Retour à l’accueil > Auteurs > CERNOIS Sylviane > « Pavillon Verlaine, chambre 102 »

Sylviane Cernois

« Pavillon Verlaine, chambre 102 »

Sylviane Cernois vient d’obtenir le prix Max-Pol Fouchet 2011 pour son recueil « Pavillon Verlaine, chambre 102 ». Préfacé par Werner Lambersy, il est publié par le Castor Astral éd.


Sylviane Cernois vient d’obtenir le prix Max-Pol Fouchet 2011 pour son recueil « Pavillon Verlaine, chambre 102 » . Une poésie polysémique, qui mêle les figures féminines, Clara, Léa, Mira, Jeannine, etc. parmi lesquelles celle de la mère douloureuse est très prégnante. « J’ai eu envie de perdre le lecteur sur ce chemin si escarpé de l’angoisse dont l’objet reste inconnu », écrit l’auteure à Guy Rouquet, président de l’Atelier Imaginaire, dans une lettre-postface.
D’où parle le poème ? : la question s’impose tant il semble sourdre ici de la part obscure et suffocante des « abîmés » de la vie et de l’enfance, voire de l’Histoire. Werner Lambersy, dans sa préface évoque un « chemin vers le chant » et cette « opération alchimique du mot » par laquelle « le plomb de la douleur, de la mémoire et de la solitude redevient de l’or, dans la chorale universelle d’un verbe qui rend aux corps et aux âmes la révélation, essentielle et pourtant inexprimable, de l’incroyable fait d’être en vie ».

Ce qui est voué à être tu

Oui, le chant est au bout de la nuit. Ce voyage sans pathos, sans épanchements – d’un lyrisme qui se manifeste tantôt dans un éclatement de la phrase, tantôt se coule dans un phrasé sensuel, fait d’images mélancoliques et parfois crues et de chuchotements – mêle personnages, paysages, lieux et époques. Mais lentement s’esquissent des histoires, se dessinent des itinéraires. On aboutit à ces « os empilés dans des fosses » et à ces « peaux qui serviront d’abat-jour » évoquant bien sûr les camps d’extermination, les chambres à gaz. Avec un retour « Hôpital Sainte-Anne, Pavillon Verlaine, bâillonnée par la peur ».
Oui, la poésie doit traverser ce silence, vaincre ce bâillon. Voilà d’où parle le poème. « A mon avis, le poème dit ce qui normalement est voué à être tu », affirme encore l’auteure, qui précise : « en ce sens le poème s’éloigne de l’éloquence pour se faire plus proche du silence et du cri. Il lâche et retient, dit et ne dit pas. Il est l’entre-deux-mers. »
Pas de « happening biographique », même si le vécu traverse les lignes, et si les lignes creusent une douleur toujours à vif. Les éléments, la mer du Nord par exemple, sont convoqués sur la toile, mais c’est le pavillon psychiatrique qui tisse le paysage intime. « S’ouvrir à la mer d’où surgit le spectre maternel, celui de la folie qui hante le poème lui-même coulant longuement. » Il s’agit de faire face avec les mots. Toujours dire, pour demeurer vivant.

Michel Baglin


Lire aussi :

D’autres lectures de Michel Baglin

samedi 26 novembre 2011, par Michel Baglin

Remonter en haut de la page

__degrade.png__

Sylviane Cernois
« Pavillon Verlaine, chambre 102 »


Le Castor Astral éd.
(110 pages. 12 euros)

Sylviane Cernois


Sylviane Cernois est née le 4 septembre 1955 à Chablis. Elle habite aujourd’hui dans le Gers où elle anime des ateliers d’écriture.
Sylviane Cernois est aussi l’auteure de :

« Geste » suivi de « Rosaire », éditions L’Arrière-Pays, 2001
« Le Chemin du Foulon », Editions de l’Arbre, 2002
« Le soupir des mains », Editions de l’Arbre, 2005
« Liens d’enfance » (I), Editions Encres vives
« Liens d’enfance » (II) suivi de « Stabat Mater », Editions Encres vives.

-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0