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Manières d’approches (3)

Poète n’est pas un métier !

Depuis pas mal d’années, je rédige de temps à autres de courts textes (moins de deux feuillets) qui sont souvent des billets d’humeur en réaction à l’actualité ou, s’appuyant sur quelques riens du quotidien, qui tentent de m’aider à voir plus clair dans des domaines qui me sont chers. Ces « manières d’approches » se retrouvent parfois dans certains de mes livres, j’en propose d’autres ici, de façon plus aléatoire.

Aujourd’hui, c’est le poète et chanteur Guy Allix qui est ma "source" de réflexions...



Dans une réunion organisée il y a quelques années par Attac pour la défense de la culture, nous étions quelques militants à échanger des avis plus ou moins nuancés sur la meilleure façon de promouvoir la littérature. La « vraie », bien sûr – je laisse imaginer les débats autour de sa définition ! – la « fausse » semblant toutefois plus facile à identifier par sa vénalité…
Un jeune poète prit à un moment la parole pour revendiquer un droit à un salaire pour tous ceux qui désiraient consacrer leur temps à l’écriture. On lui parla des bourses existantes, des résidences d’auteur, toutes formules exigeant cependant d’avoir déjà fait ses preuves par une publication. Ce qui le chagrina beaucoup et même, à dire vrai, lui mit les nerfs en pelote. Le futur écrivain à besoin de subsides aujourd’hui ! protestait-il. Et pas dans un avenir que la perspective de son succès et de ses droits d’auteur lui laissait imaginer confortable ! Pour lui mettre « le pied à l’encrier », la société se devait en quelque sorte de rémunérer son désir et ses tâtonnements.
Les uns et les autres eurent beau tenter de tempérer les ardeurs naïves du réformateur en arguant du fait que l’intention ne peut suffire, il n’en démordit pas et voulut qu’on enregistre sa proposition, selon lui audacieuse certes, mais novatrice. Son arrogance m’agaçait et j’ai fini par lui lancer que « poète » n’était pas un métier et que, par bonheur, la poésie ne nourrissait pas encore son homme ! Il fut consterné et d’autres, dans l’assistance, je crois, un peu gênés.

Le poète et chanteur Guy Allix me remet cette anecdote en mémoire en s’en prenant sur son blog (voir ici) au poète qui « s’est fait marchand » et consacre moins sa vie à la poésie qu’à son « immense ego », en jouant le jeu bien compromettant de la société du spectacle.
Si les aides sous la forme de résidences, de bourses, voire d’ateliers d’écriture, sont utiles, sinon indispensables dans un tel domaine, si les subventions sans lesquelles bien des activités artistiques seraient impossibles sont souhaitables et s’il paraît tout aussi légitime qu’un auteur reçoive une part – fût-elle au final dérisoire – du prix payé par l’acheteur d’un livre, je comprends néanmoins l’agacement de Guy Allix. Et je partage sa conviction que la poésie vaut foncièrement par sa gratuité !
Car s’il est une spécificité de la poésie, c’est d’être ce mode d’utilisation du langage développé par les humains non pour informer, vendre, ou ordonner, mais seulement pour tenter un échange intime d’émotions. Tous les arts reposent sur cet effort de communication non-utilitaire et non-vénielle, et la poésie est un peu leur dénominateur commun : le moment du partage pour le partage.
Viennent ensuite la littérature et le commerce…

Michel Baglin



mardi 11 novembre 2014, par Michel Baglin

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