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Jean-Claude Touzeil, portrait

« Un chèque en blanc »

Une présentation et un choix de poèmes par Éric Sénécal,

Éric Sénécal consacre un livre, une présentation assortie d’un choix de textes, à Jean-Claude Touzeil. L’occasion de découvrir ce voyageur amoureux des gens, des arbres, des chansons et des mots



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Le chemin des poètes à Ducet (Ph M Baglin)

J’avais croisé Jean-Claude Touzeil sur des salons et notamment aux 30 ans des éditions Soc & Foc en Vendée en 2009. Mais je le connaissais de bien plus loin, à travers ses poèmes et le CD que Martine Caplanne, qui l’a mis en musique, lui a consacré il y a quelques années… J’avais aussi entendu parler du Printemps de Durcet qui a réuni chaque année pendant 20 ans des chanteurs et des poètes le temps d’un week-end dans l’Orne, en Normandie, de Julos Beaucarne à Francesca Solleville, de Fabienne Elkoubi à Jacques Bertin, etc.

Chemins d’encre et de verdure

Ce Printemps aujourd’hui s’est transformé en un « Chemin des poètes » : dans les chemins creux du bocage, une centaine de personnes étirent leur cortège le long d’un ruisseau et au milieu des près et des bois, sur 8 ou 9 kilomètres, au nom de la poésie. Seize balises accueillent pour un an les textes des seize poètes invités, chacun disant son poème aux passants. Conviviale et bucolique à souhait, cette randonnée est accompagnée de lecture le dimanche, et d’un salon de l’édition de poésie. Je ne parle pas des agapes et libations qui accompagnent dignement ces moments d’échange !
Après ses chemins d’encre, c’est donc sur ces chemins de verdure où j’étais invité que j’ai un peu mieux fait connaissance cette année avec Jean-Claude Touzeil, un pudique, un modeste comme aurait dit Brassens, qui n’aime guère parler de lui. Sa maison pourtant – où le vendredi soir sont réunis les poètes invités pour déguster les traditionnelles paupiettes dont la mère du poète, Gita, avait institué le rituel – sa maison dis-je, parle pour lui : chaleureuse, accueillante, elle témoigne aussi de sa fantaisie, avec des empreintes de pas marquant le plafond jusqu’au vasistas, ou les panneaux accrochés ici et là précisant, par exemple : « A cet endroit précis, Victor Hugo n’est jamais venu ».
Voilà le bonhomme, qu’on retrouve dans le livre bien documenté, et tout en sympathie, que les éditions Clarisse lui consacrent dans leur nouvelle collection « Le bruit que ça fait ». Intitulé « Un chèque en blanc » et signé Éric Sénécal, il propose, outre quelques photos, une présentation vivante de notre auteur et un choix abondant de poèmes.

Un voyageur

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Jean-Claude Touzeil sur le chemin des poètes (ph Michel Baglin)

Jean-Claude Touzeil a vu le jour le 10 janvier 1946 à Carquebut, dans la Manche, d’une mère slovaque et d’un père normand, Gita et Léo, ce dernier ayant été affecté au travail obligatoire en Allemagne. Aussitôt le père libéré, Gita a traversé une partie de l’Europe, enceinte, pour rejoindre son petit Français. « Fils de l’étrangère » (on en devine les échos dans son recueil « Café Vert Tzigane » ) le petit Jean-Claude a eu une enfance choyée, sans luxe inutile, qui a ancré son écriture dans l’humilité d’un quotidien populaire, savoureux, un peu rebelle et malicieux souvent.
Lecteur de Giono, il se tournera vers des études littéraires à la fac de Caen et deviendra prof de français, tout en écrivant et en pratiquant les collages. Entre temps, il a rencontré sa femme, Flora, d’une famille italienne, passionnée de photographie. Tous deux partent en coopération pour plusieurs années, d’abord en Algérie, à Constantine, puis au Nigéria, ensuite à Saïgon, enfin au Maroc. Retour dans l’Orne où le couple s’installe, dans le village de Durcet, qu’il ne quittera plus. C’est là qu’il va continuer d’écrire, lancer le Printemps de Durcet, le Chemin des poètes, réunir ses amis.

Une main sur des épaules

Le choix de poèmes donne une bonne idée de l’écriture de J-C Touzeil, simple et profonde, comme ce recueil « Petits cailloux pour Gita » écrit en hommage à sa mère : «  Dans ta tombe / j’ai lancé / une fleur de ton jardin / trois cailloux de chez nous / et une poignée de terre / de ton village / pour que tu retrouves / ton chemin / dans l’autre monde ».
On y trouve de nombreux portraits, « la musique d’une humanité qui converse avec lui traverse tous ses livres. Il a écrit des poèmes qui sont des mains posées sur des épaules », ajoute Eric Sénécal.
« Chaque homme : chaque femme / chaque enfant / devrait être considéré / comme un arbre / un arbre remarquable : (…) intouchable », écrit ce poète qui en a planté beaucoup, des arbres, partout où il est passé. Et qui, bien sûr, est engagé dans la fraternité, souvent en révolte, car la question demeure : « Est-ce qu’il suffit / d’un chant d’oiseau / pour oublier la cage ? »

Michel Baglin



Lire aussi :

« Jardins du bout du monde »

samedi 7 avril 2012, par Michel Baglin

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Jean-Claude Touzeil
« Un chèque en blanc »


présentation et un choix de poèmes par Éric Sénécal,
Editions Clarisse, « Le bruit que ça fait »
(200 pages. 15 euros)


Bibliographie

Sortie d’Animots, Donner à Voir, 1994
Piste de Cirque, L’Aventure carto, 1995
Apocryphes, Traces, 1995
Peuples d’Arbres, Donner à Voir, 1997, 3e édition
Haïkus doubles, L’Epi de Seigle, 1997
Itinerrances bis, Gros Textes, 1997
Mine de rien, Clapas, 1999
Est-ce que, Donner à voir, 1999
Random du petit tamis, Donner à voir, 2000
Ô clowns, photos d’Yvon Kervinio, L’aventure Carto, 2001
Haïkus sans gravité, L’épi de seigle, 2001
Sept dialogues d’ailleurs et d’ici avec Patrick Joquel, Gros Textes / L’épi de seigle, 2003
Tout autour, avec Michel Lautru, Cotcodi, 2004
Les loups donnent de la voix, avec Gilles Brulet, Soc et Foc 2004
Poirier proche, Le Chat qui tousse, 2004
Parfois, L’idée bleue / Le farfadet bleu, 2004
Jardins du bout du monde, Corps-Puce, 2006
Passé Composé (Clarisse) 2007,
Petits cailloux pour Gita, Echo Optique, 2007
Café vert tzigane, Gros Textes, 2009
Un tour de plus, Donner à voir, 2010
Cela dit, Atelier de Groutel, 2010
Espèces, Ficelle, 2011
Remontants et ricochets, Soc et Foc, 2012


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