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Marie-Claire Bancquart

Présentation de l’anthologie
« Ton monde est le mien »

39 poètes contemporains réunis par l’Atelier Imaginaire

Une anthologie réunissant 39 poètes contemporains sous le titre « Ton monde est le mien », vient de paraître au Castor Astral. Marie-Claire Bancquart, romancière et poète, l’a présentée au public lors de la remise du prix Prométhée. Elle a bien voulu accéder à ma demande de mettre en ligne sur Texture son intervention.

Faute d’un enthousiasme suffisant à la lecture des manuscrits, le jury du prix de poésie Max-Pol Fouchet, réuni à Paris en juin dernier, a choisi, pour la première fois de son histoire, de ne pas attribuer le prix cette année.
Guy Rouquet et l’association de L’Atelier Imaginaire qu’il anime et qui organise le prix (ainsi que le prix Prométhée de la nouvelle) ont voulu cependant que la poésie reste présente en 2009 dans leur action et lors des manifestations de la Quinzaine littéraire et artistique d’octobre à Lourdes et Tarbes. Aussi ont-ils décidé de la publication d’une anthologie, regroupant des poèmes inédits des membres du jury et de quelques anciens lauréats. Soit 39 poètes contemporains, réunis sous le titre « Ton monde est le mien », emprunté à un hémistiche de « Femme de nuit et d’aube » de Max-Pol Fouchet. Le recueil est publié par le Castor Astral et préfacé par Guy Rouquet.
Lors de la Quinzaine littéraire et de la remis du prix Prométhée, Marie-Claire Bancquart, présentant au public cette anthologie, en a parfaitement défini le contenu et le sens. Je lui ai demandé l’autorisation de reproduire cette riche intervention, qu’elle m’a accordée, ce dont je la remercie avec gratitude. La voici donc, ci-dessous (les intertitres sont de mon fait).

Présentation de Marie-Claire Bancquart


Au nom de tous ceux qui ont contribué à cette anthologie, je voudrais remercier Guy Rouquet, qui, bien que le prix n’ait pas été décerné cette année, a voulu que la poésie soit représentée aux journées 2009 de l’Atelier Imaginaire par ce livre qui permet de goûter à plusieurs façons d’écrire, rapidement certes, mais en ouvrant déjà le lecteur à des impressions, des préférences, des découvertes. Et remercier l’éditeur Jean-Yves Reuzeau d’avoir assumé une tâche plus lourde que celle de mener le recueil d’un seul auteur. Il est notable aussi que tous deux , en participant eux-mêmes comme poètes à cette anthologie, aient accepté de se placer dans son cercle amical.
Ce cercle est des plus larges : il est formé de trente-neuf poètes, le plus âgé né en 1914, le plus jeune en 1977. Or, un poète, avec sa sensibilité et ses références, demeure, même s’il fait partie d’un groupe, un « chat qui s’en va tout seul » : il n’est qu’à constater la disparité des voix dans le très structuré groupe surréaliste. Notre groupe, lui, n’est pas fondé sur des théories poétiques, mais sur une commune sympathie pour l’action et l’œuvre de Max-Pol Fouchet , qui n’exclut pas des pratiques diverses de la poésie, et même l’implique. Alors, comment présenter trente-neuf chats qui s’en vont tout seuls ?

Accessible à tout lecteur

Il est quand même des caractéristiques communes à cette anthologie, que je voudrais essayer de dégager.
La première, c’est qu’elle est accessible à tout lecteur de bon vouloir et de quelque culture, si divers que soient les modes d’expression choisis par les uns et les autres : poème en prose, comme chez Philippe Veyrunes, versets chez Pierre Oster, élan épique chez Guy Rouquet. Le vers libre, chez d’autres, se présente de diverses manières : court et claquant chez Anise Koltz, plus long chez Jean-Philippe Carlot. A chacun sa forme. Non plus, comme jadis, l’usage imposé de rimes et d’une rythmique. Non plus le mouvement poétique qui, vers le milieu et la fin du vingtième siècle, sous l’influence du structuralisme, s’intéressait surtout à montrer sa trame linguistique : jeux sur les mots, interrogations sur sa propre validité. Il fut utile en refusant des élans trop lyriques, trop peu contrôlés ; mais il ne parlait guère au lecteur ; il s’enfermait dans des formalismes.
Le recours actuel à une expression moins tendue d’une part, ignorant d’autre part les anciennes contraintes, ne signifie pas du tout une écriture du « n’importe quoi ». Il faut que chacun trouve sa rythmique, sa respiration propre, aussi particulière que son ADN - et le moyen de la traduire en mots, prose ou vers. Que d’hésitations, comme le montre Bernard Mazo, sur la longueur de tel vers, sur les silences, sur le choix d’un mot, sur l’emploi ou non d’une ponctuation !
Cette rythmique vient de l’intime du corps autant que des cultures. Il y aurait même beaucoup à chercher, chez les francophones venus d’ailleurs et d’une autre langue, sur la part qu’y prennent leurs rythmes premiers : le kurde chez Seymus Dagtekin, l’arabe chez Abdelkader Djemaï ou Vénus Khoury-Ghata, le chilien pour Luis Mizon, sans parler des bilingues Anise Koltz, Werner Lambersy… On aimerait pour chacun d’eux cet approfondissement, à la fois musical et psychologique.

