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Georges Cathalo publie

« A l’envers des nuages », « L’Echappée »...

...Et quelques autres lectures



Georges Cathalo a publié, chez Michel Cosem, à l’enseigne d’Encres vives, une plaquette intitulée « A l’envers des nuages » (« Il y a toujours mille soleils à l’envers des nuages », dit un proverbe indien, cité en exergue), après avoir donné, chez le même éditeur, « L’échappée » , en 2006.
Une occasion de revisiter son œuvre à travers quelques-uns de ses recueils.



« Au carrefour des errances »

Ce « carrefour des errances » publié par Airelles éd., est aussi un carrefour des amitiés : chacun de ces 18 poèmes est en effet dédié à un autre poète, ami de l’auteur, Georges Cathalo.
Pour la tonalité, on retrouve le sentiment de déréliction, cette sorte de désespoir – stoïque en ce qu’il s’accompagne d’une farouche volonté de lucidité – qui caractérise la poésie de Cathalo. Il s’agit bien de « résister aux mirages » sur une « terre sans promesses » où nous avons su « inventer l’enfer ». Sur cette terre où partir et revenir est pour les uns un peu la même façon de tourner en rond (« vous arrivez vous repartez / et rien ne change autour de vous »). Où pour d’autres, migrants « de toutes les douleurs », cela s’appelle l’exil. Où tout relève en somme du faux départ et néanmoins vous livre aux « vents contraires ».
On sent pourtant entre les lignes des poèmes de Cathalo un amour de la terre, de la nature et de la « douce saveur des choses », tellement menacée… Avec l’amitié, voilà qui constitue peut-être comme une consolation, une « étincelle égarée parmi les galaxies ».



« A l’envers des nuages »

Qu’ils soient constitués de vers brefs, de lignes de prose ou de versets, tous les poèmes qui composent cet ensemble, comportent le mot « nuages ». Au pluriel de préférence, car l’approche est multiple de cet ange des métamorphoses. Mais la fascination est une, qui s’éprend des formes diverses, « passions et dissipation », « barques dans un océan vide », voile sur des prairies de montagne...
Qu’ils se déclinent en divers paysages pyrénéens ou s’associent aux thématiques du désir, de l’enfance, du silence, les nuages sont d’abord et surtout la figure du temps. Sa fuite court partout, en filigrane, dans chacun de ces poèmes et constitue leur fil rouge. Aussi l’apostrophe aux nuages, au centre du recueil, s’articule-t-elle sur un leitmotiv : « vous passez ».
Georges Cathalo a publié plus d’une vingtaine de plaquettes depuis « Salves », prix Voronca 1979, mais il est aussi un critique littéraire abondant, qui donne de nombreux articles et des chroniques à diverses revues. Il est enfin l’auteur de recueils et de compilations de formes brèves, qu’il affectionne particulièrement. Ainsi nous a-t-il réjouis de ses « Brèves d’ovalie » . Avec « A l’envers des nuages » il renoue avec sa veine la plus féconde, la poésie.



« L’Echappée »


Après « Des mots pleins les poches » (éd Milan) plus particulièrement adressés aux enfants - et si l’on excepte ses « Brèves d’ovalie » (Chiflet & Cie éd. 2007) qui ont connu un franc succès dans le registre de l’humour -, l’une des dernières publications de Georges Cathalo est d’une tonalité bien plus grave et mélancolique, celle de nombre de ses poèmes - celle de « On aura » par exemple, publié il y a quelques années à La Bartavelle éd.
Son titre - « L’Echappée » - fait référence à tout ce qui nous détourne de l’essentiel, à cette tentation perpétuelle de la distraction pascalienne pour se dérober à la perspective insoutenable de notre condition.
Mais il n’y pas d’échappée en fait chez cet auteur qui a toujours ancré sa poésie dans le quotidien (il nomme d’ailleurs ses poésies des « quotidiennes »). Et l’on évoque ici encore à travers un jardin, une visite, le souvenir de Jean Malrieu, des maisons et des paysages, un rapport au monde à la fois douloureux et ébloui. D’autant plus douloureux, d’autant plus ébloui que l’âge peu à peu rend la contemplation plus lourde, les amis et parents plus clairsemés, la beauté du monde plus précieuse.
Ce recueil est publié par Michel Cosem et les éditions Encres Vives (2, allée des Allobroges. 31770 Colomiers. 6.1 euros.)



