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Georges Cathalo :

« Au carrefour des errances »

Georges Cathalo vient de publier « carrefour des errances ». Christian Saint-Paul et Michel Baglin l’ont lu.



Une lecture de Michel Baglin

Ce « carrefour des errances » publié par Airelles éd., est aussi un carrefour des amitiés : chacun de ces 18 poèmes est en effet dédié à un autre poète, ami de l’auteur, Georges Cathalo.
Pour la tonalité, on retrouve le sentiment de déréliction, cette sorte de désespoir – stoïque en ce qu’il s’accompagne d’une farouche volonté de lucidité – qui caractérise la poésie de Cathalo. Il s’agit bien de « résister aux mirages » sur une « terre sans promesses » où nous avons su « inventer l’enfer ». Sur cette terre où partir et revenir est pour les uns un peu la même façon de tourner en rond (« vous arrivez vous repartez / et rien ne change autour de vous »). Où pour d’autres, migrants « de toutes les douleurs », cela s’appelle l’exil. Où tout relève en somme du faux départ et néanmoins vous livre aux « vents contraires ».
On sent pourtant entre les lignes des poèmes de Cathalo un amour de la terre, de la nature et de la « douce saveur des choses », tellement menacée… Avec l’amitié, voilà qui constitue peut-être comme une consolation, une « étincelle égarée parmi les galaxies ».

Michel Baglin



Une lecture de Christian Saint-Paul

Georges Cathalo, que l’expérience avérée projette « Au carrefour des errances », débute son recueil par une question : « Que voyez-vous qu’on ne voit pas / au-delà des horizons figés », à laquelle il répond, fort de ce que « les poètes sont des sorciers » : « une neige / de toutes les couleurs ». Chaque poème est dédié à un ami poète et à Claudine Goux, artiste plasticienne. « Embarquement » s’adresse à Casimir Prat, dont nous savons qu’il exècre les voyages et nous le voyons mal « s’embarquer sur le premier rafiot venu », mais l’errance intérieure du poète n’en est pas moins permanente. Il faut pouvoir « résister aux mirages » sans « se confier aux vents contraires », ces « vents contraires » (il le répète) qui traquent les « déracinés » comme ceux de la famille d’Eric Fraj.
Le poème à Claudine Goux dont l’art primitif enchante revues et recueils, est un lamento sur les Inuits qui « sont sacrifiés ». Cette colère sociale est contenue aussi dans le texte à Louis Dubost avec ceux qui n’ont plus « qu’à attendre / des jours gonflés de haine / et de silences retenus ».
Mais le retournement est toujours possible, Cathalo n’est pas de ceux qui ferment les portes à clef, « alors sur le damier des villes / surgira l’espoir l’inattendu » et « les morts restent vivants », « ils demeurent ce qu’ils furent ». Devant la fatalité, il trouve le mot simple qui suffit : « dommage » : « dommage (…) / pour ce que l’on aurait pu vivre encore ».
Ce grand lucide pratique une humilité et un scepticisme qui lui suggèrent que « mieux vaudrait donc (se) taire ». Mais si l’auteur se tait, s’il cède à cette tentation de salut, il ne verra pas « ce qu’il ne savait plus voir », et il insiste car précisément ce qu’il ne sait plus voir, c’est « ce qui est déjà sous (ses) yeux » comme le gîte et le couvert qui nous attendent à chacun des retours de nos errances.
L’ami libraire, Bernadou, qui aime les îles, retrouvera une odeur de livre neuf et « la petite clé / celle qui ouvre / les voyages impossibles ». Mais le temps passe et recouvre d’absence et de silence le « rire des petits-enfants » et le quotidien qui ne désarme jamais est à reconstruire avec les souvenirs « étoiles éparpillées ».
Mais où les mots nous mènent-ils ? Comment en faire une destinée pour « inventer / ce qui permettrait de survivre » ? La volonté fera-t-elle renaître « le temps de la ferveur ardente » ? Peut-être, si l’on parvient à discerner ce « presque rien », « ce qui ne peut se voir / dans ce qui se donne à voir ».
Dans moins de vingt poèmes, Georges Cathalo parvient à extirper de sa vie, de ses amitiés, de ses révoltes, avec une mesure et une lucidité dont il ne s’écarte jamais, étranger à tout pathos, inexorablement fidèle à lui-même, un chant inquiet plus que désabusé, mais un chant d’amitié pour les poètes et de fraternité pour les hommes. Car ce chant de la maturité confirme par sa prouesse de sobriété, ce qu’écrivait Hemingway en 1942 dans « Men at War »  : « rien ne pouvait m’arriver qui ne soit déjà arrivé à tous les hommes avant moi ».

Christian Saint-Paul



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Georges Cathalo, le poète du quotidien (portrait)



samedi 18 juin 2011, par Michel Baglin

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Georges Cathalo
« Au carrefour des errances »


vignette de Marie-Claude Cathalo
éd. Airelles
24 p 4,00 €

Georges Cathalo

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