Simple et énigmatique

Si le poète essaie de dire bien, d’être conforme à lui-même, c’est pour signifier quelque chose, qui va de l’observation matérielle de cette terre à la considération de ce que Mallarmé appelait tout ce qu’il y a de mystérieux dans la vie humaine : l’inexplicable, l’inégalable dans cette vie faite d’amour et de mort, au milieu d’un univers qui est caractérisé lui aussi par une magnificence et une incertitude. Aucun grand savant, en effet, ne se dirait aujourd’hui sûr des structures du monde. Le positivisme n’existe plus.
Dire cela, c’est aller contre une société de consommation qui regarde comme des outils les gens et les objets, qui exhorte à jeter pour remplacer vite, sans amour , sans idée générale sur la conduite des choses. Nous en voyons aujourd’hui les sinistres résultats. Peut-être vont-ils pousser certains à se tourner vers le sujet même de toute poésie : ce qui est fondamental pour notre sensibilité et notre intelligence, ce qui est à la fois simple et énigmatique. Dans cette anthologie , par exemple, Pierre Oster a écrit la louange des paysages et des heures, mais aussi leur ambiguïté, menacés qu’ils sont par la mort. Jean-Yves Reuzeau réunit dans la tendresse toute une arche de Noé, hommes et animaux ; mais l’arche se termine en abattoir. Claude Mourthé dit l’angoisse d’exister, Jean Métellus en dit la douleur.
Mais, déclare André Schmitz, il faut « réinventer la vie/ à partir des restes du rien ». Réinventer : trouver une énergie, parfois dans l’amour comme Werner Lambersy, ou dans un art d’être grand-père comme Jean-Pierre Lemaire, ou dans l’évocation des lieux d’enfance comme Vénus Khoury-Ghata ou Abdelkader Djemaï. Ou parfois dans ce qui peut sembler de petits objets, « infimes raisons de vivre », comme dit Lise Mathieu.

Suggérer un élan,

Reste que l’horreur peut aller jusqu’à l’extrême, comme le rappelle Sylviane Dupuis en évoquant les charniers des guerres. Mais à la fameuse remarque « il est barbare d’écrire de la poésie après Auschwitz », il ne faut pas oublier que les déportés ont répondu d’avance, en écrivant eux-mêmes des poèmes dans les camps, ou en s’en récitant, pour retrouver une dignité qu’on voulait leur ôter.
Cette anthologie, elle dit la douceur comme le côté sombre de la vie. mais elle dit surtout une force, une énergie que la vie contient. Nous ne croyons plus, comme certains romantiques ou surréalistes, que le poète est un homme qui peut changer le monde, mener les hommes. Mais le poème nous invite à rejoindre la simplicité et la solidarité des gens et des choses, et l’interrogation posée par la vie. Par là, le poème appartient à tout le monde : celui qui lit cesse d’être l’autre pour devenir semblable au poète. Michel Baglin écrit de belles paroles à ce sujet. Retrouver des valeurs qui ne sont pas de Bourse, et ne fluctuent pas ; prendre son temps pour lire - encore une chose rare à une époque de zapping : cela, c’est vivre mieux.
Cette anthologie veut suggérer un élan, dans une période qui nourrit toutes sortes d’incertitudes, et persuader que l’essentiel est ailleurs que dans des considérations évidemment pessimistes sur la déroute d’une société. Comme l’écrit Georges Emmanuel Clancier, l’aîné de tous ceux qui ont donné des poèmes à l’anthologie :

