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Sylvia Plath

"Un galop infatigable"

La poétesse vue par Valérie Rouzeau

« Je ne parlerai plus jamais à Dieu », s’était promis l’enfant Sylvia Plath après la mort de son père. Et c’est bien dans la douleur et la tension, sujette constamment à la dépression, que la poétesse américaine a vécu sa courte vie jusqu’à son suicide en 1963. Sa vie blessée, et surtout son œuvre d’une grande vitalité, une autre poétesse, Valérie Rouzeau, les a revisitées avec beaucoup d’empathie.

Valérie Rouzeau est une jeune poétesse dont on a beaucoup parlé ces dernières années, de façon élogieuse et justifiée, car on y reconnaît le talent indubitable d’un auteur qui sait forcer les mots sans forcer la note. Des recueils tels que "Chantiers d’enfance", "Pas revoir" ou "Va où" ont imposé son écriture. Mais Valérie Rouzeau est aussi traductrice, notamment de Sylvia Plath (« La Traversée » in « Arbres d’hive »r, Poésie/Gallimard, 1999) qu’on ne s’étonne pas de la voir aimer. Elle était donc toute désignée pour lui consacrer un volume de la collection « Poésie » de Jean-Michel Place, collection qui invite un écrivain à évoquer un poète contemporain et à proposer un choix de ses poèmes.

Une vitalité, au-delà du mal être

« Des jours et des jours, des mois et des saisons et des années, Sylvia Plath a lutté pour ne pas se tuer, lutté pour continué à vivre » : ainsi commence l’évocation chaleureuse - j’ai envie d’écrire « fraternelle » - que fait Valérie Rouzeau du « galop infatigable » d’une vie et d’une écriture.

On connaît tous la vie blessée de cette poétesse (pour qui « l’air est tissé d’hameçons ») qui s’est suicidée en 1963, à 31 ans, on sait ses amours tourmentées avec Ted Hughes et la renommée posthume de son œuvre ; Valérie Rouzeau nous rend surtout sensible l’énergie qu’elle a déployée pour écrire et vaincre ses démons, tenter de domestiquer ses souvenirs (celui de son père mort quand elle avait huit ans, surtout) et de métaphoriser ses obsessions.

Du coup, au-delà du mal-être, c’est une vitalité qui est mise en lumière, notamment celle d’un vers nerveux, inventif, qui ne recule ni devant les audaces, ni devant les combats à mener contre ses propres ténèbres.

Bien que je connaisse mal l’œuvre de Sylvia Plath, le choix des poèmes (extraits d’"Arbres d’hiver", de "Trois femmes : poème à trois voix", de "La Traversée", et d’"Ariel") me paraît éclairant : on y perçoit bien tout ce qui s’y joue, dans la jubilation de la création, de crucial pour tenir tête avec cran à l’étrangeté d’une « chose obscure » en soi, peut-être une enfance dont elle n’est pas revenue, le vide laissé par un père mort et un dieu évanoui.

Michel Baglin (Notes de lecture parue dans Poésie 1 n°30 juin 2002)

samedi 25 juillet 2009, par Michel Baglin

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Valérie Rouzeau
Sylvia Plath,
Un galop infatigable

Jean Michel Place ed.
126 pages, 11 euros



Valérie Rouzeau

Valérie Rouzeau est née en 1967, dans une famille de récupérateur du Cher souvent évoquée dans ses poèmes, notamment la casse de son père dans « Chantier d’enfance ».
Ses recueils, très remarqués, surtout « Pas revoir », lui ont valu une notoriété qui l’amène à multiplier les lectures publiques, les rencontres, les ateliers dans les classes, etc. Elle est aussi traductrice (Sylvia Plath, William Carlos William) et a même écrit pour le groupe Indochine (les chansons : "Comateen 2" , "Ladyboy" et "Talulla").
Lire l’article sur Valérie Rouzeau

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