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Francis Pornon

AZF et Toulouse au coeur du roman

« Explosif et vieilles ficelles » & « Toulouse barbare »

À quelques jours près, la sortie du roman de Francis Pornon, « Explosif et vieilles ficelles », correspondait à l’anniversaire du 21 septembre... Normal : l’explosion d’AZF est au cœur de ce livre qui inaugure une collection de polars toulousains chez l’éditeur Mare Nostrum.



Une balade dans la ville barbare

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Francis Pornon chez lui en 2007 (Photo Michel Baglin)

Francis Pornon est un peu comme Aymeric Mercader, le héros du roman paru chez Privat : un Toulousain longtemps expatrié qui, de retour dans la Ville rose, a du mal à retrouver ses marques... Pour l’auteur, il est vrai, l’accueil laissa passablement à désirer. Parti à 25 ans pour l’Algérie, puis animateur et enseignant ici et là, d’Angers à Vénissieux en passant par Dijon, Clermont-Ferrand ou Moulins, c’est en effet l’explosion d’AZF qui salua son retour rue d’Orbesson, dans la maison qu’il venait d’hériter de sa mère et que le 21 septembre mit à mal.
« AZF, c’est un vrai traumatisme pour tous, dont certains ne se sont pas remis » confie-t-il. Il en a tiré une nouvelle, publiée par Loubatières dans le recueil collectif Toulouse sang dessus dessous. Mais dans son huitième roman, Toulouse-Barbare, c’est encore la ville meurtrie qui chante une sorte de mélopée un peu désabusée en arrière-plan.
Son héros, Aymeric Mercader dit "le Cathare", est un ancien journaliste reconverti en détective privé. Avec son acolyte jovial, Jojo de Saint Cyp’, il habite les pages de ce roman noir et rose. Noir polar et rose comme le téléphone des amours tarifées sur lesquelles ils enquêtent après la disparition de Victoria et de quelques autres étudiantes.
Ce monde du sexe interlope, avec ses vidéos crades, ses snuff movies et ses soirées barbares, conduit le Cathare sur les traces de meurtres maquillés en suicides. Des histoires sanglantes pour lesquelles, dit-il, il s’est nourri de faits divers et de quelques enquêtes dans les bars à hôtesses et salons de massage. L’itinéraire de cet écrivain qui aime autant Roger Vailland que Joseph Delteil, emprunte donc les chemins du réel et se nourrit de révolte : « Colère de voir ça dans ma ville, avoue-t-il. Naïvement, j’imaginais le berceau de l’amour courtois épargné par la marchandisation du sexe... »
Un troubadour, il y en a un pourtant dans Toulouse-Barbare : Raimon de Miraval, dont deux vers vont servir de fil d’Ariane à l’enquêteur. Mais gardons le fin mot pour la fin...
D’autant que ce roman vaut aussi, et peut-être même surtout, par ses sinuosités : Pornon connaît bien sa ville et nous embarque dans ses balades, de places en ruelles, de bords de Garonne en coteaux de Pech David, de vieux hôtels chics en banlieues pauvres.
La cité cosmopolite, il l’aime et sait en évoquer l’histoire, réveillant les fantômes de Callas ou de Vanini, tout autant que la ville des années cinquante, celle de ses souvenirs de jeunesse.
« Mercarder, dit-il encore, c’est moi et c’est pas moi » Leur Ville rose, en tout cas, est bien la même. Avec son soleil, sa poésie, et ses dessous roses et noirs.



« Explosif et vieilles ficelles »


Auteur toulousain, Francis Pornon sait de quoi il parle quand il évoque AZF : habitant rue d’Orbesson, à Toulouse, il a lui-même été sinistré par l’explosion. « C’était la maison de ma mère, et ça été douloureux de la voir à moitié démolie, le toit effondré... J’ai aussi vécu les luttes et la solidarité des sinistrés, l’entraide des voisins. J’ai été marqué et j’ai écrit plusieurs textes sur le sujet, mais je pense que cette fois, c’est le dernier... »

Comme dans tout polar, une enquête est menée. C’ est une journaliste parisienne, Sophie, qui la conduit ; elle découvre dans la Ville rose une catastrophe déjà presque oubliée : l’explosion meurtrière d’une usine, qui a laissé des blessures indélébile dans les corps et les esprits. Elle reçoit l’aide d’un journaliste local, Julio, et de son vieux complice Régis. Tous trois vont retrouver les rumeurs et les hypothèses maintes fois évoquées, de l’attentat à l’accident provoqué par un arc électrique. Mais la petite équipe d’enquêteurs est pistée par "Gants-Fauves", un mystérieux personnage au rôle de plus en plus inquiétant...
Francis Pornon avec ce livre ne s’inscrit pas en faux contre la version officielle - « la thèse de l’accident industriel me semble la plus plausible, dit-il. Mais je suis persuadé que le nombre des morts et des blessés est bien supérieur à ce qui a été annoncé. Et j’ai été surpris de la façon dont on a très vite, dans certains quartiers du moins, effacé les traces de cet accident qui est aussi un scandale. »
Les héros de son polar, eux, vont découvrir un document datant de la guerre et laissant supposer qu’un accident industriel avait déjà eu lieu. « Dans les papiers de ma mère, explique Francis Pornon, j’ai effectivement trouvé un document prouvant que la maison avait subi les mêmes dommages, et bien d’autre dans le secteur. On a parlé de bombes, mais aucune n’est tombée par ici ! »...
Pour en savoir plus, rendez-vous dans les pages de cet Explosif et vieilles ficelles sous-titré « Les mystères de Toulouse ». Tout un programme...

Michel Baglin
Article paru dans La Dépêche du Midi en octobre 2007



lundi 1er juin 2009, par Michel Baglin

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Le procès d’AZF - celui de la catastrophe du 21 septembre 2001, lors de laquelle l’usine AZF de Toulouse a explosé, faisant 30 morts et des milliers de blessés - s’ouvrait le 23 février 2009, au moment où j’écrivis cet article.La Région, le département et la ville de Toulouse étaient parties civiles. Comme pour les procès Papon et Barbie, et bien que Total ait voulu s’y opposer, ce procès exceptionnel fut filmé.

En tant que sinistré lui-même, et partie civile, l’écrivain Francis Pornon assista aux audiences publiques. Francis Pornon est notamment l’auteur d’un polar Explosif et vieilles ficelles, paru à l’automne 2007 et ayant pour sujet cette explosion, ses causes et ses circonstances. Or son éditeur, Mare nostrum à Perpignan, a souhaité relancer la diffusion du livre, qu’on pouvait donc à nouveau trouver en librairie.
Je lui avais consacré un article lors de sa sortie, qu’on peut lire sur le site de Francis Pornon (www.francispornon.fr) ou ci-contre, ainsi que le compte rendu d’un autre de ses romans où la catastrophe industrielle majeure était déjà évoquée.



(Toulouse Barbare. Éditions Privat.192 pages. 15 € )

(Editions Mare Nostrum. collection Les Polars Rose et Noir. 270 pages. 11 euros.)



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