« Ce qui se dit »


Ce qui se dit, ce qui se tait viennent à se ressembler dans le même tremblement, « à mi-chemin du rêve et du réel », lorsqu’on les confronte à la précarité des gestes et à la fragilité de la parole. Extrêmement ramassée, la poésie de Cathalo mesure chaque instant et chaque mot à l’aune de l’oubli qui les guette, du néant où ils se diluent. Aussi « l’image obstinée » est-elle toujours minée de l’intérieur par le temps et le doute, ce dernier exigeant le conditionnel pour chaque poème. « La poussière du monde s’engouffre dans la lumière » pour ne connaître qu’une existence tremblante et éphémère, comme les éclats et les rumeurs d’un jour d’été : « à nous sous la menace / d’en dresser l’inventaire / à chaque seconde ». Mais en sachant que ce qu’on pourrait dire « ne serait qu’une parole », soit : « une pincée de nuit ». (Texture, 1983)


« Malgré tout »


Supplément à la revue Décharge, une plaquette de poèmes brefs où l’on reconnaît le ton Cathalo : une lucidité sans concession sur les désastres ordinaires de la modernité, mais aussi la volonté de savourer et de sauver ce qui peut l’être, « un coin de terre / où l’herbe pousse encore ». Autrement dit, « encore / et toujours veiller », prendre « le pouls des jours », se dresser contre « les complots du silence » car « si on parle c’est que cela vit encore / quelque part / sous la langue et la peau ».



« On aura »


Le futur antérieur donne une tonalité de tragique voilé aux poèmes de Cathalo qui, chacun, commence par la formule « On aura ».
« On aura tout vu, on aura tout dit, on aura cru se sauver, se survivre. » Ce futur ambigu qui joue les passés est une subtile mise en perspective des jours, perçus avec le recul du dérisoire. « On aura » ouvre le domaine de la mémoire et des rétrospectives inéluctables ; mais, surtout, dessine en filigrane du présent ce point de fuite lointain, extérieur, vers quoi tout converge, d’où tout semble prendre sens, perdre sens.
Malraux disait que la mort transforme la vie en destin. Le futur antérieur de Cathalo est, lui, ce mode de perception qui dévoile le tragique du quotidien. (La Bartavelle, 1987).



« Quotidiennes du proche et du lointain »


« Partir sans s’éloigner » : de cette double tentation le quotidien nourrit nos amours, nos frustrations et sa fondamentale ambiguïté, dans cette « troublante certitude / d’avoir à choisir seulement / entre la fuite et le combat ».
A travers ces poèmes de quelques vers qu’affectionne Cathalo et qu’il appelle des « quotidiennes », comme autant de notes, on reconnaît un peu de nostalgie (« au fond d’une gare abandonnée / moisit le bois d’un butoir ») mais surtout l’œil critique porté sur un monde où l’homme lui-même se perd : « Mille siècles ne te suffiraient pas / pour parcourir vraiment / oui vraiment / les sentiers de ton enfance / toi qui désormais / glisse bêtement / de rocade en autoroute. »
Une suite de quarante poèmes sur un « vivre ici », dans la difficulté de bâtir « une principauté à sa mesure », « un havre artisanal / qui jamais ne s’achèvera » face à un univers qui vous écrase, sachant « qu’un coup d’épaule suffit / à refermer les battants des sas / entre vide et néant ». (éditions Clapas.Aguessac.)



