigneusement imprimé par les éditions Encre et lumière (30260 Cannes et Clairan. Jc.bernard@encreetlimiere.org ) est illustré d’encres délicates de Claude Barrère. Il a obtenu le Grand prix de la ville de Béziers.

(62 pages. 20 euros)

Jean-Louis Clarac vient également de faire paraître « Lignes de Crète Fond d’Egée » aux éditions Encres Vives.



vendredi 12 novembre 2010, par Michel Baglin

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Jean-Louis Clarac
« Passages au jardin »

Friches, Cahiers de Poésie verte


Le numéro 105 : 11 euros



Des poèmes choisis dans les recueils des six autres nominés sont publiés à la suite de ceux du lauréat : Thomas Duranteau, Juliette Esperou, Isabelle Levesque, Martine Morillon-Carreau, Ludmilla Podkosova, Patrick Werstink.

Jean-Louis Clarac

Jean-Louis Clarac est né à Limoux en 1951, dans la rigole des Corbières. Il vit à Aurillac, au pied du volcan. Il est le compagnon de Françoise Cuxac, plasticienne.
Marqué par l’œuvre de René Nelli , il est membre du comité des éditions Encres Vives où il a dirigé des numéros spéciaux sur Joseph Delteil (1894–1978) et Joë Bousquet (1897–1950).
Il a publié une quinzaine de titres dont récemment « Laisses brisées » (Encres Vives, 2003), « Laisses levées » (Encres Vives, 2005), « Dans les traces » (à la rêveuse matière, 2005), « Lisières » (à la rêveuse matière, 2007, CD audio, avec le musicien Daniel Coste), Numéro Spécial Jean-Louis Clarac (Encres Vives, 2008). (Voir également la poéthèque du Printemps des Poètes)
Il est aussi l’infatigable animateur des Moments Poétiques d’Aurillac, soutenus par la Municipalité et le Théâtre de cette ville (voir ci-dessous).


« Les Moments poétiques d’Aurillac »

En 2005 Jean-Louis Clarac, au nom de l’Association La Porte des Poètes, proposait à Jean-Paul Peuch, le directeur du théâtre d’Aurillac, un projet de rencontre avec les poètes auquel il donna le nom de « Les Moments poétiques d’Aurillac ». Avec pour objectif d’inscrire la poésie contemporaine dans l’espace de la ville en proposant des rencontres entre les poètes vivants dont l’œuvre est en cours et le public. Dorénavant un partenariat La Porte des Poètes - Ville d’Aurillac est mis en place. Ces rencontres se déroulent le mardi, de 18h30 à 20 heures et réunissent deux poètes.
Renseignements : jl.clarac@libertysurf.fr ou tel : 04 71 64 87 44



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