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Jean-Luc Wauthier

« Sur les aiguilles du temps »

Tous les thèmes du poète trouvent écho et densité dans ce recueil que publie le Le Taillis-Pré - le pays natal, les territoires de l’ombre, le vieillissement, le décalage de plus en plus prégnant entre l’adulte et l’enfant qu’il fut – et dont Philippe Leuckx rend compte.



Le titre me fait penser irrésistiblement aux échasses proustiennes du « Temps retrouvé » , quand il s’agit d’identifier au-delà du temps, des ravages du temps, les personnes connues autrefois ; la hantise de Wauthier relève du même projet : décrire ce qu’il s’agit de sauver de ce temps béni de l’enfance des griffes de l’ordinaire, de la camarde omniprésente, de l’oubli.
Tous les thèmes du poète trouvent ici écho et densité : le pays natal, auquel il faut retourner, les territoires de l’ombre (grenier, maison), les altérations de la mémoire, le vieillissement, le décalage de plus en plus prégnant entre l’adulte et l’enfant qu’il fut.

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Jean-Luc Wauthier en 2009 à Nivelles
Photo Jean-Pierre Dopagne

Les fantômes de l’enfance, les pays de neige, toutes ces matières inhabitées qu’il faut faire palpiter, grâce au livre, grâce aux poèmes, peuplent ces textes sensibles, un brin amers, modérément mélancoliques puisqu’il faut désancrer l’enfance de ses rocs, de ses assises, et lui revenir avec pureté.
La poésie, ici, joue, à la fois, son rôle de catharsis et celui de conservatoire de l’essentiel : chaque poème relie les fils d’un parcours, chaque poème signe « le visage/ d’un muet qui me regarde dans le miroir », sans que ce projet hautement autobiographique ne verse dans la plainte élégiaque ou dans le brou des regrets. On sort du livre, mûri, comme si la consolation poétique naissait de l’exigence du perçu.
De nombreuses images (vitres, tessons, manteaux) réfèrent à d’autres livres de l’auteur et l’on se plaît à y voir connivences et réseaux. Tout poète modèle ses textes sur le terreau de l’appris, effets de beauté et terres familières. La haute solitude de l’auteur, le compagnonnage tissé avec les éléments et sa fagne paternelle imprègnent ces poèmes émus, dignes, jamais altiers, d’une simplicité souveraine :
« Il importe d’être vigilant, de ne pas baisser la garde

À présent, je m’en vais/ apprivoiser cette terre rare

De très loin,
un enfant te fait signe »



La splendide lucidité des textes leur assure un surplus de vérité, un gage d’authentique retranscription du réel vécu et ressenti. La légèreté de l’écriture, fluide, musicale, tempère sans doute leur gravité. Le talent tient à ce dosage subtil, nuancé.
Un beau livre, de haute maturité.

Philippe Leuckx



Biographie

Jean-Luc Wauthier, poète et essayiste belge, est né à Charleroi le 14 novembre 1950. Il est licencié en philosophie et lettres de l’Université de Liège en 1973 et a enseigné la littérature à la Haute Ecole P.-H. Spaak de Bruxelles. Il est actuellement chargé de cours d’écriture poétique à l’Université européenne d’écriture de Bruxelles. Rédacteur en chef du Journal des Poètes et, depuis 2008, président de la Maison internationale de la Poésie-A. Haulot, il a une œuvre de poète et de prosateur couronnée par de nombreux prix (Prix Nicole Houssa de la ville de Charleroi, Prix Émile Polak, del’Académie de Belgique, Prix international René Lyr, Prix international Lucian Blaga, Prix Virgile, prix Menada).
En tant que critique, Jean-Luc Wauthier, assure deux chroniques régulières en ligne : Vu du nord (consacrée à la poésie française de Belgique) sur revue-texture.fr et Chronique du chemin (pages de réflexion générale autour de la poésie) sur www.recoursaupoème.fr




Voir aussi :

Les lectures de Jean-Luc Wauthier

« Sur les aiguilles du temps »

« L’Envers du ciel »



lundi 28 juillet 2014, par Philippe Leuckx

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Jean-Luc Wauthier :
« Sur les aiguilles du temps »


Le Taillis-Pré
(2014, 120p., 14,90€.)



Bibliographie

Poèmes :

-  Mon pays aux beaux noms, impr. Pouleur, Bouffioulx, 1975.

- Morteville, Maison internationale de la Poésie, Bruxelles, 1976.

- La neige en feu, Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1980.

- Secrète évidence, Saint-Germain-des-Prés, Paris, 1985.

- Tessons d’absence, le Pré aux Sources, Bruxelles, 1988 (coll. Voix proches) ; rééd. 1990.

- Le domaine, Le Taillis Pré, Châtelineau, 1991.

- Les vitres de la nuit, L’Harmattan, Paris, 1993 (coll. Poètes des cinq continents).

- Lumière noire, Le Bibelot, Neuilly-le-Bisson, 1994 (coll. poétique Iô).

- Le nom du père, Tétras-Lyre, Ayeneux-Soumagne, 1994, Ill. D. Pelletti.

- Par le silence et l’ombre, L’Arbre à paroles, Amay, 1994.

- La soif et l’oubli, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1999 (coll. Contemporains).

- L’autre versant, Le Taillis-Pré, Châtelineau, 2001.

- Fruits de l’ombre, L’Arbre à Paroles, Amay, 2003.

- L’envers du ciel, Ed. d’Ecarts, Dol-de-Bretagne, 2007.

- Manteau de silence Ed. d’Ecarts, Dol-de-Bretagne, 2010.

- Sur les aiguilles du temps Ed. Le Taillis-Prés, 2014.

Essais :

-  Simplicistes, s.l., Graphing, 1974.

- Jean RANSY ou la réalité transfigurée, Institut Jules Destrée, Charleroi, 1977.

- Douze miroirs pour entrer en poésie, synthèse de tribunes poétiques, Institut Européen inter-universitaire de l’action sociale, Marcinelle, 1980.
- Gustave CAMUS, l’épanouissement de l’espace, Institut Jules Destrée, Charleroi, 1981.

- Préface aux œuvres de Jean-Pierre SAINTENOIS, Ed. de la Francité, Nivelles, 1983.

- Albert AYGUESPARSE : la colère et l’amour, Fondation Charles Plisnier, Bruxelles, 1987.

- Pour saluer Ayguesparse, en coll. avec Luc Norin, Le Pré aux Sources, Bernard Gilson, Bruxelles, 1991.

Nouvelles :

- Libertés surveillées, Le Pré aux Sources, Bernard Gilson, Bruxelles, 1991. Traduit en roumain par Petruta Spânu 2007.

- Les sentiers du vin, Le Pré aux Sources, Bernard Gilson, Bruxelles, 1999.

Romans :

- Le royaume, L’Âge d’Homme, Lausanne, 1995.
- Les Tablettes d’Oxford, M.E.O., Union Européenne, 2014.

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