« Quotidiennes pour résister »

Depuis de nombreuses années, Georges Cathalo décline ses poèmes et ses plaquettes sur le thème des « quotidiennes » - quelques vers prenant appui sur ces instants des jours fuyants chargés d’émotion et de sens. Il y eut ainsi « Quotidiennes du proche et du lointain » (Clapas), puis « Quotidiennes pour oublier », « Quotidiennes pour dire » aux éditions La Porte et, cette fois-ci, chez le même éditeur, « Quotidiennes pour résister » . Seize poèmes insurgés contre le luxe, le cynisme, la haine et la barbarie dans une époque qui nous voit « envasés dans les confusions mentales ». Un appel à « allumer des contre-feux / créer des contre-poisons » qui exhorte aussi les poètes à « reprendre les armes des mots. »



Lire aussi :

Georges Cathalo : « Bestioleries poétiques »

Georges Cathalo : « L’ivre de livres »

Georges Cathalo : « La feuillée des mots »

Trois plaquettes

Georges Cathalo : « Au carrefour des errances »

Georges Cathalo : « Noms communs, deuxième vague »

Georges Cathalo : « A l’envers des nuages » & « L’Echappée »

Georges Cathalo, le poète du quotidien (portrait)



mercredi 8 avril 2009, par Michel Baglin

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Georges Cathalo, ses dates et ses publications

Né le 22 décembre 1947 à Albi, Georges Cathalo a passé toute son enfance dans la campagne tarnaise. Après des études à Gaillac et à Toulouse, il devient instituteur en 1968 et fait le choix d’enseigner dans des villages de campagne. Il vit depuis lors à Saint-Vincent, en Lauragais, non loin de Toulouse. Il est marié depuis 1969 avec Marie-Claude et il a deux filles et trois petits-enfants.
Ses premières publications datent de 1974 avec la parution de quelques poèmes dans « L’Envers et l’Endroit », l’originale revue de Charles Autrand, dans « La Tour de Feu », la mythique revue de Pierre Boujut et dans « Haut Pays », l’artisanale revue que Pierre Gabriel imprimait sur sa presse à bras.
Par la suite, sa passion pour les revues de création et de découverte ne se démentira pas et il collaborera à plus d’une cinquantaine d’entre elles, parmi lesquelles on peut citer Décharge, Arpa, Création, Foldaan, Lieux d’Etre, Traces, Regart, Le Journal des poètes, Verso, ...
A partir de 1980, il a fait paraître des recueils de poèmes chez divers éditeurs plutôt confidentiels, soucieux de proposer des ouvrages artisanaux tirés à un petit nombre d’exemplaires.
Il a obtenu le Prix Voronca en 1979 et le Prix Froissart en 1985 ; ces deux prix sont décernés par un jury à un manuscrit anonyme qui est ensuite édité.
Des poèmes de Georges Cathalo ont été retenus dans quelques anthologies de poésie contemporaine comme « Matins » aux Editions du Pavé en 1984, « Les Poètes du Sud-Ouest » aux éditions Multiples en 1985, « La puce et la plume » aux éditions du Cherche-Midi en 1986 ou encore « Droits de l’Homme, Paroles de Poètes » aux éditions du Dé Bleu en 1989.
Il a fait partie du Comité de rédaction des revues « La Tour de Feu » (1981), « Texture » (1983/1989), « Friches » (1997/...), ...
Il continue à faire paraître régulièrement des chroniques de lectures ou d’humeurs dans des revues telles que Décharge, Rétro-Viseur, Friches,...

Georges Cathalo affirme qu’il n’a jamais cherché à se définir clairement et que s’il ne devait retenir qu’une seule définition en guise d’auto-portrait, il choisirait celle du poète surréaliste Achille Chavée : « Je suis un vieux peau-rouge qui ne marchera jamais dans une file indienne. »



« Près des yeux près du cœur »

« Près des yeux près du cœur » est un petit recueil de Georges Cathalo, qui s’adresse aux enfants (jeunes ou vieux) que nous sommes ou demeurons. Pourquoi ? Parce qu’il s’amuse des mots, et des choses petites comme cailloux qu’on menace de noyer dans le béton, soupirs, trombone au fond d’une poche, arbres qui mangent les nuages, aiguilles de montre, battements de cœur et autres « pauvres colifichets ».
On l’aura compris, on est assez loin ici des écrans et des « consoles qui ne consolent pas ». On chante le vent, on parle de la nuit et des projets, on regarde passer un vol de canards. On approche le quotidien par le versant émerveillé de la poésie. « Regardez disent les mots / écoutez disent les yeux ». Oui, il faut donner à voir le monde pour apprendre à l’aimer, d’où le titre du recueil que publie la Renarde Rouge avec de belles illustrations d’Evelyne Bouvier. (48 pages. 15 euros).


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