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Bruno Ruiz

Sur scène, dans les arpèges et dans les mots

La beauté de ses textes ne doit pas faire oublier que Bruno Ruiz, cet « homme orchestre », est aussi un interprète et un homme de scène. Je l’ai écouté dans divers lieux, notamment dans un cabaret gersois où j’ai fait sa connaissance en 1979, et bien sûr dans divers récitals donnés à la mythique Cave poésie de Toulouse. Retour.

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Bruno en scène (photo Guy Bernot)

La beauté de ses textes ne doit pas faire oublier que Bruno Ruiz est aussi un interprète et un homme de scène. Ce que rappelle François André (avec lequel il a publié un long entretien, "Le miroir et la vitre" ) qui note, fort justement : « Bruno Ruiz s’écrit en livres et en disques et cela prête à de fertiles duos. Mais c’est sur scène qu’il se rassemble, qu’il unifie à l’écriture la voix et le chant. C’est là qu’il faut le retrouver dans une autre lecture tout aussi intime. Enserrée dans les arpèges d’Alain Bréheret, le son de Jean-Jacques Vaudou, les lumières d’André Tailhades, sa poésie va à la rencontre du spectateur comme dans une confidence. »

Dès que j’ai fait sa connaissance, en 1979 (lire ci-contre), Bruno m’a impressionné par la qualité de ses textes et ses mélodies, mais aussi par sa présence sur scène. Je l’ai écouté en divers lieu, et bien sûr à la Cave poésie, lieu mythique de Toulouse. Pour évoquer le chanteur, j’ai retrouvé un texte publié dans « La Dépêche du Midi » en décembre 1994 évoquant son récital en cours. Je l’avais intitulé « Bruno Ruiz, comme un bateau... » Le voici :

« Bruno Ruiz, comme un bateau... »

Des « bouillons d’images » dans le chant, en chemise et pantalons noirs sous les lumières chaudes de la Cave poésie, juste ce qu’il faut de malice dans l’œil pour la complicité - et peut-être aussi dire qu’on est bien là, au milieu des gens, qu’on ne s’est pas retiré derrière son lyrisme et ses arrière-pays - Bruno Ruiz impose d’emblée ses mots de poète (pardon : de « représentant de la poésie »), sa voix qui joue avec le piano d’Alain Bréhéret pour parfaire l’émotion dans le geste exact.

D’emblée l’écoute, l’intelligence séduite, les cœurs bousculés embarquent à son bord un public acquis au voyage. D’emblée le partage. Les alcools forts de l’amour, de l’exil, de la mort. D’une langue qui se risque, met à nu, dévoile et touche juste au défaut de la cuirasse du quotidien.

D’emblée, on y est, précisément là, au chevet de sa propre vie (pour « en toucher le fond »), de sa quarantaine en déséquilibre (ou de sa cinquantaine, sa soixantaine, qu’importe, c’est toujours le même vertige), au chevet des espoirs, des révoltes, des souvenirs et des légendes d’une génération qui (de son propre aveu ou non) se reconnaît dans son étonnement de vieillir sans voir vieillir ses utopies. C’est bon. Sacré Bruno !

Une mémoire de fils d’exilé

Ce Toulousain trop rare à Toulouse, écrivain, comédien, auteur, compositeur, interprète, s’est toujours baladé en baladin aux lisières du théâtre et du music hall, mettant en espace des poèmes, en poésie des « textes de scène », en musique et en gestes le secret désarroi de « ce qui pense » et de « ceux qui doutent ».

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Bruno Ruiz est aussi un lecteur qui sert remarquablement les textes des autres (photo Guy Bernot)

Cette fois pourtant, l’acteur de sa propre langue habitué à se chercher dans les chemins buissonniers fait un retour à la chanson. Tout bonnement, mais avec force, authenticité, persuasion. Et vingt titres nouveaux. « Pour la mémoire des vaincus / pour le silence des émus », parce qu’on ne réfute ni une mémoire de fils d’exilé, ni une réalité d’homme un peu décalé, en marge des sensibilités préfabriquées. Pour se pencher sur la femme, celle qu’il nomme de tous les noms de traverse et de dérive. Sur la nuit et nos obscurs vertiges. Sur des âges à la sérénité enviable. « Et puis laisser la mort aux morts », pour vivre et le crier, et vieillir comme un bateau, la rouille pas très bien acceptée, assumée pourtant.

C’est ajusté, comme la tenue en scène, aux trois quarts de poil des émotions intimes. Et le public en redemande, persuadé de tenir là, sous ses applaudissements, un vrai poète-chanteur (ou l’inverse, évidemment) qui vous dit, mélodies en prime, que la solitude n’existe peut-être pas quand on se ressemble tellement...

Michel Baglin



Lire aussi :

Le poète décline ses fidélités

Le chant contre la mort

Sur scène, dans les arpèges et dans les mots

« Le Miroir et la vitre »

Des disques et des livres

Quelques chansons



dimanche 29 mars 2009, par Michel Baglin

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Lou Bécut, 1979

J’ai fait la connaissance de Bruno lors d’un récital donné dans un cabaret du Gers, où Bruno se produisait avec Maurice Fanon, Lou Bécut. Dans un article paru en date du 30 avril 1979, je notais :

En accueillant Bruno Ruiz et Maurice Fanon, lou Becut recevait ce dernier week-end, une fois encore, la chanson de qualité. Bruno Ruiz, auteur compositeur interprète, a écrit plus de deux cents chansons et considère pourtant son travail avec modestie : il cherche la correspondance parfaite, la plus significative, entre texte et mélodie. L’image juste, celle qui, jamais conventionnelle, sait bousculer les sensibilités reçues et trouver un écho parmi l’auditoire. Pari difficile de la poésie. Mais à travers son « discours qui s’impatiente », Bruno Ruiz a de la colère et de l’émoi à revendre ou plutôt à donner. S’il ne s’ampute d’aucune part de lui-même, s’adressant à tous (aux « gens que je déçois de mes pantoufles maladroites », comme aux autres) pour avouer sa « peur de mourir avant la saveur des vieux jours » et renouer avec son « rêve écolier », il ne néglige rien et surtout pas l’humour qui est parfois, aussi, une manière de pudeur.

Bruno Ruiz

Né en 1953 à Arcachon, il a élu pour résidence Toulouse depuis 1977. En presque quarante ans de chansons et de poésie, mais aussi de théâtre et d’écriture de nouvelles, il a construit une oeuvre marquée par les tragédies du monde, la mémoire de l’exil, mais aussi la fraternité, l’amour et l’amitié.
Pour une petite bal(l)ade dans un paysage « complètement Ruiz », cliquer sur les titres des différents articles ci-dessus.

Pour écouter
quelques chansons
de Bruno Ruiz
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Contact :

Pour écrire directement à Bruno Ruiz : e.mail : brunoruiz@free.fr
Pour connaître le détail de la bibliographie de Bruno et pour en savoir plus, notamment sur les tournées en cours, rendez-vous sur le site : http://sitebrunoruiz.com
Pour tout ce qui concerne la diffusion des récitals, et la distribution des livres de Bruno Ruiz : Marie-Annick Bault. Association Le Puits 33, rue Française 31400 TOULOUSE Tel : 05 61 20 00 95 / 06 84 30 51 44 Fax : 05 61 20 28 47 e.mail : lepuits@wanadoo.fr

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