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François Laur

« Au titre de ces jours »

Le titre de ce nouveau recueil de François Laur annonce la couleur au-delà du jeu de mots que ne manqueront pas de relever certains… Si François Laur a choisi d’orthographier ainsi son titre, c’est bien qu’il veut témoigner de ce qui le relie à tout ce qui fait vivre.



Ce n’est pas que François Laur soit un optimiste béat, au contraire il sait parfaitement la difficulté d’être pleinement au monde et les échecs qui en découlent. Un texte comme « Ce que pour toi fredonne mon jardin » dit parfaitement cette distance. Rapidement, il abandonne la célébration de la femme pour celle de quelques plantes goûteuses, herbes aromatiques ou légumes. Mais le lecteur devine le même plaisir sensuel à l’œuvre dans ces proses. Surtout, il sent la même jubilation à manier les vocables les plus rares comme à interroger le vocable le plus commun, à questionner le mot en même temps que la plante, le signifiant en même temps que le signifié : « Longtemps, je me suis refusé aux blettes. Leur nom, sans doute, n’y était pas pour rien, qui conjuguait crainte de la bêtise et répulsion des poires par trop mûres, car notre menu, notre table, c’est la langue. » On pense alors à Francis Ponge, mais François Laur n’est pas un épigone du premier : son objet, c’est la sensualité, ce que les sens disent du monde. D’ailleurs il revient, avant même le milieu de sa plaquette, à son objet, la dérive botanique n’ayant été que l’occasion d’arriver à cette conclusion que les mots ont germé en lui, ce qui suppose graines, ou plutôt « grains de voix ». Et à ces voix « qui congratulaient les choses », il dit « merci d’être ». Sans que l’on sache précisément si ce merci s’adresse aux choses ou à ces voix chères. Dès lors les proses redeviennent célébration de la relation amoureuse à la femme en même temps qu’elles interrogent le monde et le pouvoir des mots.
Je disais plus haut que François Laur n’est pas un optimiste béat. C’est un optimiste lucide qui pense raisonnablement que les lendemains seront meilleurs. Mais il ajoute : « Sans doute il faudra des émeutes, et bien plus que des émeutes : des corps francs chants de bataille, une échappée étrangère à l’accord, un nouvel enchantement. » Célébration de la femme et célébration du fruit coexistent alors dans la même page. Mais, en même temps cet amour apparaît comme fragile tant les coups de boutoir de la société de la marchandise sont violents, si violents qu’on se demande si un espace existe pour abriter et vivre un tel amour, un tel bonheur… Même si, et ce n’est pas un hasard, François Laur parle de prosème : prosème à lamper, à giguer… Il faudrait alors parler du réalisme de François Laur qui se donne à lire clairement dans IL Y A : l’arbre à rêves de Bellmer, le tableau de Lestié (qu’on retrouve dans trois recueils de Laur parus précédemment), les Secrétions Proliférations de Gwezenneg qui traverse aussi l’œuvre de François Laur : réalisme fantasmé, fantasmagorique et féerique, les familiers de l’œuvre comprendront et apprécieront. Les mots, dis-je ! Aux poètes de chanter non la résignation, mais la révolte… et que les lendemains chantent pour peu que nous nous en donnions la peine ! Car il est un bonheur qui échappe au contrôle de la politique : celui du plaisir, de la liberté et des mots. Oui, en ce sens, la femme est l’avenir de l’homme ; et l’homme sera alors l’avenir de la femme, quand tous et toutes crient Non au monde de la marchandise. Si François Laur ne cesse de chanter l’amour, il ne cesse de le renouveler avec une prose et une poésie solaires. Mais il y aurait encore beaucoup de choses à dire…

(François Laur, « Au titre de ces jours ». Rafael de Surtis éditions, 52 pages, 15 €)
Lucien Wasselin



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mardi 18 février 2014, par Lucien Wasselin

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François Laur

François Laur, né en Aveyron (1943), vit aujourd’hui à Carcassonne, pays de soleil, de vin et de vent.
Il a fait ses études supérieures à Toulouse, longtemps s’est levé de bonne heure, a enseigné la littérature sur deux continents, s’est frotté de phénoménologie.
Il aime collaborer avec des artistes, écrit de brefs poèmes en prose (et, parfois, en vers).

Derniers ouvrages parus


Madrague du presque rien (avec Alain Lestié), Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2007.
Quand luminait le chardon bleu, Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2007.
La Treizième revient (avec Alain Lestié), Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2008.
Écoute flottante (avec A. et G. Perrier-Doron), Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2009.
Lieux-dits au féminin pluriel, Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2010.
Comme une peau de caravelle, Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2010.
L’arche et le clé, Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2011.
Abécéd(romad)aire, Éd. du soir au matin, Merville, 2011.
Vénus flexueuse, Les Verbieuses, Mailhac, 2011.
L’art dans le ruisseau (en colloboration), 2011.
Résonances des sources, Les Verbieuses, Mailhac, 2012.
Si loin, le temps des cerises ? Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2012.
Desseins aux lèvres (avec Alain Lestié), Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel, 2013.

Sur François Laur :

Fagots de mots (Glose de François Laur), Lucien Wasselin, Rafael de Surtis, Cordes-sur-Ciel



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