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Jean Rousselot

« Avant l’indispensable nuit »

Les ultimes poèmes réunis et préfacés par François Huglo

Poète et critique, François Huglo a longtemps correspondu avec Jean Rousselot, auquel il a consacré une étude, « Jean Rousselot ou la volonté de mémoire » au Dé Bleu en 1995.
Cette fois, il a réuni des poèmes inédits – les écrits ultimes de l’auteur–- en un recueil qu’il préface et qui porte pour titre « Avant l’indispensable nuit » (Sac à mots éditions). On y lit notamment, parmi les vingt phrases demandées pour l’inauguration de la médiathèque de St-Quentin-en-Yvelines qui porte son nom, celle-ci : « La poésie ne m’a pas fait vivre. Elle a été pourtant, à mes yeux, la seule preuve que j’existe. »



Jean Rousselot nous a quittés le 24 mai 2004. Sans doute avait-il reussi à faire de la poésie « le recours suprême contre la prose de la vie. » Cet écrivain prolifique, salué des ses débuts par Char et Eluard, bientôt ami de Cadou, Reverdy, Béalu Pierre-Jean Jouve et Max Jacob, fut en effet d’abord un poète, qui se voulut toujours lucide, critique et témoin de son temps, ce XXe siècle qu’il a traversé. La parution de ce dernier recueil est l’occasion de se remémorer l’homme et l’œuvre.

Dès 1935

Jean Rousselot, qui publia ses premiers recueils en 1935 et a produit depuis une œuvre poétique abondante, outre ses romans, ses traductions, de nombreux essais (notamment, une histoire, un panorama et un dictionnaire de la poésie française contemporaine) et des monographies (sur Max Jacob, Cendrars, Reverdy, Hugo, Milosz) est bien une « Voix majeures de ce temps », comme le signifiait un dossier de la revue Poésie1-Vagabondages dans les années 90.
Fils d’ouvriers, mais orphelin très jeune et bientôt tuberculeux, Jean Rousselot fit l’expérience du sanatorium de l’Assistance publique. Autodidacte, et marqué par le Front populaire et la Guerre d’Espagne, il développa rapidement une conscience politique et un goût affirmé pour la poésie.
D’abord marqué par les Surréalistes, puis proche de l’École de Rochefort et de ses acteurs, Rousselot entra dans la Résistance active. Il en tirera un recueil, « Le Sang du ciel » (1944) et décidera après la Libération de se consacrer entièrement à la littérature. Sa bibliographie compte plus de 140 titres !

Une volonté de lucidité

Rousselot n’a rien d’un poète « taquinant » la muse, on l’aura compris : grand voyageur en perpétuel questionnement, il nourrit son œuvre de tous les grands thèmes et d’une attention continue au quotidien comme aux problèmes de son temps. Athée, il est cependant loin d’ignorer l’interrogation métaphysique et sa poésie, très directe et multiforme, parfois engagée, lyrique avec retenue, toujours fraternelle, témoigne d’une rigueur de pensée, d’une honnêteté intellectuelle, d’une constante volonté de lucidité devant la mort et la condition d’homme. Et c’est probablement ce qu’il y a de plus marquant en elle : tous les problèmes de notre époque y sont posés sans détours ni afféteries, crûment. Ce grand poète est aussi un grand témoin.
Parmi ses principaux recueils, deux constituent des choix de poèmes, « Les Moyens d’existence » (1934-1974) chez Seghers, et « Poèmes choisis » (1975-1996) chez Rougerie. Citons encore « Déchants » (Sud poésie, 1985), « Les Monstres familiers » (Rougerie, 1986), « Pour ne pas oublier d’être » (Belfont, 1990), « Le Spectacle continue » (La Bartavelle, 1992), « Sur parole » (La Bartavelle, 1995).

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Jean Rousselot en discussion avec Michel Baglin.

Mais quel que soit le livre, le style récuse toute concession, tout nombrilisme, tout confort de mode de penser ou d’être pour seulement dire avec force l’aventure désespérée d’un homme au monde — ce legs dont il tient « l’inventaire » (« Une impossibilité / qui ferait tout son possible / pour justifier le néant / de l’avoir imaginé »). Une manière de tenir, donc.
Et c’est un fait, la « tenue » est essentielle à l’œuvre de Rousselot : elle constitue peu à peu la mesure d’une vie et d’une œuvre : « son vœu est toujours le même : sortir dignement d’ici ».

Michel Baglin


Lire aussi :

« Jean Rousselot ou la volonté de mémoire »

A propos de François Huglo

dimanche 28 février 2010, par Michel Baglin

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Jean Rousselot
« Avant l’indispensable nuit »
Sac à mots éditions
(72 pages. 12 euros)




Jean Rousselot




Jean Rousselot est né à Poitiers le 27 octobre 1913 et mort dans les Yvelines le 24 mai 2004.
Orphelin issu d’une famille ouvrière, il dut se satisfaire de brèves études et gagner sa vie dès l’âge de 15 ans.
Dans les années 1930, il contribua à la création des revues « La Bouteille à la mer » et « Jeunesse et dernier carré ». Il devint ami de Louis Parrot, Pierre Albert-Birot, Joë Bousquet. Il se rapproche de l’école de Rochefort, animée par René-Guy Cadou, et aussi de Max Jacob à qui il voue une profonde admiration dont on retrouve l’écho dans l’un de ses premiers recueils, « Pour ne pas mourir » (1934).
Après la guerre, période durant laquelle il entra dans la Résistance, il décida de quitter son poste au ministère de l’Intérieur pour se consacrer à l’écriture.
Chargé de missions de conférences par les affaires étrangères et l’Alliance française, il eut l’occasion de beaucoup voyager. Il a présidé la Société des gens de lettres et il fut membre de l’Académie Mallarmé.
Son œuvre a été distinguée par les grands prix de l’Académie française et de la Ville de Paris.



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