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Guy Goffette

« Tombeau du Capricorne »

UNE LECTURE DE FRANÇOISE SIRI

« Tombeau du Capricorne » est une ode à l’amitié. Guy Goffette y adresse un hommage intime à son ami poète Paul de Roux.



« Tombeau du Capricorne » (Gallimard, 2009) évoque le souvenir de quatre copains, dans la brume du soir, renvoyés à leur solitude quand l’un d’eux, qui souffre en secret, les quitte : Paul de Roux. Est-il mort, est-il vivant, est-il ni mort ni vivant, ce poète désormais frappé de mutisme, muré dans le silence de sa maladie ?
Guy Goffette le fait parler : « Il y a un moment dans sa vie où l’on a tout ce que la vie peut vous donner, mais on ne le sait pas. On est heureux peut-être, mais on ne le sait pas. Il faut avoir perdu pour savoir. » (Paul de Roux, Au jour le jour, 4). « Je gagnerai les zones d’ombre / et je ne serai plus qu’un filet de voix / –non pour rompre le silence des choses/ mais pour mieux l’éprouver » (Paul de Roux, Au jour le jour, 1). Le projet de ce livre : retenir ce filet de voix.
Le rituel de la Bastille, les soirées hebdomadaires de la bande à la brasserie du Capricorne, le rire des serveuses, s’éteignent. Et le poète reprend la marche dans la rue, un matin comme tous les matins, un soir comme tous les soirs. On marche nous aussi sur le trottoir, on a un peu plus froid ce soir.
C’est un livre sur l’absence de celui qui a rompu les liens, voyant que sa vie le quittait, et sur la culpabilité de celui qui reste : « C’est toujours la même histoire et l’on s’en veut / après coup d’avoir laissé dans le feu des paroles / et du vin de sombres nuages monter /sur le front de l’ami ».
La vie est plus lourde. Un ami s’en va, qui est encore de ce monde pourtant, dans cette étrangeté du lointain qui se brouille et dont on ne sait plus rien. Et on repense à tous ceux qu’on a perdus, dont on ne sait ce qu’ils sont devenus. On sent dans l’hiver la chaleur de la table de café, qu’on a tous connue, avec les phrases pour ne rien dire, et les blagues idiotes juste parce qu’on est heureux. On est bien avec l’autre, on est rien seul. L’ami nous manque, et ce manque explose comme une bombe à retardement alors qu’on croyait que tout était fini, que tout avait été dit, qu’il n’y avait plus « qu’à tirer la porte ».
Le livre célèbre l’amitié et nous dit de la fêter pendant qu’il en est temps. Il célèbre le poète, sur qui Guy Goffette continuera d’écrire et de publier des notes de lecture, dans l’avant-goût de la mort, pour celui qui part et pour celui qui reste. La page s’écrit d’abord en vers longs, comme s’il fallait tout dire et tout retenir, border et déborder les marges, noircir. Et puis elle s’affine, en quatrains et en alexandrins, puis en distiques, comme une pluie insidieuse, légère et triste. L’ami se détache de l’autre et de lui-même, « plus détaché de soi qu’une rive de son reflet », comme l’écrit Guy Goffette dans un autre ouvrage. La vie continue sous le ciel de Paris. Une mouette se lève d’un toit, étend ses ailes blanches et vole haut sous les nuages bas.

Françoise Siri



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mardi 8 janvier 2013, par Françoise Siri

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Guy Goffette
Photo C Helie Gallimard



Guy Goffette
« Tombeau du Capricorne »


Gallimard (coll. blanche), 2009
48 pages, 12, 90 €



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