« Ainsi le livre de mai
pour toi s’ouvrit en silence

à la lisière de la mémoire
et de l’oubli

avec ses brèves énigmes
et ses paragraphes de ciel »


Marie-Claire BANCQUART




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Lecture de « Violente vie »

Portrait et « Rituel d’emportement »,

« Terre énergumène » & « Entre marge et présence »

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Présentation de l’anthologie « Ton monde est le mien »


samedi 31 octobre 2009

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« Ton monde est le mien »
Anthologie
L’Atelier Imaginaire & Le Castor Astral éd.
160 pages 15 euros



39 poètes

Jean-Luc ARIBAUD, Michel BAGLIN, Marie-Claire BANCQUART, Claude BEAUSOLEIL, Stéphen BERTRAND, Eric BROGNIET, Claude BRUGEILLES, Jean-Philippe CARLOT, Georges-Emmanuel CLANCIER, Pierre COLIN, Seyhmus DAGTEKIN, Abdelkader DJEMAÏ, Sylviane DUPUIS, Rémi FAYE, Jean-Loup FONTAINE, Guy GOFFETTE, Christiane KELLER, Vénus KHOURY-GHATA, Anise KOLTZ, Werner LAMBERSY, Franck LAURENT, Jean-Pierre LEMAIRE, Charles LE QUINTREC, Philippe MAC LEOD, Renaud MARHIC, Lise MATHIEU, Bernard MAZO, Jean MÉTELLUS, Luis MIZON, Claude MOURTHÉ, Pierre OSTER, Étienne PAULIN, Jean-Yves REUZEAU, Patricia REZNIKOV, Jean-Damien ROUMIEU, Guy ROUQUET, Jacqueline SAINT-JEAN • André SCHMITZ, Philippe VEYRUNES.

Quatrième de couverture

Qu’il croque les étoiles ou chevauche des bateaux ivres, le poète n’enrichit pas le monde mais l’exalte, comme le souffleur de forges réveille les braises assoupies sous la cendre.
Célébrer mais aussi témoigner. De son siècle, de l’aventure humaine, de sa propre place au sein de la nature et de la société. Comme tout un chacun, et peut-être même davantage, le poète est comptable de ses semblables. Pour lui, dénoncer l’injustice, résister à la médiocrité et à l’oppression est un devoir. Les poèmes inédits qui composent cette anthologie témoignent de cette diversité essentielle.
Trente-neuf poètes d’aujourd’hui sont ici réunis sous l’égide du prix Max-Pol Fouchet. Un auteur qui, trente ans après sa mort, continue de rassembler écrivains et lecteurs dans une enceinte sans frontières.

Marie-Claire Bancquart romancière et poète

Pour ceux qui ne connaîtraient pas Marie-Claire Bancquart, rappelons que cette universitaire spécialiste de Maupassant et d’Anatole France (dont elle a établi des éditions critiques, notamment pour La Pléiade), auteur de nombreux essais, est aussi romancière et, bien sûr, poète. Sur son site (http://mapage.noos.fr/marieclairebancquart/), elle propose « quelques touches d’état-civil » auxquelles j’emprunte celles-ci :
« Née en 1932. Longue et dure maladie, séparations, et la guerre : mon enfance et ma première jeunesse ne m’ont pas aimée. Je le leur rends bien. Mais elles m’ont servi de révulsif. Études de lettres ; Normale Supérieure ; enseignement dans diverses universités. Professeur émérite à la Sorbonne. Depuis un demi-siècle, la vie ne va pas sans mon mari Alain, compositeur de musique. »
Marie-Claire Bancquart a reçu de nombreuses distinctions : Grand Prix de critique de l’Académie française ; Grand prix de l’essai de la Ville de Paris ; prix Sainte-Beuve de la critique ; Grand prix de l’Association internationale des critiques ; Grand prix 2007 de l’essai de la société des Gens de Lettres.
Sur son travail de romancière et de poète, elle précise : « Écrire, ce n’est pas seulement chercher un art de vivre, mais aussi se livrer à un long travail sur la langue ( justesse, brièveté, silences, intensité), qui à son tour retentit sur la vie. J’aime la poésie, parce qu’elle est spécialement cette " langue dans la langue", dont nous avons grand besoin contre la langue de bois. La mienne se fonde sur le corps, les choses, les espaces, les violences, les énigmes noires ou belles qui nous entourent. »

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