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Max Alhau

« Ailleurs et même plus loin »

Une lecture de Michel Baglin

Poète, Max Alhau est aussi nouvelliste. Son sixième recueil de nouvelles vient de paraître aux éditions du Revif : huit nouvelles fantastiques pour explorer le réel et ses lisières.



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124 pages. 16 euros.

Tzvetan Todorov dans son « Introduction à la littérature fantastique » définit le fantastique comme le genre privilégiant l’hésitation entre l’explication rationnelle (roman réaliste) et l’explication surnaturelle (le merveilleux) des histoires racontées : la narration confronte le lecteur à des événements étranges survenant dans un monde familier, sans qu’il puisse décider quel type d’explication va finalement l’emporter. Les nouvelles de Max Alhau répondent souvent et au moins en partie à cette définition, notamment celles que viennent de publier les éditions du Revif sous le titre « Ailleurs et même plus loin »  : tout commence dans un univers très ordinaire pour déraper bientôt sans qu’on sache qui régente l’étrangeté qui gagne.

Questions sans réponses

Ainsi de cette première nouvelle qui donne son titre au recueil (il en compte huit) : Manuel Rosario va s’embarquer pour New York mais à l’aéroport, il découvre que les panneaux ne comportent plus aucune indication sans que personne ne semble s’en étonner. Il veut se renseigner et finalement se voit interrogé par les autorités, puis embarqué dans un pays dont il ignore tout et où il va errer en quête d’impossibles explications dans un univers kafkaïen.
Dans « Au bon soin de l’absent », c’est la disparition mystérieuse d’un individu dont il a découvert la voiture abandonnée qui lance Paul Lavoine dans une enquête semblant déranger tout le monde, et d’abord l’ordre des choses et des autorités… « La mémoire d’un autre » est encore plus troublante car elle met en scène un homme qui, après une opération, a l’impression d’avoir hérité, avec sa mémoire, de l’identité d’un autre.
Qui est Clélia, la jeune maîtresse sensuelle de « l’Ombre portée », qui n’habite pas à l’adresse donnée à son amant ? Un phantasme peut-être… Tout comme l’actrice d’un film dans laquelle un homme au cinéma a soudain la certitude de reconnaitre sa femme, alors qu’elle prétend n’avoir jamais tourné. Ou cette femme troublante qui, dans « Rencontre », s’avère être un portrait…
Un simple détail, comme la disparition d’un livre, peut faire basculer le protagoniste principal (les autres personnages semblent toujours ne s’apercevoir de rien) dans les affres du doute et des questions sans réponses. Car ici, pas plus que chez Kafka, la clef de l’énigme n’est fournie : sous les apparences trompeuses et rassurantes, l’étrangeté seule est patente et l’important réside dans l’inquiétude, voire l’angoisse, des humains qui la devinent dans le quotidien et les interstices du banal. L’écrivain argentin de « L’arbitraire », qui prétend avoir été torturé sous la dictature du sinistre Videla et avoir été soudain relâché sans raison avant de choisir l’exil, reste lui-même dans l’ambigüité jusqu’à la fin. On ne sait trop s’il a trahi dans la fuite, fui dans la trahison et lui-même, sans doute, n’a que des certitudes de façade…
Oui, la perplexité est en bout de ligne, toujours de mise dans les fictions de Max Alhau. Les questions sans réponses, semble nous dire l’auteur, sont les seules qui méritent d’être posées et incarnées en des personnages troublés et troublants, perdant pied pour mieux nous rappeler que rien n’est jamais acquis de ce que nous croyons établi – et surtout pas la vérité.

Michel Baglin



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mercredi 27 février 2013, par Michel Baglin

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Sa biographie

Max Alhau est né le 29 décembre 1936 à Paris.
A u cours de son service militaire, il rencontre Gérard Le Gouic).
Reprend des études de lettres à Paris puis à Toulouse, Licence, D.E.S. consacré à Alain Borne sous la direction de Michel Décaudin. C.A.P.E.S. de Lettres modernes.
Il enseigne dans la banlieue parisienne puis au C.N.E.D. de Rennes. En 1982, sous la direction de Michel Décaudin, thèse de doctorat : Gabriel Audisio, un écrivain méditerranéen.
Son temps se partage entre voyages, écriture, traductions de l’espagnol de quelques poètes et participation à plusieurs revues.


Sa bibliographie

Poésie :

Le Jour comme un ressac, Guy Chambelland, 1964,
Le Pays le plus haut, Guy Chambelland, 1966,
Le Temps circule, Subervie, 1968, Prix Voronca,
Itinéraire à trois pronoms, Guy Chambelland,
L’Espace initial, Guy Chambelland, 1975,
Trajectoire du vent, Brandes, 1979,
Passages, Rougerie, 1980,
Les Mêmes lieux, Rougerie, 1982,
L’Instant d’après, Brandes, 1986,
Ici peut-être, Rougerie, 1987,
L’Inaccompli, Sud, 1989,
D’un pays riverain, Rougerie, 1990,
Sous le sceau du silence, Rougerie, 1995, Prix Artaud,
Le Fleuve détourné, L’Arbre à paroles, 1995,
Le Bleu qui précède la nuit, L’Arbre à paroles, 1998,
Cette couleur qui impatiente les pierres, Voix d’encre, 1998,
Ocre, La Porte, 2001,
Interroger la terre, La Porte, 2002,
Á la nuit montante, Voix d’encre, 2002,
Nulle autre saison, L’Arbre à paroles, 2002,
Nommer la nuit, La Porte, 2003,
Horizons et autres lieux, Encres vives, 2004,
Proximité des lointains, L’Arbre à paroles, 2006, Prix Charles Vildrac de la S.G.D.L.
D’asile en exil, Voix d’encre, 2007, Prix Georges Perros.
Du bleu dans la mémoire, Voix d’encre, 2010.
Aperçus - Lieux - Traces, éditions Henry, 2012.
Le temps au crible, L’herbe qui tremble, 2014.

Nouvelles :

Le Chemin de fer de petite ceinture, Le Temps qu’il fait, 1986,
La Ville en crue, Amiot-Lenganey, 1991, Grand prix de la nouvelle de la S.G.D.L.
La Falconnière, Editinter, 2000,
Une ville soudain désertée, Editinter, 2004,
L’État de grâce, Le Petit Pavé, 2009.
Ailleurs et même plus loin, éditions du Revif, 2012

Prose :

Retour à Lisbonne, Tertium éditions, 2007.



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