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Jean-Noël Guéno

« Rais de soleil dans l’hiver »

Les « Rais de soleil dans l’hiver » de Jean-Noël Guéno (Ed du Petit Pavé) tiennent souvent cette « note bleue » (comme avec l’évocation sensible d’Hélène Cadou, ou celles de Rousselot, de Wellens, Martine Caplanne, Môrice Bénin, et autres « amis indéfectibles »), qui, à côté de la colère que suscitent des temps cruels et de « crapules marchandes », glisse un peu de mélancolie et beaucoup de fraternité. Humilité d’un témoin qui se souvient, simplicité du ton, se conjuguent avec la douleur quand se dessinent les traits de la mère disparue. «  Goûter le jour / pour ce qu’il est : / ce rien qui nous inonde » : beau programme de Jean-Noël Guéno qui dit une vision du monde, un chant aussi et, finalement, comme la mouette contre le vent, qui « lutte / puis compose / pour être », un art de s’accorder au monde.

M.B.

Lucien Wasselin consacre ci-dessous un article à ce beau recueil aux écritures variées




Ce recueil s’ouvre (presque) sur un exergue constitué de vers tirés d’un poème d’Aragon (« J’entends J’entends », in Les Poètes). Façon d’annoncer la couleur, d’annoncer que l’amour est la raison de vivre mais que la raison d’être du poème, c’est aussi de réfléchir sur le pouvoir, le rôle de chacun dans la société. Et c’est très vite la mise en lumière de ce que d’aucuns appellent la lutte des classes.
Mais la poésie a son approche singulière du monde : « Ils ne sont rien / ou si peu // … quand d’autres comptent, / amassent, / pillent, / méprisent. » Tout au long des six suites de poèmes, Jean-Noël Guéno use de formes différentes pour capter au mieux ce murmure peu conforme au vacarme du moment, ces « infimes variations du bonheur », celles de la colère rentrée mais aussi celles de l’espoir : petits pavés de prose, lettres fictives, vers libres aux mètres divers, mots parcimonieusement disposés dans l’espace de la page, strophes de vers qui tournent autour de l’alexandrin ou de vers plus amples…
C’est que Jean-Noël Guéno refuse l’horreur économique, ce monde de prédateurs qui ont un coffre-fort en lieu et place du cœur, un billet de cent dollars à l’endroit de la langue. Non seulement il est attentif aux hommes de peu mais également à ses frères en poésie qui partagent avec lui la même générosité : chanteurs, peintres, poètes, interprètes… Ce n’est pas un hasard si la cinquième suite, qui regroupe des poèmes à eux dédiés, se termine par cet autre « À tous les amis indéfectibles » qui se clôt sur ces vers à peine nostalgiques, mais surtout lumineux d’espoir : « Un temps qui prend son temps. De penser. D’aimer. De lutter. […] Un temps qui est. Encore. Puisqu’il nous constitue. // Même si du haut de son prétoire, quelque histrion affirme vouloir le "liquider" ». Et qu’on ne cherche surtout pas à deviner qui est cet histrion : trop de noms viendraient à l’esprit qui n’effacent pas ceux d’Hélène et deRené-Guy Cadou, de Jean Rousselot, de Lewigue et des autres…
Lisant ces mots « le cœur ouvert comme une auberge de Cadou » et songeant à l’École de Rochefort (qui fut tout sauf une école littéraire), je ne peux m’empêcher de penser à Pierre Garnier. Ce dernier fréquenta au début des années 50 le Groupe des Jeunes Poètes du CNÉ (Comité National des Écrivains) créé par Elsa Triolet, il y rencontrera Aragon. Mais parallèlement il fréquentait aussi les poètes de l’École de Rochefort. En 1962, il créa le spatialisme, mais continuera au fil des années à écrire des poèmes linéaires traversés toujours par la même générosité. Et je me dis que, toutes proportions gardées et même si Jean-Noël Guéno ne va pas jusqu’au spatialisme, il synthétise par sa fidélité et son écriture, en quelque sorte, l’itinéraire de Pierre… Le soleil brille même en hiver, à Saisseval comme à Tharon !

Lucien Wasselin



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lundi 25 mars 2013, par Lucien Wasselin

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Jean-Noël Guéno
« Rais de soleil dans l’hiver »


Éditions du Petit Pavé
74 pages, 10 €.
(Éditions du Petit Pavé. BP 17. Brissac Quincé. 49320 Saint Jean des Mauvrets.)



Jean-Noël Guéno

Jean-Noël Guéno est né le 3 janvier 1955 à Saint Michel-Chef-Chef (44). Il est professeur de Lettres en Loire atlantique.
De 1980 à 2000, il fut co-animateur de la revue et des éditions « A Contre-Silence ». Depuis 1992 il anime « Moraines », une lettre aux amis en poésie, lettre actuellement en sommeil.

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