Retour à l’accueil > Auteurs > SERREAU Claude > « Raisons élémentaires »

Claude Serreau

« Raisons élémentaires »

Une anthologie lue par Patrice Angibaud

Les éditions Sac à Mots viennent de publier « Raisons élémentaires », recueil anthologique de Claude Serreau. Ce fort volume de 120 pages reprend le titre de la toute première plaquette de l’auteur parue en 1966 aux éditions Traces.

JPEG - 99.9 ko
Claude Serreau sur le stand de Traces.

Il semble qu’il y ait de la part du poète avec cette anthologie comme un clin d’œil, un retour au point de départ, à l’acte initial d’entrée officielle en poésie, mais surtout la volonté d’exprimer que, d’une certaine façon, une boucle, pour le moment du moins, était bouclée.
Et quelle boucle ! Cinq recueils, tous les trois ans, entre 1966 et 1978, suivis d’un long silence de près d’un quart de siècle (hors revues), puis, à compter de 2002, six nouveaux titres dont le dernier en date, « Réfractions » , en 2010.
La quatrième de couverture de la présente anthologie précise : « Claude Serreau, né en 1932 à Les Sorinières, alors village dans la banlieue de Nantes ». Il y a belle lurette, en effet, que Les Sorinières ont intégré la banlieue nantaise et pris un caractère urbain. Mais le détail est d’importance car, toute sa vie, l’auteur restera fidèle à cette enfance villageoise qui revient en leitmotiv dans ses poèmes :

« Tous les gens de chez moi sont d’anciennes besognes
de travaux sans éclat de passage oublié
humbles parmi les humbles tous aux bêtes liés
même dans les départs de terres incertaines
(…)
Ma place est aux abords non chez les dignitaires… »


Une campagne, un « pays d’ouest » cher à René Guy Cadou. Claude Serreau ne cessera d’ailleurs de rendre hommage à l’influence première que le poète de Louisfert a exercée sur lui. Hommage discret, certes, mais bien réel puisque chacun des titres de ses livres commence par le « R » de René.
Cette influence cependant s’effacera peu à peu pour laisser place à un vers plus court au service de la description de paysages qui fascinent l’auteur (« Je cherche je chemine je furète et je rêve »). Les éléments ainsi patiemment observés, recensés (soleil, pluie, haies, mares, chemins, arbres, marais conduisant à la mer synonyme de départ) restituent une ambiance significative des sentiments qui habitent le poète, ceux-ci pouvant épouser toutes les nuances, du désespoir le plus profond :

« Mes mains crient l’absence de soleil »
à la plénitude tant recherchée :
« Révérence aux fougères
Qui gravent le linteau voûté de l’univers »
.

Comme mentionné plus haut, 2002 marque le retour de Claude Serreau à la publication de recueils. Il a alors soixante-dix ans et le titre de l’ouvrage qui inaugure cette seconde période, « Rechant et mémoire ou les mots exsangues » , est significatif d’une certaine évolution sinon de ton du moins de thèmes.
En effet, le sentiment du temps qui passe, du vieillissement, et la perspective de la mort, jusqu’ici sous-jacents, prennent désormais une place toute particulière :

- « La nuit la nuit surtout
quand on croit que l’on dort
cependant que le corps
manigance ses coups
contre le flux du sang… » ;


- « Est-ce l’enfance la blessure
ou bien le jour qui point encore
en ces encoches de mémoire
quand rien n’est plus à l’horizon
comme un voyage d’avenir ? »


Mais l’auteur n’est pas homme à s’apitoyer sur lui-même. L’écriture est là pour exorciser l’angoisse :

« Sérénité des bêtes et des plantes
quand je m’assois avec les mots
qu’il faut gagner en bonne entente. »
,

et laisser place à de belles trouées de lumière :

« Terre à lier au poignet des aubes printanières
terre à perdre le souffle au vent venu du sud
terre des amitiés du soleil et de l’eau
la terre à savourer sans pouvoir se guérir…
(…)
du plus haut de la vie terre terre
toutes terres alliées. »


Pas mal pour un poète qui, dans son premier recueil, déclarait : « J’aime juste assez pour vivre sans me taire. »
Dans ce livre-parcours d’une vie (on espère de nouveaux titres), il montre à l’envi qu’il a été et est capable d’aimer bien au-delà pour vivre pleinement et créer, écrire, y compris pour rappeler les points noirs de l’Histoire (Hiroshima, Auschwitz) et toutes les entraves à la liberté de l’homme symbolisées notamment par l’assassinat de Pablo Neruda.

Patrice Angibaud

Lire aussi :

Patrice Angibaud : « Tant perdu »

lundi 29 novembre 2010

Remonter en haut de la page

Claude Serreau :
« Raisons élémentaires (Anthologie) »



Editions Sac à Mots 2010


Claude-Serreau

Claude-Serreau, né en 1932, à Les Sorinières, dans la banlieue de Nantes ; enseignant, il n’a jamais quitté les parages de l’Atlantique, entre Vendée et Bretagne sud où il réside une grande partie de l’année ; il se sent viscéralement attaché à cette région qui, de Châteaubriant à Quimper, l’a toujours largement inspiré.
Après avoir collaboré à la revue Sources créée par Gilles Fournel dans les années cinquante, il a travaillé avec Michel-François Lavaur pour la revue Traces depuis 1962 ; des textes sont parus dans diverses revues dont Artus, Signes ; 7 à dire…

Des recueils de Claude Serreau

Ont été publiés aux éditions Traces :
Raisons élémentaires 1966 prix Théo Briand
Réflexion pour la nuit 1969
Récrire le temps 1972
Risquer la lumière 1975
Référence la terre 1978
Rechant et mémoire ou les mots exsangues 2002
Rumeur du vide 2003
Rien ou presque 2004
Récitation des rites 2006
Rémanences 2008
Réfractions 2010

Aux éditions le Petit Véhicule :
Recension 2006 mini-anthologie

Traces

A une exception près, tous les recueils de Claude Serreau ont été publiés aux éditions Traces. Il serait, à notre avis, dommage de ne pas lire également les « livres-testaments » de deux autres « piliers » de cette revue :
- « Histoire sans limites », de Norbert Lelubre (Traces) ;
- « Le Roncier de mémoire » , de Jean Laroche (Ed du Petit Véhicule) ;
Auxquels il convient d’ajouter l’important recueil de Josette Barny : « Géométries de l’ombre et de la transparence » (Traces).

-2017 Revue Texture Contact | | Plan du site | Suivre la vie du site RSS 2.0