Jean-Claude Pirotte

« Ajoie »

Le récent recueil de Jean-Claude Pirotte est fortement ancré dans le territoire d’« Ajoie » et l’occasion pour le poète de faire entendre sa petite musique particulière.



Sous le titre énigmatique d’ « Ajoie » se cache une région située dans le nord-ouest du canton suisse du Jura (district de Porrentruy) comprenant entre autres sites la vallée de Vendline, une rivière qui traverse ce canton, et le Mont Terri, aussi appelé Mont Terrible pendant la période napoléonienne… C’est dire que le récent recueil de Jean-Claude Pirotte est fortement ancré dans un territoire puisque le lecteur trouvera d’un vers à l’autre les noms d’Ajoie, d’Ajoulot, de Bonfol, de Mont Terri ou Terrible… et un "documentaire" qui clôt le recueil en situant précisément le contexte des poèmes.
Ce plateau d’Ajoie est l’occasion pour Pirotte de faire entendre sa petite musique particulière : ses poèmes sont faits de mètres réguliers la plupart du temps même s’il mêle parfois des vers voisins (7 et 8 pieds par exemple), la rime et l’assonance viennent parfois et le poème boite un peu comme la vie de tout le monde ou presque.
Ce plateau et la légende de saint Fromond qui y aurait établi son ermitage sont l’occasion et le prétexte pour Jean-Claude Pirotte d’une méditation sur la vie et de revenir (avec légèreté, comme en passant) sur sa biographie (la prison, l’errance et son hétéronyme Ange Vincent) : « il fait sombre aujourd’hui comme au seuil des prisons / j’ai connu les prisons je sais de quoi je parle ». Mais aussi d’explorer la dualité de l’être humain (la bête et l’âme voisinent dans ces vers). Ce recueil a une tonalité grave due à la présence de la mort qui approche, qui rode : « … je n’ai plus de raison d’avoir peur // de mourir… » Mais il est aussi traversé (paradoxalement ?) par un réel attachement à la vie : « à chaque aube un mystère / oppose un démenti / à la matière obscure » ; c’est la joie des boutons d’or, des bleuets, il y a dans ces poèmes comme un éloge de la beauté cistercienne qui fait penser aux derniers poèmes linéaires de Pierre Garnier (on y retrouve la fleur, le cheval…)
Cette description d’un lieu traversé par la légende du colombanisme est aussi l’occasion pour Jean-Claude Pirotte d’évoquer quelques-uns de ses poètes et romanciers d’élection : Béatrice Beck, Andrée Sodenkamp, Georges Schehadé, Armen Lubin, Ramuz… et Henri Thomas et André Dhôtel dont des vers servent d’exergue aux trois parties du recueil. Et ce n’est pas sans contribuer à la petite musique propre à Pirotte qui est celle de la vie et de cette confrérie singulière : celle de la poésie.

Lucien Wasselin



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jeudi 31 mai 2012, par Lucien Wasselin

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Jean-Claude Pirotte
« Ajoie »


La Table ronde éditeur,
112 pages, 14 €.
(Prix Apollinaire 2011).



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