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Guénane

« Au-delà du bout du monde »



Qui n’a rêvé un jour de prendre sa voiture pour aller où la route s’arrête : côte ou désert ? Guénane a, semble-t-il, réalisé un tel voyage : elle est allée jusqu’au détroit de Magellan qui sépare l’Atlantique du Pacifique. Celui qui ouvre un atlas géographique à la page de l’extrême sud de l’Amérique (quelle qu’en soit l’échelle) est immédiatement frappé par les côtes extrêmement découpées, par la mer qui pénètre l’intérieur des terres, le nombre d’îles, la forme du détroit de Magellan (l’estrecho de Magallanes) et l’écheveau des canaux - comme l’écrit Guénane -…

Sur l’atlas, il retrouvera trace de Darwin avec la Cordillère qui porte son nom dans la Terre de Feu, itinéraire qu’on retrouve dans son Voyage d’un naturaliste autour du monde publié dans les années 1830. Tout est vrai jusqu’au ferry rouge (ça ne s’invente pas !) justement nommé El Yaghán, du nom du peuple amérindien qui peupla la Terre de Feu et qui naviguait sur cet écheveau dans des canots d’écorce pour chasser et qui est actuellement en voie d’extinction…

Poésie narrative et descriptive que celle de Guénane dans cette plaquette ; mais aussi allusive et impressionniste. Si les cinquantièmes hurlants (qui évoquent les quarantièmes rugissants ou les soixantièmes mugissants avec leurs vents tempétueux et leur mer déchaînée) sont bien connus, par petites touches, Guénane met en évidence le côté apocalyptique de cette région du monde : « folle géographie », « venin amnésique », « la fin de la terre n’est pas le début du ciel »… Les mots eux-mêmes ne sont jamais assez durs, assez violents pour souligner cet aspect : luciférien, tocsin, collapse… La mort rode. C’est que le détroit de Magellan, s’il est un instant qui dure, est un instant au-delà des mots qui sont impuissants à en rendre compte. Mais le grand mérite de Guénane dans cette mince plaquette, c’est de s’identifier au périple du ferry en même temps que de se livrer à une méditation sur l’humanité qui, sous des formes diverses, a peuplé le monde, fût-il hostile. « Les Yaghans savaient / se faufilaient dans les fêlures subtiles / écoutaient ces contrées indescriptibles où / nos barques étrangères échouent / à décrypter les silences ». Ou encore : « le soucieux barbu de nos origines / sourcille-t-il sur notre espèce ? » Mais le coup de grâce est apporté par la fin. L’avant-dernier poème se termine par ces vers : « sur les portulans d’autrefois / était écrit en grand : BROUILLARDS / avons-nous depuis appris à voir ? » Tandis que le dernier se termine par ces mots : « Et vous, quelles traces laisserez-vous ? ». Belles questions, pour longtemps d’actualité.

Lucien Wasselin
(Guénane, « Au-delà du bout du monde ». La Porte éditeur, non paginé (36 pages), 3,80 € le livret. Abonnement à 6 n° : 21 €. Yves Perrine ; 215 rue Moïse Bodhuin. 02000 LAON).



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lundi 30 novembre 2015

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Guénane

Guénane, poète, nouvelliste et romancière, est née à Pontivy, au cœur de la Bretagne, et vit en rade de Lorient. Après des études de lettres à Rennes où elle a enseigné, elle a vécu en Amérique du Sud.
Guénane a publié quatorze recueils aux éditions Rougerie ; de « Résurgences », 1969, à « Un Rendez-vous avec la dune », 2014.
Parallèlement, en poésie, depuis 1999, elle a publié quatorze livrets chez La Porte, principalement sur les îles du Ponant dont huit sur l’île de Groix, mais aussi « Venise ruse », 2012, « L’Approche de Minorque », 2014 et collaboré à des livres d’artiste.
En prose, elle a publié des nouvelles, des récits, des romans : les quatre derniers, Le « Mot de la fin », 2010, « La Guerre secrète », 2011, « Dans la gorge du diable », 2013, « Demain 17 H Copacabana », 2014, sont parus aux éditions Apogée.

Pour découvrir l’intégralité des publications voir sa fiche wikipedia et son site.



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