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Max Alhau

« Aperçus – lieux – Traces »

Max Alhau vient de publier un recueil d’une centaine de pages, «  Aperçus – lieux – Traces », dans l’élégante (et peu onéreuse) petite collection « La main aux poètes » des Éditions Henry.



Le titre, « Aperçus – lieux – Traces » , énonce en fait trois des quatre parties qui constituent le livre, la dernière étant une courte suite en forme d’« Éloge du vent ».
Dans la première, l’auteur évoque le compagnonnage des visages, des silhouettes et des moments qui peuplent un « espace impalpable et creux, à jamais hors de portée ». Ce sont des « aperçus » qui perdurent : attitudes fugitives, villes visitées – Venise, Montréal, Chicago, New Delhi – ou simplement deux bouleaux dans une cour, la neige qui réveille l’enfant que l’on fut. Ou encore l’enregistrement d’une voix (celle de Rousselot peut-être, à qui est dédié le poème) qui permet de résister à l’oubli, à l’absence. Car c’est bien cette sorte de dialectique entre temps qui fuit et mémoire souvent involontaire (le poète parle de « l’atelier des souvenirs » car les souvenirs nous travaillent), qu’on trouve à l’œuvre dans ces pages…
Le randonneur qu’est Max Alhau interroge beaucoup les paysages : « Tu glisses ainsi d’un horizon à un autre, étonné d’une telle confiance envers des paysages qui te le rendent bien », écrit-il. Ils sont l’objet de la deuxième partie et de ses « petites proses montagnardes » s’ouvrant sur ces lignes : « Comme si, à perte de vue, avec le regard qui s’étend jusqu’à l’extrémité de ces sommets, on croyait se situer en retrait du temps. »
Pas de retrait pourtant. On peut ici rêver de se fondre, d’en oublier jusqu’au langage (« Pourquoi nommer ces lieux ? Seule importe leur présence ») tant il est vrai qu’« ici, tout concourt à s’abstraire du monde, à faire que ces paysages désavouent l’histoire, le passage, la mort ». Arrivé au sommet, la tentation est d’ailleurs grande de se résorber dans la contemplation alors que « la barbarie du monde cède en face de ces paysages », et le poète évoquant le marcheur peut déclarer : « Avec la montagne et le ciel, il s’offre dans son innocence retrouvée, dans sa quête d’une éternité à laquelle il feint d’avoir renoncé ».
Mais l’homme, pétri de vertige et de raison, devient, par la résurgence des moments enfuis, ce spectateur qui demeure « poignardé par la mélancolie », en exil de lui-même. L’éternité est toujours reperdue. Il faut aller, marcher, pour ne pas sombrer, comme dans cette suite sur les Antilles où le poète affirme que « ces étendues, ces plages jamais atteintes, toujours entrevues, ce sont elles qu’il convient de poursuivre ». Ce qui n’exclut nullement de savoir faire halte, pour tenter de capter un peu de l’instant qui fuit. « On ferme les yeux, ce n’est pas pour abolir le monde mais pour retrouver quelques images : un arbre qui chancelle, un lac aux eaux incertaines, un pays qu’avive la lumière ».
Ce balancement entre les souvenirs créant une « impression d’exil » et l’action qui nous jette en avant est perpétuel et s’inscrit quasi comme une source de l’écriture. On le préserve « par des mots serrés sur la page ». Il nous fait compagnons du « vent phœnix » à la fois souffle, âme et esprit, ce vent dont Max Alhau, poète et marcheur proclame : « tu le suivras jusqu’à perdre haleine » et qui est une autre figure de la poésie.

Michel Baglin



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lundi 14 janvier 2013, par Michel Baglin

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Max Alhau
« Aperçus – lieux – Traces »


(112 pages. 6 euros)



Max Alhau

Max Alhau est né le 29 décembre 1936 à Paris.
A u cours de son service militaire, il rencontre Gérard Le Gouic.
Reprend des études de lettres à Paris puis à Toulouse, Licence, D.E.S. consacré à Alain Borne sous la direction de Michel Décaudin. C.A.P.E.S. de Lettres modernes.
Il enseigne dans la banlieue parisienne puis au C.N.E.D. de Rennes. En 1982, sous la direction de Michel Décaudin, thèse de doctorat : Gabriel Audisio, un écrivain méditerranéen.
Son temps se partage entre voyages, écriture, traductions de l’espagnol de quelques poètes et participation à plusieurs revues.



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