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Jeanine Salesse

« À la méridienne »

Si le peintre dispose de couleurs, le poète n’a que les mots pour traduire ce qu’il découvre . Ceux de Jeanine Salesse ne se contentent pas de décrire, ils mettent en rapport la nature et l’humain.



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Photo Michele Roger

Jeanine Salesse serait-elle un poète naturaliste ? A lire ces proses poétiques ou poèmes en prose, on ne peut en douter, mais il y a plus : elle ne se contente pas d’observer, de décrire et d’écrire, elle met en rapport la nature et l’humain, les mots et les choses. Observatrice, Jeanine Salesse l’est : rien ne passe à côté de son regard sans être transcrit. Des choses les plus insignifiantes aux descriptions des oiseaux, des fleurs, les mots traduisent avec précision ce qu’elle voit. « Les oiseaux s’appellent. La voix aimée comme une doublure soyeuse s’inquiète avec eux de bourgeons, de brindilles, de vers. »
Dans ces proses ce ne sont pas seulement des descriptions qui sont offertes au lecteur mais aussi leur interprétation dans l’esprit du poète. La nature ne cesse d’être proche de l’homme : il y a entre celle-ci et celui-là une correspondance que Jeanine Salesse exprime avec force : « Les plantes ont soif, boivent la gelée blanche, ont soif encore. Nous ne serons jamais désaltérés. Et pourtant, toujours complices de la vie ordinaire.  » Aussi l’influence de cette même nature, de ses habitants sur nos sentiments est-elle remarquable : Jeanine Salesse le sait et transmet ce qu’elle éprouve : « Une joie de rien se débat, un mot mal ajusté entre les lèvres, un pétale enseveli sous les feuilles noires, tombées des pommiers. » Ce sont ces alliances qui font qu’une certaine fraternité s’établit entre la nature et le poète, que cette nature dans son humilité, sa simplicité bouleverse l’être même de celle qui se laisse aller à la contemplation : « Une centaurée au bleu neuf me récupère et je tangue avec le chardonneret qui la fouille, oubliant mon corps las, mon cœur jamais rassuré. Je me laisse boire par le soleil. »

L’émerveillement l’emporte

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(Jeanine Salesse : « À la méridienne ». Éditions Petra, 118 pages. 14 € )

Si le peintre dispose de couleurs, le poète n’a que les mots pour traduire ce qu’il découvre . Aussi chez Jeanine Salesse, l’interrogation à propos des mots est-elle incessante : sans eux pas d’écriture, par d’évocation ou de descriptions : « Des mots veulent être mis au monde. Allez vous perdre. Vous perdre loin d’ici ! Cependant ils forcissent, lâchent des graines, s’échappent par le bout des doigts, se déposent sur le papier. » Ces mêmes mots permettent de rendre compte des sentiments que le poète éprouve, ainsi qu’une reconnaissance envers ce peuple minuscule des oiseaux : « Comme l’oiseau invente le bonheur dans mille soucis. Ne pas perdre la brindille, en forcir le nid. Ne pas rater l’insecte, le donner au petit. Être un bon parent pour autrui et pour soi.  »
Au fil des saisons qui transforment la nature, le regard change. Parfois la nostalgie s’empare du poète quand il s’agit de la fin de l’été, mais l’émerveillement l’emporte en face des couleurs : « Le silence bruit des pas en allés. On continue de s’émerveiller : le rouge nous régénère. »
De ce foisonnement d’arbres, de fleurs, d’oiseaux, naît le poème qui s’empare du monde et transcrit ce que l’observatrice-poète ressent et donne à voir. Il est rare que la nature soit aussi bien traduite qu’elle l’est ici et ce journal qui traverse plusieurs années ne cesse de captiver le lecteur pris par ces observations, ces réflexions par cette fête que la nature offre à qui sait la regarder.

Max Alhau



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lundi 21 mars 2016, par Max Alhau

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Jeanine Salesse

Jeanine Salesse vit dans le Val-de-Marne où elle a exercé la profession d’institutrice avec passion.
Elle se met à l’œuvre après de longues randonnées familiales ou solitaires. Ses pas vibrent de mots, de souvenirs, d’échos enchâssés dans le mouvement, celui d’écrire et celui de marcher.
Elle a publié, à ce jour, de nombreux recueils dont le plus récent : « L’épaule du paysage » chez Tarabuste. Des anthologies ont souligné sa présence poétique.
Elle a été l’invitée de la Biennale des poètes en Val-de-Marne.



Lecture de Michel Baglin

De prime abord, à la lecture de « À la méridienne », la poésie de Jeanine Salesse peut sembler bucolique ; cette randonneuse amoureuse de la nature, des plantes et des bêtes chante pour nous faire prendre pied dans un monde bien vivant et concret. Elle « s’agrippe à la corde des mots trop enclins à s’envoler », pour façonner des poèmes et une parole qui « unit au monde ». Elle sait nous rendre « complices de la vie ordinaire ». Pour autant, la beauté est aussi source de frustration et cet éblouissement plus secret qui saisit les êtres immergés dans la lumière de midi ne saurait protéger des « crocs du manque ». Les jardins où nous emmène Jeanine Salesse sont aussi bien ombreux, travaillés d’inquiétude et de mystère. Car « la tranquillité contient aussi la tourmente, ce manque d’espoir maté sous le sourire ». Et les fantômes rôdent quand « le silence bruit des pas en allés ».

Michel Baglin



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