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Béa Tristan

Récital d’exception à la Cave Poésie

Un coup de coeur de Bruno Ruiz

Les 4, 5 et 6 février, Béa Tristan était à la Cave Poésie-René Gouzenne de Toulouse pour trois récitals. Bruno Ruiz l’a écoutée, conquis.

D’abord il y a la femme. Petite. Colossale. Immédiate. Un déferlement verbal. Une tempête immobile. Une énergie sans cesse renouvelée. Ensuite, tout de suite après : la forme. Une sorte de road-movie de deux heures. En chansons s’il vous plaît. J’allais dire en chapitres. En moins de temps qu’il ne faut pour l’écrire, on est sous le charme, embarqué sur une piste de latérite, quelque part entre un Colorado de vieux film américain et la moiteur d’une Californie imaginée, bien au-delà de la légende, du cliché.
Et puis il y a la langue. Suffisamment floue pour que transpire le rêve, incroyablement précise pour nous conduire et nous perdre dans le récit.
Et enfin la voix. Tantôt douce, fragile, juste, le timbre clair et précis ; tantôt puissante, âpre, profonde, exacte. Une voix exceptionnelle qui nous embarque dans des souvenirs de palissandre, entre fiction et réalité, cris et frôlements. C’est rauque et rock. C’est bleu et blues. Ça chuchote et ça s’éraille, ça déraille et ça éclaire. C’est beau comme un roman de John Fante, une chanson de Janis Joplin, une histoire sans fin, un feeling qui nous colle à la peau, au tempo, au chaos. C’est sombre et lumineux. Parfois drôle. Ça parle, raconte, s’envole. Ça chante, envoûte durablement.

L’interminable route

Avec une diction impeccable, une constance et une présence sans faille, Béa Tristan – est-ce elle ou un personnage de roman noir ? – nous emporte là où elle veut, ou plutôt, là où Brewce Webster doit se rendre, on ne sait pas très bien ni où ni pourquoi. Brewce. Une sorte de macho peu disert, inquiétant et attachant, un indien d’une Amérique mythique et improbable, un camionneur sensuel dans son monstre roulant. De stations services en snacks bars chinois, ça parle bagnoles, moteurs graisseux, vies rêvées, vies à refaire. Ça se tait et ça roule. Ça sent la sueur et le cambouis solaire. L’huile de vidange et la route. L’interminable route comme une métaphore de la patience, de la longueur, de la durée, de la solitude des corps, du baroud de la vie.
On n’a pas choisi grand chose dans cette putain d’existence mais on avance, on stagne, on erre, on attend, fasciné par l’imminence noire de l’ouragan, le réveil de sales souvenirs de la guerre du Vietnam, Paris si loin, le Canada si proche. On s’immerge, se noie, avec la soif torride du désir. Ça jubile et ça bouscule. C’est prosaïque et existentiel. On est à l’ouest à n’en pas douter. Enfouis, enfuis, on traverse.

Le plus beau voyage

Et puis il a les musiciens. Ils sont là pour faire corps avec le chant : ils accompagnent. Jamais ce verbe n’a été aussi juste. Ça pousse, ça épouse, ça ponctue, ça casse, ça souligne. Jamais la guitare électrique inventive et énergique de Fabien Mornet ne mange la narration. Jamais l’assise rythmique rigoureuse et rassurante de Francis Perdreau à la contrebasse ne déstructure les mélopées, ne perd le fil de l’histoire. C’est modal et harmonique, cohérent et intelligent, violent et tendre.
De mémoire de chanteur et de spectateur, le récital de Béa Tristan est le plus beau voyage que nous ait offert la chanson française depuis très longtemps.
Majeur et inoubliable. L’énergie à l’état pur.

Bruno Ruiz, Toulouse, le 4 février 2010


samedi 20 février 2010

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Bea Tristan, hors normes

Bea Tristan a connu le succès à 17 ans. Jusqu’à 20 ans, elle enchaîne tournée Aznavour, Olympia, dramatique TV, tournées MJC, Don Camillo, tournée Félix Leclerc, Bobino, récitals en Belgique, Pays-Bas, Luxembourg, Allemagne, Suisse, ainsi que les grandes émissions TV de l’époque. Puis elle s’éclipse dans les années 70, sans explications.
Elle vient pourtant de faire son retour avec un nouvel album, « Les palissandres ».

Sa bio

De 1956 à 1966 la famille est en France, en Lorraine. Lycée à Nancy. 1966, Divorce des parents. Juillet 1966 arrivée à Paris avec sa mère et son frère. Béa Tristan commence à chanter ses compositions dans de petits cafés. Elle va avoir 16 ans. Février 1967, remarquée par un "découvreur de talents", elle est invitée à une audition à L’Olympia. C’est Bruno Coquatrix qui auditionne. " Quand elle est venue auditionner pour la première fois, j’ai eu un choc : le même qu’en écoutant Jacques Brel à ses débuts " dira –t-il. Un an après, c’est en première partie de Charles Aznavour qu’elle débute à "L ’ Ancienne Belgique" de Bruxelles. 1971 Bobino avec Félix Leclerc à la suite
d’une longue tournée en Suisse ensemble. « A ce moment, peut-on lire sur le site de Béa Tristan, la fracture avec le métier se profile. Le 2ème 30 cm est dénaturé, l’inspiration moins heureuse » Malgré des critiques toujours très élogieuses tant sur la voix que les textes et les musiques, Bea Tristan claque la porte. Elle fera une réapparition en 1976 avec de nouvelles chansons jamais enregistrées, et avec notamment un passage chez Chancel au Grand Echiquier.

Retrouver et écouter Béa Tristan sur son site

Après son disque « Palissandres » Béa Tristan vient de sortir son nouveau disque « Mr. Mecano ». Gil Pressnitzer en parle (très bien !) ici : clic.

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